CHAMPAGNE SUR RHONE1997LES PSAUMES « Rendez grâce à Dieu
sur la harpe » Ancien évêque de Tulle
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Dans cet ouvrage, Monseigneur J.B. Brunon avait choisi de présenter
les grandes écoles spirituelles sous-jacentes à ces cent-cinquante
prières qui ont jailli de la bouche des chansonniers de Dieu :
Première grande école spirituelle psalmique : la présence
de Dieu.
Deuxième grande école spirituelle psalmique : la louange (en
hébreu : alléluia et l’action de grâces (petite sœur
de la louange).
Troisième grande école spirituelle psalmique : la supplication
et la demande.
Quatrième école spirituelle psalmique : la sagesse et la réflexion.
Cinquième école spirituelle psalmique : les pèlerinages.
Sixième école spirituelle psalmique : l’attente messianique.
Nous utiliserons, pour cette étude, la traduction du Bréviaire.
Monseigneur Brunon a écrit ces pages au cours des années 1996-1997,
pendant les derniers mois de sa vie, déjà très éprouvé par
la maladie. Etant donné son état de santé, son écriture était
parfois devenue difficile à lire. Nous avons essayé de transcrire
de la manière la plus précise son texte. Il est à noter
que le manuscrit n’a été que partiellement relu par Monseigneur
Brunon.
LES
PSAUMES : PRIERE D’AUTREFOIS
ET PRIERE D’AUJOURD’HUI
I/ Une question : pourquoi étudier les psaumes ?
1ère raison : parce que nous sommes sans cesse en contact avec les psaumes. Nous les rencontrons souvent sur notre route : à la liturgie des heures : le Bréviaire ; à la célébration de l’Eucharistie : chaque jour ; à la célébration des sacrements : en utilisation constante ; à la catéchèse des enfants et des jeunes, on fait un usage continuel de certains versets, ou parties de psaumes ; aux célébrations diverses comme celle du Carême, comme celle des funérailles, comme celle des veilles de grandes fêtes ; dans les chants liturgiques, en langue moderne, psaumes ou versets sont très souvent utilisés.
2e raison : parce que leur usage n’est pas facile. On n’entre pas aisément dans le Psautier, et l’on trouve mal la porte d’entrée. Il faut donc faire la conquête des psaumes, en être propriétaire pour ainsi dire. Il faut les identifier, les “baptiser” pour ainsi dire, se familiariser avec eux. En résumé, il faut un véritable apprentissage des psaumes.
3e raison : parce que, souvent, nous ne voyons pas comment ces prières psalmiques s’accordent avec notre temps. C’était bien pour le temps du peuple d’Israël, pour le temps de Jésus, pour les débuts de l’ère chrétienne ; mais nous ne voyons pas toujours facilement pourquoi on s’en sert pour aujourd’hui. C’est parce qu’on oublie que les “états d’âme” d’un hébreu et d’un chrétien sont identiques en profondeur. Chacun crie sa joie, chacun remercie, chacun fait entendre sa plainte, chacun demande pardon. L’an 2.000 peut et doit se retrouver en 500 avant Jésus-Christ, ou à l’époque de Jésus-Christ. Il y a une grande parenté. Les psalmistes sont les frères d’humanité d’aujourd’hui, et de toujours.
4e raison : parce que ces prières sont des prières écrites
en poésie. Dieu s’est fait poète. Nous sommes habitués à la
prière en prose, mais très peu en poésie. Or la poésie
est un langage original. Il faut le déchiffrer. Il faut apprivoiser
cette poésie. Ce langage poétique stimule l’imagination,
il ouvre l’esprit, bien plus que le langage ordinaire qui, souvent, est
marqué par une certaine platitude. Trois exemples :
Psaume 1 : tout est concentré sur deux mots poétiques, deux images
: l’arbre planté près d’un cours d’eau vive,
voilà le fidèle à Dieu ; et d’autre part, le fétu
de paille, dont la légèreté et l’inconsistance désignent
bien l’infidèle au Seigneur.
Psaume 40,7 : « tu m’as creusé les oreilles », c’est-à-dire “tu
m’as ouvert à ta Parole”. C’est l’efficacité de
la Parole de Dieu. Elle “taraude” notre être tout entier.
Psaume 84 : Fidélité et loyauté (vérité)
se rencontrent, justice et paix s’embrassent. C’est Dieu qui rend
solides les liens entre vérité et fidélité, et
entre justice et paix. C’est lui qui cimente tout. Sans Dieu, tout chancelle.
Conclusions :
Le psautier ressemble à ces vieilles monnaies. Elles ont tellement servi
que l’usure a effacé des détails très intéressants.
Il faut les remettre à neuf, leur redonner vie, les rajeunir.
Le psautier est une Bible en miniature. Tous les livres de l’Ancien Testament,
même historique, s’y retrouvent, d’une manière ou
d’une autre, en condensé, en résumé. C’est
le miroir de toute la Bible, excellent miroir de Dieu, de l’homme, de
l’univers : les trois pôles et centres bibliques y sont bien éclairés.
II/ La toile de fond des psaumes
1/ D’abord et avant tout, le psautier est prière d’Israël,
prière qui s’explique surtout par le sens de Dieu, très
poussé chez les Hébreux. Dieu était celui qui “marchait ” avec
son peuple. Il faisait partie de la caravane, comme le soulignent bien la « colonne
de nuée » et « l’arche d’alliance » ainsi
que la « tente de Yahvé ». Son nom, « Je suis » (Yahvé),
exprime bien cette présence permanente : « Je suis avec vous », « l’Emmanuel ».
Dès lors, on comprend que, sans cesse, cette présence de Dieu éveille
dans les cœurs la confiance, le repentir, la reconnaissance, surtout par
les événements communautaires.
