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Discours
de Benoît XVI à la veillée
du samedi 20 août
2005 à Marienfeld
Chers jeunes !
Dans notre pèlerinage avec les mystérieux Mages d’Orient, nous sommes arrivés au moment que saint Mathieu, dans son Évangile, décrit ainsi: «En entrant dans la maison (sur laquelle l’étoile s’était arrêtée), ils virent l’enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2, 11). Le cheminement extérieur de ces hommes était achevé. Ils étaient parvenus à leur but. Mais, à ce point, commence pour eux un nouveau cheminement, un pèlerinage intérieur qui change toute leur vie, parce qu’ils avaient sûrement imaginé ce Roi nouveau-né d’une manière différente. Ils s’étaient précisément arrêtés à Jérusalem pour recueillir auprès du Roi local des informations sur le Roi promis qui venait de naître. Ils savaient que le monde était désordonné, et c’est pourquoi leur cœur était inquiet. Ils étaient certains que Dieu existait et qu’il était un Dieu juste et bienveillant. Et peut-être avaient-ils entendu parler des grandes prophéties dans lesquelles les prophètes d’Israël annonçaient un Roi qui serait en harmonie intime avec Dieu et qui, en son nom et pour son compte, rétablirait l’ordre dans le monde. Pour chercher ce Roi, ils s’étaient mis en route: au plus profond d’eux-mêmes, ils étaient à la recherche du droit, de la justice qui devait venir de Dieu, et ils voulaient servir ce Roi, se prosterner à ses pieds et ainsi contribuer eux-mêmes au renouveau du monde. Ils appartenaient à cette sorte de gens «qui ont faim et soif de la justice» (Mt 5, 6). Une telle faim et une telle soif les avaient accompagnés dans leur pèlerinage – ils s’étaient fait pèlerins à la recherche de la justice qu’ils attendaient de Dieu, pour pouvoir se mettre à son service.
Même si les autres personnes, celles qui étaient restées chez elles, les considéraient peut-être comme des utopistes et des rêveurs – ils étaient au contraire des personnes qui avaient les pieds sur terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi. Maintenant, ils se prosternent cependant devant un enfant de pauvres gens, et ils en viennent rapidement à savoir que, fort de son pouvoir, Hérode – le Roi auprès duquel ils s’étaient rendus – avait l’intention de le poursuivre, en sorte qu’il ne resterait plus à la famille que la fuite et l’exil. Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l’enfant et où ils le re-connurent comme le Roi promis. Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser.
Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient: le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. Dans ce monde, Dieu n’entre pas en concurrence avec les formes terrestres du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions. Dieu n’a pas envoyé à Jésus, au Jardin des Oliviers, douze légions d’anges pour l’aider (cf. Mt 26, 53). Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la Croix – et ensuite continuellement au cours de l’histoire – succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu. Dieu est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Dieu.
Ils étaient venus pour se mettre au service de ce Roi, pour conformer leur royauté à la sienne. Telle était la signification de leur geste de déférence, de leur adoration. Leurs présents – or, encens et myrrhe –, dons qui s’offraient à un Roi considéré comme divin, en faisaient aussi partie. L’adoration a un contenu et comporte aussi un don. Voulant par leur geste d’adoration reconnaître cet enfant comme leur Roi, au service duquel ils entendaient mettre leur pouvoir et leurs capacités, les hommes provenant d’Orient suivaient assurément les traces justes. En le servant et en le suivant, ils voulaient, avec Lui, servir la cause de la justice et du bien dans le monde. Et en cela, ils avaient raison. Maintenant, ils apprennent cependant que cela ne peut se réaliser simplement en donnant des ordres et du haut d'un trône. Maintenant, ils apprennent qu'ils doivent se donner eux-mêmes – un don moindre que celui-là ne suffit pas pour ce Roi. Maintenant, ils apprennent que leur vie doit se conformer à cette façon divine d'exercer le pouvoir, à cette façon d'être de Dieu lui-même. Ils doivent devenir des hommes de la vérité, du droit, de la bonté du pardon, de la miséricorde. Ils ne poseront plus la question: à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question: avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes et ainsi à se trouver eux-mêmes. Quittant Jérusalem, ils doivent demeurer sur les traces du vrai Roi, à la suite de Jésus.
