I - . Le
pèlerinage chrétien :
1/ Quelques réflexions sur le pèlerinage :
«
Nous ne sommes devant toi que des étrangers et des hôtes comme
tous nos pères » (1Chroniques 29,15). Les paroles du roi David
devant le Seigneur tracent le profil de l'homme non seulement biblique,
mais de toute créature humaine. En effet, le «chemin» est
un symbole de l'existence qui s'exprime à travers une gamme multiple
d'actions comme le départ et le retour, l'entrée et
la sortie, la descente et la montée, la marche et l'arrêt.
Depuis son apparition sur la scène du monde, l'homme marche à la
recherche de buts toujours nouveaux, scrutant l'horizon terrestre
et tendant vers l'infini : il navigue le long des fleuves et des mers,
gravit les monts sacrés au sommet desquels la terre rencontre
le ciel de façon idéale, parcourt également le temps,
le marquant de dates sacrées, ressent la naissance comme une
entrée dans le monde et la mort comme une sortie pour entrer dans
le sein de la terre ou être introduit dans les lieux divins.
Le pèlerinage, signe de la condition des disciples du Christ dans
ce monde (Lumen Gentium 49), a toujours occupé une place importante
dans la vie du chrétien.
Au cours de l'histoire, le chrétien s'est mis en marche pour célébrer
sa foi dans les lieux qui rappellent la mémoire du Seigneur
ou dans ceux qui représentent des moments importants de l'histoire
de l'Église. Il s'est rendu dans des sanctuaires qui honorent
la Mère de Dieu et dans ceux qui conservent la mémoire vivante
de l'exemple des saints. Son pèlerinage a été un
processus de conversion, un désir d'intimité avec Dieu
et une prière confiante pour ses besoins matériels.
Sous tous ces multiples aspects, le pèlerinage a toujours été pour
l'Église un merveilleux don de grâce.
Dans la société contemporaine, caractérisée
par une profonde mobilité, le pèlerinage connaît
un nouvel élan.../ Il faudra avant tout garder à l'esprit
que l'évangélisation représente la raison
ultime pour laquelle l'Église propose et encourage le
pèlerinage,
afin d'en faire une expérience de foi profonde et mûre. » Le
pèlerinage dans le grand Jubilé de l'An 2000 Document
du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes
en déplacement
29 avril 1998
Dans sa « Lettre sur le pèlerinage aux lieux qui
sont liés à l’histoire du salut », Jean-Paul
II écrit : « Nous
devrons tous accomplir ce voyage intérieur qui a pour but
de nous détacher de ce qui, en nous et autour de nous, est
contraire à la
loi de Dieu, afin d’être en mesure de rencontrer pleinement
le Christ, confessant notre foi en Lui et recevant l’abondance de
sa miséricorde.
Dans l’Evangile, Jésus nous apparaît toujours en chemin.
Il semble qu’il ait hâte de se déplacer d’un lieu à l’autre
pour annoncer que le Royaume de Dieu est proche. Il annonce et il
appelle...
Je le dis surtout aux jeunes, devant lesquels la vie s’ouvre comme un chemin
riche de surprises et de promesses.
Je le dis à tous : marchons sur les traces du Christ. ».
2/ Le pèlerinage est un exode, un retour à l’origine et une
sortie de soi :
Le point de départ : chez
nous mais un chez nous qui ne nous satisfait plus.
«
Ce que nous avons fait jusqu’à présent est bon. Mais
ce que nous allons commencer sera meilleur. » Saint François
de Sales Quelque chose doit changer en moi ...et pour cela je pars
en chemin porter par un Souffle qui vient de plus loin que moi.
.« Arrête-moi
si je m’arrête
disant : voici un site où m’établir en Dieu
enfin nous reposer tous les deux !
Car Tu me veux d'un vent qui doit souffler pour être
d'un feu qui doit gagner
pour ne pas disparaître,
et je courrai toujours après la vie comme eux !
Tu es mon feu brûlant, mon souffle :
Si je m'arrête, Tu étouffes,
Tu t'en vas de chez moi si je m'assieds.
Quand je halète ma prière exaspérée
De n'avoir plus un mot d'appui pour s'élever,
quand je ne rends plus grâce,
entends ce que je tais.
Et si vraiment plus rien de mon âme n'aspire
à
poursuivre la quête en ces déserts perdus
é coute ma fatigue et non pas mon refus.
Relance toujours mon désir :
Tu n’es t’es arrêté qu’à l’heure de Ta mort
Tu n’as pris racine qu’alors !
Plante-moi là où naît le vent
Où prend le feu sur tous les temps :
Tu es la lumière à venir. »
« Relance
ma quête » Patrice de la Tour du Pin
Tel est l’homme qui prend la route et revient à son Origine
revêtu
de son passé :« Une fois sorti de l’enfance,
il faut très longtemps pour y rentrer, comme tout au long
de la nuit, on retrouve une autre aurore. » G.Bernanos
Dialogue des carmélites.
3/ Que se passe-t-il au long et au terme du pèlerinage :
Que laisse le pèlerin au bord du chemin ? Ses chaînes.
Tout ce qu’il a : « ce que tu as, vends-le ! » Le
renoncement à l’avoir est acquisition de l’être. La transmutation
de l’avoir en être passe par la vente des biens et le don. L’homme
riche laisse ces liens que sont ses biens. Que trouve le pèlerin
au terme du chemin ? L’espérance.Un lieu pour s’arrêter
satisfait d’une découverte nouvelle, content de la route achevée,
du dépassement réalisé, du regard renouvelé ? Non
pas mais il trouve la porte de l’Eternité qui s’appelle espérance.
L’espérance soutient nos pas dans le chemin du temps. Elle ouvre
dans le poids du présent la dimension de l’Eternel.Alors notre marche
saturée d’Absolu devient la marche de Jésus.