L’histoire devient prière. Les psaumes sont la mémoire
priante de tout un peuple qui exprime les sentiments de tous les temps et de
tous les hommes : confiance, révolte, solitude. Rien n’est aussi
tragique que la sécularisation, la perte de Dieu, le rejet de Dieu,
bien souligné dans certains psaumes : « où est ton Dieu
? » (Ps 41,4, 11). Dieu est effacé de la mémoire. C’est
l’indifférence totale. Dieu est rayé de la carte de notre
vie, comme pour Jacob : « Dieu était là, mais je ne le
savais pas » (Ge 28,16). Pour l’ensemble d’Israël, c’est
tout le contraire : « Dieu est là », c’est un familier
de l’homme. La prière est alors facile, elle devient la “respiration
de l’âme” (tehilla = respirer, respirer Dieu, voilà la
vraie prière ; la prière, c’est comme l’oxygène
de l’homme).
Cette prière d’Israël est une prière de simplicité,
au vocabulaire accessible à tous, avec la répétition de
l’essentiel : grandeur de Dieu, et petitesse de l’homme.
2/ Il est ensuite prière du Christ. Pour comprendre cette prière du Christ, la réflexion de Péguy est éclairante : « Le Christ allait hériter d’un monde déjà fait, et pourtant il allait tout entier le refaire ; car il n’était pas venu abolir, mais accomplir, achever les vieilles prières du peuple hébreu ». Le visage de cette prière du Christ nous est donné par cinq fruits ou traits principaux (saint Luc les a bien saisis et montrés dans son Evangile).
- Premier trait : un cadre de prière particulier. Généralement, c’est une prière à l’écart, dans la montagne, au désert. Il se « retirait sans cesse dans la solitude et priait » (Lc 5,16). On va même nous dire que de temps en temps « il passait toute la nuit à prier », surtout à la veille des grandes occasions pastorales : lors du choix de ses apôtres (Lc 6,12), de l’investiture de Pierre, de la Transfiguration, à l’Agonie etc. etc. Il entraîne aussi ses apôtres à prier avec lui : « un jour, quelque part, il gravit la montagne pour prier avec Jean, Pierre et Jacques » (Lc 9,26-29). C’est donc une prière qui semble continuelle, mais très souvent, loin de la foule, dans des « lieux silencieux ».
- Deuxième trait : c’est une prière contagieuse, car intense. Jésus donne envie de prier. « Un jour, il priait. Quand il eut fini, un de ses disciples lui demanda : ‘Apprends-nous à prier’ ». Et il leur livre “sa” prière, le Notre Père.
- Troisième trait : c’est une prière efficace. Cette efficacité est affirmée par Jésus lui-même, et de différentes manières, par six équations, si bien qu’on ne peut mettre en doute cette efficacité exceptionnelle : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira » etc. etc. Six équations et aussi deux comparaisons péremptoires qui enlèvent toute tentation de doute : ce sont les deux comparaisons du pain et de la pierre et du poisson et du serpent.
- Quatrième trait : c’est une prière dans la vie et pour la vie. Le Christ exprime par les psaumes et dans les psaumes les sentiments qu’il ressent. Exemple : son désarroi au milieu des souffrances et en même temps sa confiance : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21) ; « Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit » (Ps 31,6).
- Cinquième trait : c’est une prière qui revalorise les
psaumes. Jésus s’y présente comme le Messie qui réalise
les psaumes. Il est le héros des psaumes, il est le Psautier vivant.
Cette prière du Christ avec les psaumes élargit nos horizons.
Avec lui et comme lui, nous prions pour tout son Corps, l’Eglise, pour
tous les hommes, pris dans toutes les situations humaines.
Une réflexion de Bonhoeffer l’énonce : « Les psaumes
nous sont donnés pour que nous apprenions à prier au nom du Christ ».
Une réflexion de saint Augustin l’explique : « Que personne,
en entendant les paroles de ces psaumes, ne dise plus : “ce n’est
pas le Christ qui les prononce”. Qu’il ne dise pas non plus : “ce
n’est pas moi”. S’il appartient au Corps du Christ, il doit
dire à la fois : “c’est le Christ qui parle” et “c’est
moi qui parle”. Tâche de ne rien dire sans eux, et lui ne dira
rien sans toi » (En. in Ps 85).
3/ Enfin il devient prière de l’Eglise. L’Eglise continue
et prolonge le Christ priant. Elle est le grand signe visible, la télévision
du Christ en prière. Il l’affirme lui-même : « là où deux
ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt
18,20). Cette prière de l’Eglise s’exprime surtout par deux
routes principales, et privilégiées :
La Liturgie des heures, c’est-à-dire le Bréviaire, pour
exprimer tous les sentiments essentiels des hommes dont elle a la charge. L’Eglise
est porteuse de toutes ces intentions et de tous ces sentiments. Les psaumes
servent à véhiculer les cris du monde. C’est le miroir
de la prière de l’humanité.
Le texte de la messe, avec surtout l’action de grâces, mais aussi
tous les autres sentiments des êtres humains (demande, supplication,
réflexion).
Ce sont les deux grands moments de la journée où la prière
de l’Eglise rejoint le monde et le monde rejoint l’Eglise.
Mais il y a des difficultés pour cette prière d’Eglise avec des psaumes, des difficultés pour accorder ces deux prières, celle de l’Eglise et celle des psaumes.