Chers amis, nous nous demandons ce que tout cela signifie pour nous. Car ce que nous venons de dire sur la nature différente de Dieu, qui doit orienter notre vie, sonne bien, mais reste plutôt indéfini et vague. C'est pourquoi Dieu nous a donné des exemples. Les Mages venant d'Orient sont seulement les premiers d'un long cortège d'hommes et de femmes qui, dans leur vie, ont constamment cherché du regard l'étoile de Dieu, qui ont cherché le Dieu qui est proche de nous, les êtres humains, et qui nous indique la route. C'est le grand cortège des saints – connus ou inconnus –, par lesquels le Seigneur, tout au long de l'histoire, a ouvert devant nous l'Évangile et en a fait défiler les pages; c'est la même chose qu'il est en train de faire maintenant. Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l'Évangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l'histoire, a tracé et trace encore. Mon vénéré Prédécesseur, le Pape Jean-Paul II, a béatifié et canonisé une grande foule de personnes, de périodes lointaines et récentes. Par ces figures, il a voulu nous montrer comment il faut faire pour être chrétien; comment il faut faire pour mener sa vie de manière juste – pour vivre selon le mode de Dieu. Les bienheureux et les saints ont été des personnes qui n'ont pas cherché obstinément leur propre bonheur, mais qui ont simplement voulu se donner, parce qu'ils ont été touchés par la lumière du Christ. Ils nous montrent ainsi la route pour devenir heureux, ils nous montrent comment on réussit à être des personnes vraiment humaines. Dans les vicissitudes de l'histoire, ce sont eux qui ont été les véritables réformateurs qui, bien souvent, ont fait sortir l'histoire des vallées obscures dans lesquelles elle court toujours le risque de s'enfoncer à nouveau; ils l'ont illuminée chaque fois que cela était nécessaire, pour donner la possibilité d'accepter – parfois dans la douleur – la parole prononcée par Dieu au terme de l'œuvre de la création: «Cela est bon». Il suffit de penser à des figures comme saint Benoît, saint François d'Assise, sainte Thérèse d'Avila, saint Ignace de Loyola, saint Charles Borromée, aux fondateurs des Ordres religieux du dix-neuvième siècle, qui ont animé et orienté le mouvement social, ou aux saints de notre temps – Maximilien Kolbe, Édith Stein, Mère Teresa, Padre Pio. En contemplant ces figures, nous apprenons ce que signifie «adorer», et ce que veut dire vivre selon la mesure de l'Enfant de Bethléem, selon la mesure de Jésus Christ et de Dieu lui-même.
Les saints, avons-nous dit, sont les vrais réformateurs. Je voudrais maintenant l'exprimer de manière plus radicale encore: c'est seulement des saints, c'est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, nous avons vécu les révolutions dont le programme commun était de ne plus rien attendre de Dieu, mais de prendre totalement dans ses mains la cause du monde, pour en transformer la condition. Et nous avons vu que, ce faisant, un point de vue humain et partial était toujours pris comme la mesure absolue des orientations. L'absolutisation de ce qui n'est pas absolu mais relatif s'appelle totalitarisme. Cela ne libère pas l'homme, mais lui ôte sa dignité et le rend esclave. Ce ne sont pas les idéologies qui sauvent le monde, mais seulement le fait de se tourner vers le Dieu vivant, qui est notre créateur, le garant de notre liberté, le garant de ce qui est véritablement bon et vrai. La révolution véritable consiste uniquement dans le fait de se tourner vers Dieu, qui est la mesure de ce qui est juste et qui est, en même temps, l'amour éternel. Qu'est-ce qui pourrait bien nous sauver sinon l'amour ?
