Des initiatives naissent en France pour et avec des personnes célibataires. Dans le même temps, une résistance, pour ne pas dire une défiance, se manifeste dès que l’on envisage une pastorale particulière pour ces personnes seules qui sont toujours dans l’attente de leur « vocation », à un âge où l’on était habitué à voir tout le monde déjà engagé.
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1.
Un élément majeur de notre société occidentale
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Mais l’Eglise se trouve aujourd’hui devant un tout autre visage de la société, au moins dans nos sociétés occidentales puisque le phénomène est identique dans tous les pays d’Europe et aux Etats-Unis. Depuis le début des années 70, un processus lourd (« tendance lourde » disent les sociologues) tend à inverser le rapport entre le nombre des personnes en couple et celui des personnes seules. Jusque là fortement minoritaires, les personnes adultes (plus de 16 ans ou 18 ans suivant les analyses) vivant seules (sans lien de conjugalité stable de quelques mois) sont aujourd’hui plus nombreuses que les personnes vivant en couple dans les grandes villes : 54% à Lyon et Paris. Le phénomène a été précisément étudié aujourd’hui et on estime à 14 millions le nombre de personnes seules en France soit 1 adulte sur trois (source INSEE : se répartissant de la manière suivante : 7,4 millions de célibataires ; 2 ,5 millions de veufs ; 1,1 millions de divorcés ; 1,8 millions de monoparents ; 1 million de jeunes en colocation et de sans abri). En Europe de l’ouest, elles étaient 75 millions en l’an 2000 et seront 81 millions en 2005. Aux Etats-Unis, 86 millions de personnes adultes vivent en « solo » (en octobre 2003) soit 49,3% de la population (contre 20% dans les années 50). Ces chiffres sont aujourd’hui dans toutes les revues, hebdomadaires nationaux (Valeurs actuelles ; Nouvel Obs’ ; le Point ; Express etc.) ou nouveaux titres spécialisés (la revue « Solo » par exemple créée pour les célibataires…) Des idéologies du « solo avant tout » ou du « célibat heureux » préférable à la prison du mariage promeuvent et enveloppent cette croissance numérique qui n’est pas prête de ralentir aux dires des sociologues. Nous sommes donc en face ou plutôt au sein d’une société où la forme de vie « en solitaire » prend de plus en plus de place : outre la nébuleuse des « solos » ci-dessus mentionnée, s’élaborent au sein même des couples des formes « d’être ensemble » marquées du sceau de l’indépendance et de l’individualisme et générant de puissants sentiments de solitude. En ce sens, et sans entreprendre une analyse plus fine sur les causes complexes de ce phénomène, les personnes seules manifestent visiblement une grande blessure de solitude, effet immédiat du lien social brisé ou distendu si souvent décrit.
Si l’Evangile entre en l’homme
par sa blessure, sa « pauvreté » qui l’ouvre au Royaume de Dieu, le
chemin principal de l’évangélisation en nos pays passe
peut-être par la re-connaissance et l’accompagnement de ces
personnes imbibées d’une solitude de fait. « La pauvreté spirituelle du monde occidental
est beaucoup plus grande que la pauvreté physique de notre
peuple. En Occident, des millions de personnes souffrent d’une solitude
et d’un vide terrible. Ils se sentent rejetés et sans amour…
» (p 16-17) « Il est plus facile d’aimer les hommes qui sont au loin. Il est plus facile de donner un bol de riz pour soulager la faim que de soulager la solitude et la souffrance d’un être privé d’amour dans notre propre maison. » (p 42) Jean Vanier, sa réflexion : « Que nous soyons mariés ou célibataire,
la souffrance fondamentale de l’être humain est de se sentir
seul, de ne pas être aimé, de croire ne pouvoir jamais
l’être… » Et sa prière : « Seigneur, donne-moi tous ceux qui sont
malades ou solitaires…
3. L’appel de l’Eglise vis-à-vis
de ces personnes :
« Cette spiritualité des laïcs
doit revêtir des caractéristiques particulières
suivant les conditions de vie de chacun : vie conjugale et familiale,
célibat et veuvage, état de maladie, activité
professionnelle et sociale. Chacun doit développer sans cesse
les qualités et les dons reçus et en particulier ceux
qui sont adaptés à ses conditions de vie et se servir
des dons personnels de l’Esprit Saint. » (Décret sur
l’apostolat des laïcs n°4) Dans la même ligne de pensée sur l’appel
universel à la sainteté : L’insistance du Concile porte sur les conditions de vie actuelle du chrétien, or très souvent le seul accompagnement des célibataires qui soit fait s’oriente immédiatement sur l’avenir, sur les possibilités d’engagement dans le mariage ou la vie consacrée sans tenir compte de la vie présente et l’appel du Seigneur à grandir dans le célibat fut-il non choisi et d’attente. Bref, très souvent, l’œuvre de discernement, bien nécessaire, tient lieu d’accompagnement : ce qui est insuffisant quand cette tranche de vie du célibat d’adulte occupe une part importante de l’existence bien après la fin des études : 5 ans, 10 ans, 20 ans sinon plus. Face à cet appel solennel du Concile, nous ne pouvons identifier que peu de réponses concrètes ou théoriques dans l’Eglise qui est en France : à notre connaissance, il n’y a pas eu de réflexion collégiale de l’épiscopat ou d’une commission épiscopale sur ce thème. Des initiatives pastorales existent mais restent souvent ponctuelles (le pèlerinage diocésain des chrétiens célibataires à Sainte d’Anne d’Auray, en réponse à un appel du Pape en 1996 par exemple) ou noyées dans une dimension plus large et mal identifiées (jeunes professionnels, 25-35 ans…). Souvent ces propositions ne visent pas le cœur en s’attachant à des questions importantes comme celle du lien entre l’Evangile et le travail mais sans affronter l’essentiel de la personne, sa capacité d’aimer et d’être aimée. Se mettent aussi en place depuis quelques années des week end, des sessions (Paray-le-Monial), des groupes constitués visant directement l’accompagnement des personnes seules ou célibataires. Ces premières expériences montrent déjà et sans conteste des fruits de redécouverte de la grâce baptismale, de la fécondité réelle de l’amitié, de la grâce d’avancée (voire de conversion), de la joie et de la vie reçues comme des dons etc. Elles ont pour constantes de révéler à ces personnes seules le regard d’amour de l’Eglise pour elles et, à travers ce regard très concret et bienveillant, celui éternel du Père qui ne les a pas oubliées. Dans le cadre du grand jubilé du Puy en Velay, une proposition spéciale « célibataires et personnes seules » est faite sous le titre de « jubilé de l’espérance ». Elle s’inscrit dans cette réponse que l’Eglise veut donner à l’appel de l’Esprit lancé par le Concile, appel à fournir à chacun des moyens de sainteté dans sa vie actuelle sans attendre une vie future à laquelle on est en droit de penser, d’ouvrir ainsi, par l’Espérance vraie, les portes de l’amour et du don de soi qui semblent souvent fermées à beaucoup de nos contemporains. Le thème du « Jubilé de l’Espérance » : « L’Espérance ne déçoit
pas
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