D’abord des difficultés littéraires apparaissent :
Il y a un désaccord dans l’expression. Quelquefois, les traductions
résonnent difficilement dans notre cœur, car ce sont des traductions
quelconques. Par exemple le verset du psaume 67,2 : « Que Dieu se lève » doit
se traduire : « Debout, Seigneur ! ». Celui du psaume 68,1 : « Sauve-moi
Seigneur ! » par : « Au secours, Seigneur ! ». Et celui du
psaume 2,10 : « Et maintenant, rois, comprenez, inclinez-vous juges de
la terre », par : « Rois de la terre, attention ! Gare à vous,
juges de la terre ».
Un désaccord dans les images employées nous gêne : nous
ne sommes pas toujours adaptés à certaines images. Il faut les
apprivoiser, par exemple : Dieu rocher (imprenable) ; Dieu berger (si proche
de l’homme et si attentif à lui) ; Dieu bouclier et forteresse
(défenseur de tout être vivant) ; l’homme, étouffé par
l’épreuve comme environné d’un essaim d’abeilles
; Dieu tonnerre (puissance impressionnante) ; Dieu nous tenant dans ses bras
(tendresse incroyable).
Le psautier est, comme la Bible, un livre d’images. Pourquoi cet usage si fréquent de l’image ? Pour accrocher l’intérêt du priant. Car Dieu est pédagogue. Comme sur une route monotone, à un détour, la rencontre d’une image brillante attire l’attention somnolente, éveille l’esprit, en un mot favorise la prière. L’image en effet n’est pas un monde clos, mais ouvre des perspectives immenses et variées, évoque un monde spirituel très riche.
Ensuite surgit un désaccord psychologique. Certains psaumes expriment
des sentiments réellement non chrétiens, exemple : l’imprécation
vengeresse, la haine manifestée, les relents de racisme, le nationalisme
farouche : « Ecrase-les ; ferme-leur la bouche ». Par exemple dans
le psaume 2,5-6, le Dieu vengeur ; au psaume 136,7-9, les enfants brisés
contre le roc ; au psaume 62,10-11, les ennemis passés au fil de l’épée.
Le texte du Bréviaire a souvent supprimé ces textes.
Comment peut-on résoudre ce désaccord ? En réalisant que
peu de psaumes véhiculent de tels sentiments : il ne faut pas en exagérer
le nombre. En admettant les exagérations orientales. En reconnaissant
tout simplement que ce sont des prières imparfaites. Elle n’ont
pas encore été pénétrées par la charité totale
du Christ. Elles ne sont pas “christianisées”. Elles ont été faites
dans un temps de préparation au Christ. Ces prières, habillées à la
mode du temps, doivent être complétées et accordées à notre
temps. Il fallait progresser pour en arriver là.
Mais pourquoi l’Eglise a-t-elle choisi ces prières ? Elle pouvait
les mettre de côté dans le choix qu’elle a fait. Quelques
raisons peuvent être avancées pour ce choix :
Parce qu’à côté de ces déficiences graves,
il y a aussi dans les psaumes des richesses incomparables.
Parce que l’Eglise veut bien mettre en relief la charité, mais
aussi la vérité. Et la vérité, c’est par
exemple l’importance du mal quelquefois, l’énormité du
mal (voir les nazis, les marxistes etc. etc.) On ne peut nier le mal. Certains
psaumes le mettent en relief.
Parce que Jésus lui-même, dans son Evangile, n’a pas été doux à l’égard
du mal. Les grands chapitres de Matthieu (Mt 23, 24, 25) : « malheur à vous », « hypocrites », « méfiez-vous
du levain des pharisiens » en fournissent un exemple.
Enfin s’éprouve un désaccord sur les horizons de la prière
psalmique et la nôtre. L’horizon restreint de cette prière
chez les Hébreux, qui ne dépassait pas le peuple hébreu,
semble s’opposer à l’horizon universel de cette prière
chez le Christ, prière pour toute l’humanité. Le Christ
et l’Eglise, qui en est la suite, nous font passer à l’universel, à la
prière pour tous les autres. Le Christ et l’Eglise nous décentrent
et nous font passer du “je” au “nous”. Il faut quitter
le “je” pour le “nous”. Il faut refouler l’homme
individuel ou l’homme national pour devenir un homme ecclésial
et universel.
Même si nos sentiments sont en désaccord avec les psaumes, au
moment où je les prononce, exemple : je suis dans la joie et que je
proclame un psaume de lamentation et de souffrance, je dois me refaire une âme
d’Eglise, entière. Je dois prendre le “nous”, donc
me tenir en accord avec le monde des souffrants par exemple. Ce quitter le “je” pour
le “nous” est très important dans la prière psalmique.
Une grande partie des difficultés de notre prière des psaumes
viennent de ce que nous ne prions pas assez “au nom de”.
III/ L’architecture du psautier et des psaumes
A/ L’architecture du psautier souligne la particularité d’ensemble
L’architecture extérieure place ce livre des psaumes comme un choix de prières au milieu de nombreuses autres, issues de partout, du peuple, des groupes et des individus ; comme un choix de prières, tirées de livres de chants connus des Hébreux, par exemple : le livre de David ; comme un choix arrêté à 150 prières, divisées en cinq livres, comme les cinq livres de la Loi, avec un beau porche d’entrée, le psaume 1, et avec un orchestre final de toute beauté, le psaume 150. (Voir l’étude de ces deux psaumes pages 12 à 15).
L’architecture intérieure le manifeste comme un concentré de la Bible, un miroir de l’univers, une expression de toutes les attitudes humaines : louange, demande, réflexion etc.
B/ L’architecture d’un psaume peut elle aussi être ‘vue’ de ‘l’extérieur’ ou
de ‘l’intérieur’.
1/ L’architecture extérieure précède et structure
le psaume, lui donne sa forme.