Chers amis, permettez-moi d'ajouter seulement deux brèves pensées. Ceux qui parlent de Dieu sont nombreux; au nom de Dieu on prêche aussi la haine et on exerce la violence. Il est donc important de découvrir le vrai visage de Dieu. Les Mages d'Orient l'ont trouvé quand ils se sont prosternés devant l'enfant de Bethléem. «Celui qui m’a vu a vu le Père», disait Jésus à Philippe (Jn 14, 9). En Jésus Christ, qui, pour nous, a permis que son cœur soit transpercé, en Lui, est manifesté le vrai visage de Dieu. Nous le suivrons avec la grande foule de ceux qui nous ont précédés. Alors, nous cheminerons sur le juste chemin.
Cela veut dire que nous ne nous construisons pas un Dieu privé, un Jésus privé, mais que nous croyons en Jésus et que nous nous prosternons devant Lui, devant ce Jésus qui nous est révélé par les Saintes Écritures et qui, dans la grande foule des fidèles appelée Église, se révèle vivant, toujours avec nous, en même temps toujours devant nous. On peut beaucoup critiquer l'Église. Nous le savons, et le Seigneur lui-même nous l'a dit: elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l'ivraie. Le Pape Jean-Paul II, qui, dans les nombreux saints qu'il a proclamés, nous a montré le vrai visage de l'Église, a aussi demandé pardon pour ce que, dans le cours de l'histoire, en raison de l'action et de la parole d'hommes d'Église, s'est produit de mal. De cette manière, il nous a aussi fait voir notre vraie image et il nous a exhortés à entrer avec tous nos défauts et toutes nos faiblesses dans le cortège des saints, qui a commencé avec les Mages d'Orient. En définitive, que l’ivraie existe dans l'Église est consolant. Ainsi, avec tous nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver encore à la suite de Jésus, qui a précisément appelé les pécheurs. L'Église est comme une famille humaine, mais elle est aussi, en même temps, la grande famille de Dieu, par laquelle Il forme un espace de communion et d'unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations. Nous sommes donc heureux d'appartenir à cette grande famille; nous sommes heureux d'avoir des frères et des amis dans le monde entier. Nous faisons précisément l'expérience, ici, à Cologne, du fait qu'il est beau d'appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l'avenir, et toutes les parties de la terre. Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ, nous marchons avec l'étoile qui éclaire l'histoire.
«En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui» (Mt 2, 11). Chers amis, il ne s'agit pas d'une histoire lointaine, survenue il y a très longtemps. Il s'agit d'une présence. Ici, dans la sainte hostie, Il est devant nous et au milieu de nous. Comme en ce temps-là, il se voile mystérieusement dans un silence sacré et, comme en ce temps-là, se dévoile précisément le vrai visage de Dieu. Il s'est fait pour nous le grain de blé tombé en terre, qui meurt et qui porte du fruit jusqu'à la fin du monde (cf. Jn 12, 24). Il est présent comme en ce temps-là à Bethléem. Il nous invite au pèlerinage intérieur qui s'appelle adoration. Mettons-nous maintenant en route pour ce pèlerinage de l'esprit et demandons-lui de nous guider.
Amen.
Homélie du pape Benoît XVI dimanche 21 août 2005
Chers jeunes !
Devant la sainte Hostie, dans laquelle Jésus s'est fait pour nous pain
qui soutient et nourrit notre vie de l'intérieur (cf. Jn 6, 35), nous
avons commencé hier soir le cheminement intérieur de l'adoration.
Dans l'Eucharistie, l'adoration doit devenir union. Dans la Célébration
eucharistique, nous nous trouvons en cette "heure" de Jésus
dont parle l'Évangile de Jean. Grâce à l'Eucharistie son "heure" devient
notre heure, sa présence au milieu de nous. Avec ses disciples, Il a
célébré la cène pascale d'Israël, le mémorial
de l'action libératrice de Dieu qui avait conduit Israël de l'esclavage à la
liberté. Jésus suit les rites d'Israël. Il récite
sur le pain la prière de louange et de bénédiction. Mais
ensuite, se produit quelque chose de nouveau. Il ne remercie pas Dieu seulement
pour ses grandes oeuvres du passé ; il le remercie pour sa propre exaltation,
qui se réalisera par la Croix et la Résurrection, et il s'adresse
aussi aux disciples avec des mots qui contiennent la totalité de la
Loi et des Prophètes: "Ceci est mon Corps donné pour vous
en sacrifice. Ce calice est la Nouvelle Alliance en mon Sang". Il distribue
alors le pain et le calice, et en même temps il leur confie la mission
de redire et de refaire toujours de nouveau en sa mémoire ce qu'il est
en train de dire et de faire en ce moment.