Il y a souvent des annotations liturgiques. Avec ces annotations, on peut reconstituer
l’ambiance musicale du psaume : pour un jour de sabbat, le psaume est
utilisé ce jour-là, pour la dédicace du Temple, psaume
chanté pour l’anniversaire de la consécration du Temple,
psaume des montées, utilisé pour les pèlerinages à Jérusalem.
C’était une sorte de manuel de prières des pèlerins
(Ps 120-123). Cf. « J’étais dans la joie lorsqu’on
m’a dit : ‘Allons à la maison du Seigneur’ » (Ps
121).
On trouve aussi des annotations musicales, car les psaumes étaient souvent chantés. Exemple : à l’octave, voix de soprane. Ou sur l’air « Biche de l’aurore », air connu sur lequel étaient chantés certains psaumes ou d’autres chants. « Higgion » : bouche fermée, en sourdine ; « Sela » : silence, arrêt de quelques instants, interlude musical pour permettre la méditation. Ou « avec des instruments à cordes », accompagnement avec ces instruments.
La structure du psaume est éclairante. Ainsi la division en strophes entrecoupées de refrains permet à l’esprit de se ressaisir et d’insister sur tel ou tel point. « Pourquoi te laisser abattre, ô mon âme ? Aie confiance en Dieu » (Ps 41,42).
La division en vers, au rythme bien prononcé et au parallélisme bien souligné, est très classique, par exemple, le psaume 1, avec les deux portraits en opposition parallèle.
2/ L’architecture intérieure nous fait entrer dans le fond du psaume. Pour la saisir, nous nous servirons de trois claviers : celui de l’histoire, le clavier de l’auteur lui-même ; celui du Christ, le clavier de Jésus priant avec les psaumes ; celui de l’Eglise, qui prolonge la prière de Jésus. C’est en jouant, le mieux possible, sur ces trois claviers que nous comprendrons mieux les psaumes, principalement leurs richesses intérieures.
IV/ La manière de prier les psaumes
Quelques clefs, quelques règles indispensables préludent à la prière des psaumes. Quatre règles essentielles, règles d’or, ont été bien mises en relief par le Cardinal Garrone.
La première règle : vouloir prier, ce qui suppose d’abord de faire la conquête des psaumes et les considérer comme des familiers (il y a des psaumes proclamés et entendus pendant trente ans et qui n’ont aucune résonance en nous). Pour conquérir un psaume, il faut faire émerger l’état d’âme essentiel du psalmiste, du priant d’autrefois. Il suffit d’un simple titre du psaume, ou des mots-clefs, pour que cet état d’âme se présente à notre esprit et apparaisse en gros plan. Exemple du psaume 70 : solitude pesante du vieillard, forces déclinantes, quelquefois véritable déchéance. Mais Dieu a un faible pour lui. Il est aimé du Seigneur, comme tout ce qui est faible, petit, sans relief.
La deuxième règle : s’appauvrir, c’est-à-dire
aller à l’essentiel. C’est une prière de simplicité qui
a toujours devant les yeux la grandeur de Dieu au service de l’homme,
la dépendance de l’homme et son salut par Dieu, l’immensité de
l’univers, celui des tout petits et celui des grands.
Par cet essentiel, les psaumes décapent l’âme de l’inutile
ou du subtil, ou simplement du compliqué. Un exemple, le psaume 1 désigne
une route bien tracée, celle du bonheur « bienheureux ».
Le reste orchestre, c’est tout.
Cruelle désillusion pour ceux qui cherchent des analyses très
poussées d’états d’âmes, car souvent dans ces
analyses, il y a recherche de soi, plus que recherche de Dieu. Prier avec les
psaumes, c’est sortir de soi, véritable exode pour rencontrer Dieu.
Prier avec les psaumes, c’est se décentrer. Cruelle désillusion
pour ceux qui cherchent des sensations fortes et ont comme une sorte de fringale
de ces sensations. Chaque jour, il faut des nouveautés. Or les psaumes
rejettent les choses vaines. Ils nous entraînent à l’essentiel.
Cette inlassable reprise des mêmes choses offre un avantage sérieux
: celui d’imposer à notre regard l’essentiel, et de l’imposer
comme une lumière insistante et permanente.
La troisième règle : faire la jonction entre les psaumes et
la vie, entre nos états d’âme d’aujourd’hui
et ceux des psalmistes d’autrefois. Il faut qu’il y ait rencontre,
sinon les psaumes sont sans intérêt pour notre temps. Ils deviennent
simple curiosité intellectuelle. Il faut actualiser la prière
des psaumes, mais sans dénaturer les états d’âme
des psalmistes. Il faut faire rencontrer le présent et le passé.
Alors le psalmiste devient notre contemporain. Cette rencontre du passé et
du présent ne se fera pas au niveau des détails ni au niveau
du contexte souvent différent, mais en profondeur, au niveau des attitudes
spirituelles réelles.
L’exemple du psaume 15 est éclairant : nous sommes en présence
d’un homme qui est tenté de quitter le choix premier qu’il
a fait. Tout l’attire à l’extérieur. Il ne sait que
faire. Il va cependant réopter pour son choix passé. Il rejoint
ainsi ceux qui, dans le monde entier, à un moment ou à un autre, éprouvent
la tentation de laisser leur engagement premier. C’est le psaume du réengagement.
L’exemple du psaume 117 : c’est un psalmiste qui est cerné de
toutes parts par les épreuves, comme les guêpes, les abeilles,
qu’on a remuées et dont on a peine à se débarrasser.
Puis, tout à coup, lumière, salut, véritable pâque
dans la vie « car éternel est son amour ».
Quatrième règle : bien voir et comprendre l’habillage des psaumes qui est double : historique et poétique.