Qu'est ce qui est en train de se passer ? Comment Jésus peut-il donner
son Corps et son Sang ? Faisant du pain son Corps et du vin son Sang, il anticipe
sa mort, il l'accepte au plus profond de lui-même et il la transforme
en un acte d'amour. Ce qui de l'extérieur est une violence brutale,
devient de l'intérieur l'acte d'un amour qui se donne totalement. Telle
est la transformation substantielle qui s'est réalisée au Cénacle
et qui visait à faire naître un processus de transformations,
dont le terme ultime est la transformation du monde jusqu'à ce que Dieu
soit tout en tous (cf. 1 Co 15, 28). Depuis toujours, tous les hommes, d'une
manière ou d'une autre, attendent dans leur coeur un changement, une
transformation du monde. Maintenant se réalise l'acte central de transformation
qui est seul en mesure de renouveler vraiment le monde : la violence se transforme
en amour et donc la mort en vie. Puisque cet acte change la mort en amour,
la mort comme telle est déjà dépassée au plus profond
d'elle-même, la résurrection est déjà présente
en elle. La mort est, pour ainsi dire, intimement blessée, de telle
sorte qu'elle ne peut avoir le dernier mot. Pour reprendre une image qui nous
est familière, il s'agit d'une fission nucléaire portée
au plus intime de l'être... la victoire de l'amour sur la haine, la victoire
de l'amour sur la mort. Seule l'explosion intime du bien qui vainc le mal peut
alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu,
changeront le monde. Tous les autres changements demeurent superficiels et
ne sauvent pas. C'est pourquoi nous parlons de rédemption: ce qui du
plus profond était nécessaire se réalise, et nous pouvons
entrer dans ce dynamisme. Jésus peut distribuer son Corps, parce qu'il
se donne réellement lui-même.
Cette première transformation fondamentale de la violence en amour,
de la mort en vie, entraîne à sa suite les autres transformations.
Le pain et le vin deviennent son Corps et son Sang. Cependant, la transformation
ne doit pas s'en arrêter là, c'est plutôt à ce point
qu'elle doit commencer pleinement. Le Corps et le Sang du Christ nous sont
donnés afin que, nous-mêmes, nous soyons transformés à notre
tour. Nous-mêmes, nous devons devenir Corps du Christ, consanguins avec
Lui. Tous mangent l'unique pain, mais cela signifie qu'entre nous nous devenions
une seule chose. L'adoration, avons-nous dit, devient ainsi union. Dieu n'est
plus seulement en face de nous, comme le Totalement autre. Il est au-dedans
de nous, et nous sommes en Lui. Sa dynamique nous pénètre et, à partir
de nous, elle veut se propager aux autres et s'étendre au monde entier,
pour que son amour devienne réellement la mesure dominante du monde.
Je trouve une très belle allusion à ce nouveau pas que la dernière
Cène nous pousse à faire dans les différents sens que
le mot "adoration" a en grec et en latin. Le mot grec est proskynesis.
Il signifie le geste de la soumission, la reconnaissance de Dieu comme notre
vraie mesure, dont nous acceptons de suivre la règle. Il signifie que
liberté ne veut pas dire jouir de la vie, se croire absolument autonomes,
mais s'orienter selon la mesure de la vérité et du bien, pour
devenir de cette façon, nous aussi, vrais et bons. Cette attitude est
nécessaire, même si, dans un premier temps, notre soif de liberté résiste à une
telle perspective. Il ne sera possible de la faire totalement nôtre que
dans le second pas que la dernière Cène nous entrouvre. Le mot
latin pour adoration est ad-oratio : contact bouche à bouche, baiser,
accolade et donc en définitive amour. La soumission devient union, parce
que celui auquel nous nous soumettons est Amour. Ainsi la soumission prend
un sens, parce qu'elle ne nous impose pas des choses étrangères,
mais nous libère à partir du plus profond de notre être.