L’habillage de l’histoire. On trouve des allusions nombreuses à des événements
de l’histoire d’Israël comme des sommets : passage de la Mer
Rouge, Captivité, Abraham, Moïse... Il n’est pas besoin d’être
docteur en histoire pour profiter du psaume ! Quelques grands traits historiques
suffisent. Mais sous cet habillage de l’histoire, le visage de Dieu apparaît.
Dieu se fait histoire. Lecture facile. L’exemple du psaume 77 qui rappelle
les “folies” de Dieu (malgré les longs refus, Dieu revient
toujours). Dieu recommence sans cesse.
Avant d’être enfermés dans nos bréviaires, les psaumes
connaissaient la rue. Avant d’être liturgiques, certains ont été comme
des chants de “partisans” ; le poète s’emparait de
l’événement et alors ces chants devenaient un psaume, un
chant de fête, la fête de Dieu et la fête des hommes, du
peuple. Un exemple, le psaume 136 : le psalmiste et ses amis nombreux sont
en exil près de Babylone. Ils regrettent le passé, ont “le
mal du pays”. Sion est là sans cesse devant leurs yeux.
L’habillage de la poésie : Dieu s’est fait poète.
Pourquoi ? On ne peut l’ignorer, car la poésie est la forme littéraire
la plus proche de la spiritualité véritable. Il y a un je ne
sais quoi dans la poésie qui est un “plus” et qui nous plonge
dans un état tout à fait particulier. Nous sommes pour ainsi
dire dépaysés, et nous nous abandonnons au concert poétique.
Par exemple, le psaume 130 : une simple image poétique, celle de l’enfant
sur le sein de sa mère, suffit pour nous mettre dans un état
d’abandon entre les bras de Dieu que rien autre que lui ne pourrait réaliser.
Nous sommes ainsi dans un autre élément de vie. C’est la
poésie qui nous y transporte.
La poésie est un au-delà du langage de la raison et du langage
du coeur-sentiment. La poésie est irrationnelle. Elle exprime plus des états
d’âmes-expériences que des choses. Cela ne se démontre
pas, cela suggère et émeut. Elle nous fait atteindre un autre
monde inédit. La poésie n’a rien de la platitude littéraire.
Voilà pourquoi nous appelons les compositeurs et les lecteurs des psaumes
: les chansonniers de Dieu.
V/ Début et fin du psautier
C’est un “indicatif” facile à retenir qui s’enracine dans l’Evangile. « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ».
1 - Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux
qui ricanent,
2 - mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit
!
3 - Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui
donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu’il entreprend réussira,
4 - tel n’est pas le sort des méchants. Mais ils sont comme la
paille balayée par le vent :
5 - au jugement, les méchants ne se lèveront pas ni les pécheurs,
au rassemblement des justes.
6 - Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants
se perdra.
Titre, nom de baptême : un choix à faire
(les deux routes, les deux étendards de saint Ignace)
1/ Toile de fond. Le plan est structuré en deux parties : d’abord deux portraits : le juste, l’accordé à Dieu, et le mauvais, le sans-Dieu. Le premier, présenté en long et en large (v. 1-3) et le second, très bref, comme un raccourci. C’est intentionnel. Le sans-Dieu ne mérite pas qu’on s’arrête longtemps à lui. Puis une conclusion (v. 6) : formule lapidaire sur les conséquences d’un oui ou d’un non.
2/ Relecture :
Ne pas surcharger les explications.
* Sur le clavier de l’histoire
Un premier portrait (v. 1-3). C’est une description négative formulée
par trois verbes remarquables qui soulignent une progression de l’homme
dans le mal, trois verbes lumineux : entrer (contact), suivre (y goûter)
et s’asseoir (s’installer) dans le mal, suivie d’une description
positive : c’est le “pauvre”, l’homme idéal.
Se plaire : se nourrir de la Parole de Dieu (la Loi est présence de
Dieu) et y avoir plaisir. Prendre goût : savourer. Garder la Parole en
la ruminant, exemple Marie, l’oraison. « La Parole de Dieu est
savoureuse comme le miel » (Ps 18,11). L’homme se plaît tellement
qu’il la murmure, il la chante. C’est une cantilène qui
jaillit de son cœur (voir Jr 15,6).
Le résultat (v. 3) : une image exprime bien et traduit bien ce résultat,
celle de l’arbre planté près d’un cours d’eau.
C’est une image très biblique continuellement utilisée
dans la Bible (Je 17,5-8 ; Lc 3,9 ; Mt 3,10). Cette image exprime la plénitude
de vie soulignée par son fruit, par son feuillage, vie débordante
avec tout ce que cela comporte de bien-être, de bonheur et d’équilibre.
Plénitude exprimée également par une conclusion, formule-médaille
très tranchante : « tout ce qu’il entreprend réussira ».
Cette image de l’arbre planté près de l’eau exprime
bien aussi : l’homme qui a des racines, bien qu’agité par
les vents, l’arbre résiste à tous les orages et aux intempéries
; l’homme plein de vie, pas rachitique spirituellement, « son feuillage
ne meurt pas » ; l’homme qui est efficace et produit du fruit,
donc qui réussit sa vie.
Un deuxième portrait (v. 4-5), le mauvais, l’infidèle,
le dévoyé, le railleur, le sans Dieu. C’est un portrait
très ramassé, en quelques mots seulement. C’est voulu pour
impressionner le lecteur ou l’auditeur, en un mot pour faire choc. Dans
ce portrait, une image domine, celle de la balle du grain (la plume) qui enveloppe
les fleurs et les graines, donc sans consistance, sans poids (“ne pèse
pas lourd”), sans valeur ; cette image contraste avec l’arbre.
Elle parle à notre cœur. Le mauvais est mis sur le même plan
que la paille par l’insignifiance, l’inconsistance, la non-valeur
qui sont ici bien soulignées. La paille est une image très biblique
(Is 17,13 ; Ps 34,5). Dans la main de Dieu, ses opposants ne pèsent
pas lourd.
Et comme souvent, le même procédé, tout se termine par
une formule-médaille et parallèle : « au jugement » « les
méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs, au rassemblement
des justes ». Il est à remarquer l’insistance des deux sentences
parallèles. C’est une répétition pour nous dire
: c’est bien vrai, n’est-ce pas ? Ce sera comme ça !. “Se
lever” : incapables de se tenir debout, sans force, couchés pour
toujours, incapables de se présenter devant Dieu pour le jugement. « Ça
ne tient pas », ce qui veut dire : “Ils ne sont pas sur un terrain
solide. Tout s’écroule sous leurs pieds. Ils ne peuvent ‘tenir
debout’, ils perdent pied”. Légèreté, instabilité, écroulement
de l’homme mauvais.
La conclusion est au verset 6, formule lapidaire et tranchante comme une épée, abrupte pour choquer, avec un parallélisme très visible pour attirer l’attention sur la répétition, mais ici répétition en contraste. Il y a deux chemins : le chemin du juste (idéal), connu du Seigneur, donc sûr = chemin de Dieu lui-même (le Christ : « je suis la route ») et le chemin du mauvais, du pécheur, qui se perd dans les sables, s’en va, on ne sait où. « Il se perdra » : futur très intentionnel car peut-être qu’à une certaine heure le méchant, le mauvais, le pécheur vivra dans la prospérité attirante, mais demain, il sombrera à coup sûr. Il se perdra sur le chemin bien tracé tout d’abord, ensuite sur un chemin qui s’enfonce dans le vague, dans la brousse et enfin dans le noir de la forêt vierge de la vie.
* Sur le clavier christique ou relecture évangélique, relecture
du psaume dans la liturgie. C’est la préface du psautier, ce qui
lui donne un sens particulier, et aussi la prière de l’Eglise à Matines
du premier dimanche de l’année. C’est significatif.
1ère idée : le psaume ouvre toute la prière d’Israël,
du Christ, de l’Eglise. C’est le porche d’entrée,
le premier psaume du psautier. Il donne l’indicatif de tout le psautier,
le ton. La vie est un choix, un combat, et elle est un triomphe de l’homme
de Dieu. Et cet indicatif est concentré dans le premier mot : Heureux.
Heureux l’homme qui vit de Dieu. Le psalmiste se met “en marche”,
en route (Chouraqui). De ce premier psaume, se détache le premier mot
: « heureux ! » ou en route. Heureux, la joie de l’homme
qui vit de Dieu.
2e idée : « En marche » (Chouraqui). Pourquoi « en
marche », en route ? C’est une interjection : “ashrei” en
hébreu. « Mettons-nous en route » (45 fois dans la Bible).
Racine ashar : en route. Pourquoi ? En route vers Dieu. C’est le cri
du début du psaume, c’est le cri de départ ! C’est
une démarche que demande l’auteur, le psalmiste méditatif
! Les Grecs ont traduit : “Makarios”, « bienheureux ! » Ils
ont insisté (car ils ont un esprit très pratique) sur le résultat
de la démarche : le bonheur, et non sur la démarche elle-même,
source de bonheur, porteuse de bonheur. “En marche” est peut-être
la meilleure traduction (à mon avis) car le psaume va parler d’homme
debout, en route. Mais bienheureux n’est pas faux, c’est le fruit
de cette démarche. Le premier sens (marche), c’est le départ,
le deuxième sens (bienheureux), c’est l’arrivée.
3e idée : ce psaume christique, évangélique, est éclairé par
toute la vie des saints et des saintes unis au Christ. D’où :
en marche ! toujours en marche. Ne pas s’asseoir. D’où « ils
sont plantés près des cours d’eau ». Psaume qui éclaire
bien le Christ : « je fais toujours ce qui plaît à mon Père » :
accordé, juste. « Ma nourriture est de faire la volonté du
Père ». Ce psaume est éclairé encore par des paroles
du Christ, en particulier : « Heureux celui qui écoute la Parole
de Dieu et qui la garde » (cohérence parole-vie) (Lc 11,28) ; « l’homme
ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche
de Dieu » (Mt 4,4).
* Sur le clavier ecclésial : ce psaume est utilisé sans arrêt pour ouvrir la prière. C’est le premier psaume sur nos lèvres à la prière des lectures de la semaine : car tout à fait au début, il nous est bon de faire un choix, sinon notre prière sera quelconque et presque nulle.
Psaume 150, l’orchestre final immortalisé par C. Franck
C’est une symphonie festive pour souligner la priorité de la louange dans la prière.
1 - Louez Dieu dans son temple saint, louez-le au ciel de sa puissance ;
2 - louez-le pour ses actions éclatantes, louez-le selon sa grandeur
!
3 - Louez-le en sonnant du cor, louez-le sur la harpe et la cithare ;
4 - louez-le par les cordes et les flûtes, louez-le par la danse et le
tambour !
5 - Louez-le par les cymbales sonores, louez-le par les cymbales triomphantes
!
6 - Et que tout être vivant chante louange au Seigneur !
Titre, nom de baptême : Symphonie de louanges : le vivat final
Véritable indicatif
1/ Structure du Psaume. Le plan est très simple, la structure du psaume
est résumée en un seul mot : louer.
Verset 1 Où ? Où louer Dieu ?
Verset 2 Pourquoi ? Pourquoi louer Dieu ?
Versets 3-5 Comment ? Comment louer Dieu ?
Verset 6 Qui ? Qui doit louer Dieu ?
2/ Relecture :
* Sur le clavier de l’histoire
Où louer Dieu ?