Revenons encore à la dernière Cène. La nouveauté qui
s'y est produite, résidait dans la nouvelle profondeur que prenait l'ancienne
prière de bénédiction d'Israël, qui devient alors
la parole de la transformation et nous donne à nous de participer à l'heure
du Christ. Jésus ne nous a pas donné la mission de répéter
la Cène pascale, qui, du reste, en tant qu'anniversaire, ne peut pas
se répéter à volonté. Il nous a donné la
mission d'entrer dans son "heure". Nous y entrons grâce à la
parole qui vient du pouvoir sacré de la consécration... une transformation
qui se réalise par la prière de louange, qui nous met en continuité avec
Israël et avec toute l'histoire du salut, et qui en même temps nous
donne la nouveauté vers laquelle cette prière tendait par sa
nature la plus profonde. Cette prière - appelée par l'Église "prière
eucharistique" - constitue l'Eucharistie. Elle est parole de pouvoir,
qui transforme les dons de la terre de façon tout à fait nouvelle
en don de soi de Dieu et qui nous engage dans ce processus de transformation.
C’est pourquoi nous appelons cet événement Eucharistie,
traduction du mot hébraïque beracha : remerciement, louange, bénédiction,
et ainsi transformation à partir du Seigneur: présence de son "heure".
L'heure de Jésus est l'heure où l'amour est vainqueur. En d'autres
termes: c'est Dieu qui a vaincu, parce qu'il est l'Amour. L'heure de Jésus
veut devenir notre heure et elle le deviendra, si nous-mêmes, par la
célébration de l'Eucharistie, nous nous laissons entraîner
dans ce processus de transformations que le Seigneur a en vue. L'Eucharistie
doit devenir le centre de notre vie. Ce n'est ni positivisme ni soif de pouvoir,
si l'Église nous dit que l'Eucharistie fait partie du dimanche. Au matin
de Pâques, les femmes en premier, puis les disciples, eurent la grâce
de voir le Seigneur. Depuis lors, ils surent que désormais le premier
jour de la semaine, le dimanche, serait son jour à Lui, le jour du Christ.
Le jour du commencement de la création devenait le jour du renouvellement
de la création. Création et rédemption vont ensemble.
C'est pour cela que le dimanche est aussi important. Il est beau qu'aujourd'hui,
dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre ou, qu'avec le
samedi, il constitue même ce qu'on appelle le "week-end" libre.
Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n'y est pas présent.
Chers amis Quelquefois, dans un premier temps, il peut s'avérer plutôt
mal commode de devoir prévoir aussi la Messe dans le programme du dimanche.
Mais si vous en prenez l'engagement, vous constaterez aussi que c'est précisément
ce qui donne le juste centre au temps libre. Ne vous laissez pas dissuader
de participer à l'Eucharistie dominicale et aidez aussi les autres à la
découvrir. Parce que la joie dont nous avons besoin se dégage
d'elle, nous devons assurément apprendre à en comprendre toujours
plus la profondeur, nous devons apprendre à l'aimer. Engageons-nous
en ce sens cela en vaut la peine Découvrons la profonde richesse de
la liturgie de l'Église et sa vraie grandeur : nous ne faisons pas la
fête pour nous, mais c'est au contraire le Dieu vivant lui-même
qui prépare une fête pour nous. En aimant l'Eucharistie, vous
redécouvrirez aussi le sacrement de la Réconciliation, dans lequel
la bonté miséricordieuse de Dieu permet toujours un nouveau commencement à notre
vie.
Qui a découvert le Christ se doit de conduire les autres vers Lui. On
ne peut garder pour soi une grande joie. Il faut la transmettre. Dans de vastes
parties du monde, il existe aujourd'hui un étrange oubli de Dieu. Il
semble que rien ne change même s'il n'est pas là. Mais, en même
temps, il existe aussi un sentiment de frustration, d'insatisfaction de tout
et de tous. On ne peut alors que s'exclamer: Il n'est pas possible que ce soit
cela la vie ! Non vraiment. Et alors conjointement à l'oubli de Dieu,
il existe comme un "boom" du religieux. Je ne veux pas discréditer
tout ce qu'il y a dans cette tendance. Il peut y avoir aussi la joie sincère
de la découverte. Mais dans ce contexte, la religion devient presque
un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent
aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une sorte
de "bricolage", en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode,
mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes.
Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile
qui nous indique la route : Jésus Christ ! Nous aussi, nous cherchons à le
connaître toujours mieux pour pouvoir conduire les autres vers lui de
manière convaincante. C'est pourquoi il est si important d'aimer la
Sainte Écriture et, par conséquent, de connaître la foi
de l'Église qui nous ouvre le sens de l'Écriture. C'est l'Esprit
Saint qui guide l'Église dans sa foi en croissance, et c'est Lui qui
l'a faite et qui la fait pénétrer toujours plus dans les profondeurs
de la vérité (cf. Jn 16, 13). Le Pape Jean-Paul II nous a donné une
oeuvre merveilleuse, dans laquelle la foi des siècles est expliquée
de façon synthétique : le Catéchisme de l'Église
catholique. Moi-même, récemment, j'ai pu présenter l'Abrégé de
ce Catéchisme, qui a été élaboré à la
demande du Pape défunt. Ce sont deux livres fondamentaux que je voudrais
vous recommander à tous.
É
videmment, les livres à eux seuls ne suffisent pas. Formez des communautés
fondées sur la foi ! Au cours des dernières décennies
sont nés des mouvements et des communautés dans lesquelles la
force de l'Évangile se fait sentir avec vigueur. Cherchez la communion
dans la foi en étant ensemble des compagnons de route qui continuent à suivre
le chemin du grand pèlerinage que les Mages d'Orient nous ont indiqué les
premiers ! La spontanéité des nouvelles communautés est
importante, mais il est aussi important de conserver la communion avec le Pape
et avec les Évêques. Ce sont eux qui garantissent qu'on ne recherche
pas des sentiers privés, mais au contraire qu'on vit dans la grande
famille de Dieu que le Seigneur a fondée avec les douze Apôtres.
Encore une fois je dois revenir à l'Eucharistie. Puisqu' "il y
a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps" dit saint
Paul (1 Co 10, 17). En cela il entend dire : Puisque nous recevons le même
Seigneur et que Lui nous accueille et nous attire en lui, nous sommes une seule
chose aussi entre nous. Cela doit se manifester dans la vie. Cela doit se voir
dans la capacité à pardonner. Cela doit se manifester dans la
sensibilité aux besoins de l'autre. Cela doit se manifester dans la
disponibilité à partager. Cela doit se manifester dans l'engagement
envers le prochain, celui qui est proche comme celui qui est extérieurement
loin, mais qui nous regarde toujours de près. Il existe aujourd'hui
des formes de bénévolat, des modèles de service mutuel,
dont notre société a précisément un besoin urgent.
Nous ne devons pas, par exemple, abandonner les personnes âgées à leur
solitude, nous ne devons pas passer à côté de ceux qui
souffrent. Si nous pensons et si nous vivons dans la communion avec le Christ,
alors nos yeux s'ouvriront. Alors nous ne nous contenterons plus de vivoter,
préoccupés seulement de nous-mêmes, mais nous verrons où et
comment nous sommes nécessaires. En vivant et en agissant ainsi, nous
nous apercevrons bien vite qu'il est beaucoup plus beau d'être utiles
et d'être à la disposition des autres que de se préoccuper
seulement des facilités qui nous sont offertes. Je sais que vous, en
tant que jeunes, vous aspirez aux grandes choses, que vous voulez vous engager
pour un monde meilleur. Montrez-le aux hommes, montrez-le au monde, qui attend
justement ce témoignage des disciples de Jésus Christ et qui,
surtout par votre amour, pourra découvrir l'étoile que, comme
croyants, nous suivons.
Allons de l'avant avec le Christ et vivons notre vie en vrais adorateurs
de Dieu !
Amen
!