D’abord dans son Temple terrestre (car le Temple est un des lieux majeurs
où l’on rencontre Dieu).
Puis dans son temple céleste, l’immense voûte des cieux,
qui est le grand temple de Yahvé. Car pour la rencontre de Dieu, il
y a cinq grands lieux de rencontre, les cinq grands signes, sacrements véritables
:
La création : « les cieux chantent la gloire de Dieu ».
Pour les Babyloniens, les étoiles étaient l’écriture
du ciel.
L’histoire, transparence de Dieu : « Eternel est son amour » (Ps
135). Jésus se fera histoire (Ps 94).
Le Temple. Yahvé est là, c’est sa maison (voir Ps 26,4).
La communauté d’Israël. Dieu fait route avec elle (Ex 33,16,
Ps 149,4), « Dieu se complaît en son peuple » (Ps 45,1-3
; 12).
La Parole (« Elle veut se faire chair en nous », Madeleine Delbrel). « Demeurez
en ma parole » (Jésus). ‘Parole de Dieu’, appellation
très suggestive et fréquente. Le Psaume 118 est une répétition
fantastique de cette parole, la parole, loi-commandement, rappelée,
répétée, commentée.
Pourquoi le louer ? (v. 2) Pour ses actions (ses œuvres), reflets de sa grandeur. Dieu se fait voir. Télévision de Dieu. Dieu est acte toujours en acte : « Mon Père travaille sans cesse et moi aussi ».
Comment ? (v. 3-4) Avec tous les instruments inventés par les hommes.
D’abord les instruments des prêtres : le cor (avec des sonneries
triomphales), c’est-à-dire le Shophar (en forme de corne de bélier).
L’éclat du Shophar remplaçait les sonneries de cloches
d’aujourd’hui.
Avec la harpe (Kinnor) et la cithare ou lyre (Nebel) des lévites, c’est-à-dire
la grande harpe et la petite cithare portative comme une guitare. C’étaient
les instruments à corde des lévites.
Avec les cordes et les flûtes des bergers, les pipeaux chaleureux, les
flûtes, et les mandolines (violes). Instruments à cordes et à vent
rudimentaires, champêtres, mais bien musicaux.
Avec les tambourins (Toph) des jeunes filles, instruments à percussion
et la danse.
Avec les cymbales du peuple. Deux catégories : les douces, sonores,
et les percutantes, triomphales. Tsalal, en hébreu : sonner, bruit retentissant.
Le peuple, incapable de jouer de la musique raffinée. Il faut pour lui
du tintamarre. C’est vraiment tout le peuple de Dieu qui acclame et chante
son Dieu.
Qui ? Tout être vivant. Ne rien exclure de la louange. Tout doit louer Dieu.
* Sur les claviers christique et ecclésial : l’éclairage liturgique du Christ et celui de l’Eglise. Ce psaume est utilisé surtout le dimanche, jour triomphal du Christ ressuscité. Toute la création est associée et acclame le Christ Fils de Dieu ressuscité et vivant. Deuxième et quatrième dimanches à Laudes, l’heure de la louange matinale par excellence. C’est un des sommets de l’école de la louange.
1ERE
GRANDE ECOLE : LA PRESENCE DE DIEU
La première grande école qui domine toutes les autres, c’est celle de la présence de Dieu. Elle anime et oriente toutes les autres. Nous étudierons donc l’Ecole de la présence de Dieu dans le psautier, en prenant spécialement quelques psaumes chefs de file : les psaumes 41-42 ; 15 ; 130 ; 133 ; 90 ; 22. Huit psaumes ont été choisis pour bien mettre en valeur cette grande Ecole de la présence de Dieu.
Dieu en effet est nommé plus de mille fois dans le psautier, et sous
les noms les plus divers : Dieu Seigneur, Dieu berger, Dieu vigneron, Dieu
juge, Dieu père, Dieu forteresse, Dieu guerrier, combattant, Dieu fiancé.
Mais les deux traits qui résument le mieux le visage de Dieu, ce sont
ceux de :
Dieu puissant-transcendant
et Dieu proche et père.
Dans le psautier, il y a comme une grande nostalgie de rencontrer Dieu, bien
soulignée par le mot : chercher. Le psautier est avant tout l’école
de la rencontre de Dieu. C’est comme un immense dialogue entre lui et
moi.
Psaumes 41-42
Le psaume qui exprime bien cette soif de Dieu, c’est le psaume 41-42. C’est ce psaume que nous étudions à présent. En réalité ce sont deux psaumes qui ne font qu’un mais l’usage liturgique l’a coupé en deux.
Psaume 41
2 - Comme un cerf altéré cherche l’eau vive, ainsi mon âme
te cherche, toi mon Dieu.
3 - Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ;
quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ?
4 - Je n’ai d’autre pain que mes larmes, le jour, la nuit,
moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il, ton Dieu ? »
5 - Je me souviens, et mon âme déborde : en ce temps-là,
je franchissais les portails !
Je conduisais vers la maison de mon Dieu la multitude en fête,
parmi les cris de joie et les actions de grâce.
6 - Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur
moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : Il est mon sauveur
et mon Dieu !
7 - Si mon âme se désole, je me souviens de toi,
depuis les terres du Jourdain et de l’Hermon, depuis mon humble montagne.
8 - L’abîme appelant l’abîme à la voix de tes
cataractes,
la masse de tes flots et de tes vagues a passé sur moi.
9 - Au long du jour, le Seigneur m’envoie son amour ;
et la nuit, son chant est avec moi, prière au Dieu de ma vie.
10 - Je dirai à Dieu, mon rocher : « Pourquoi m’oublies-tu
?
Pourquoi vais-je assombri, pressé par l’ennemi ? »
11 - Outragé par mes adversaires, je suis meurtri jusqu’aux os,
moi qui chaque jour entends dire : « Où est-il ton Dieu ? »
12 - Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur
moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur
et mon Dieu !
Psaume 42
1 - Rends-moi justice, ô mon Dieu, défends ma cause contre un
peuple sans foi ;
de l’homme qui ruse et trahit, libère-moi.
2 - C’est toi, Dieu, ma forteresse : pourquoi me rejeter ?
Pourquoi vais-je assombri, pressé par l’ennemi ?
3 - Envoie ta lumière et ta vérité : qu’elles guident
mes pas
et me conduisent à ta montagne sainte, jusqu’en ta demeure.
4 - J’avancerai jusqu’à l’autel de Dieu, vers Dieu
qui est toute ma joie ;
je te rendrai grâce avec ma harpe, Dieu mon Dieu.
5 - Pourquoi te désoler, ô mon âme, et gémir sur
moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce : il est mon sauveur
et mon Dieu !
Titre, nom de baptême : “la soif de Dieu : est-ce vrai ?”
et sous une double pression dans l’épreuve :
celle du dehors : « Où est-il ton Dieu ? » et
celle du dedans : celle de l’espérance que l’esprit y dépose.
1/ Toile de fond
Nous sommes en face d’un homme qui a vécu éloigné du
Temple, sans doute un exilé. Il a vécu dans un entourage hostile
et sarcastique. Sa souffrance était donc activée de toutes parts.
Il en suffoquait. Il se tourne vers Dieu, son vrai rempart.
Ce psaume est divisé en trois parties :
Le souvenir du passé qui était rempli de la vie de Dieu avec
le Temple dont il est privé (il est sans doute loin, exilé).
Il est donc altéré de Dieu, tellement il le désire (Ps
41, 2-6).
La vision du présent (Ps 41,7-12) : le psalmiste est accablé d’épreuves,
les flots passent sur lui, le font suffoquer et l’écrasent. La
vue des chutes de l’Hermon où il a été envoyé en
exil lui suggèrent facilement les cataractes qui l’écrasent
et l’étouffent.
La vision de l’avenir (Ps 42,1-5) : malgré tout, Dieu est là,
le Dieu de l’espérance, de la confiance. La lumière brille
quand même dans la nuit. Et ce n’est pas un Dieu quelconque qui
se tient là, c’est un Dieu forteresse qui se présente.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire : c’est le psaume d’un exilé.
D’abord le psalmiste est plein du passé : « j’évoque
le passé », nous dit-il (v. 5 et 6). Il se voit à la tête
d’une procession vers le Temple, au milieu de la foule joyeuse et enthousiaste.
Il avait une belle situation dans la vie religieuse d’Israël. Il
en est loin maintenant : plus de Temple, plus de manifestation religieuse solennelle.
Dès lors, « son âme se désole » et il gémit
dans la souffrance de l’Exil. Et même il perd pied, il n’en
peut plus. Il est comme la biche, altérée, qui est au bout de
ses forces poursuivie par les chiens déchaînés. Il éprouve
la soif, la soif de Dieu. Et la souffrance active cette soif, c’est certain.
Ensuite, c’est le présent, son exil au nord, vers l’Hermon,
qui l’accable. Pour cela, il a choisi une image, des plus suggestives
et des plus vraies, près de ces sources qui, à la manière
des chutes de grandes eaux, se jettent sur lui et l’empêchent de
respirer et l’étouffent (v. 8) : il a la psychologie du noyé.
Il est au bord de la mort. Il est meurtri jusqu’aux os (v. 11) mais Dieu
est là et veille sur lui. « Pourquoi gémir ? Espère
en Dieu » (v. 12). Voir aussi le psaume 68.
Enfin, voici un peu de ciel bleu, le calme et la paix qui reviennent. La paix
s’amplifie. Le psalmiste a le cœur rempli d’espérance
car « c’est Dieu ma forteresse » (Ps 42,2). Dès lors, « pourquoi
vais-je assombri ? Pourquoi gémir ? » Pourquoi se désoler
? Dieu est là, Sauveur.
* Le clavier christique. « J’ai soif », cette parole évangélique rejoint bien l’état d’âme du psalmiste. Comme lui, le Christ est écrasé par les épreuves. « Où est-il ton Dieu ? » Cette réflexion, à peu près identique de la foule et des soldats s’adressant au Christ, nous font sentir, plus qu’en d’autres moments, l’harmonie profonde qu’il y a entre Jésus et le psalmiste.
* Le clavier ecclésial. L’Eglise le fait lire à toutes
les heures de l’existence, où l’on est accablé par
l’épreuve et parfois aveuglé. C’est le cri de tous
les hommes, de toute l’Eglise, chaque fois surtout qu’elle est
en détresse.
Psaume 15
Après le psaume 41-42, le psaume 15 est caractéristique de l’Ecole de la présence de Dieu.
1 - Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
2 - J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! Je n’ai pas
d’autre bonheur que toi. »
3 - Toutes les idoles du pays, ces dieux que j’aimais,
ne cessent d’étendre leurs ravages, et l’on se rue à leur
suite.
4 - Je n’irai pas leur offrir le sang des sacrifices ;
leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !
5 - Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort.
6 - La part qui me revient fait mes délices ; j’ai même
le plus bel héritage !
7 - Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur
m’avertit.
8 - Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.
9 - Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même
repose en confiance :
10 - tu ne peux m’abandonner à la mort ni laisser ton ami voir
la corruption.
11 - Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement
de joie !
A ta droite, éternité de délices !
Titre, nom de baptême : “Dieu seul me suffit”
La tentation d’aller “ailleurs” et donc de tout laisser,
mais force de “réengagement”.
C’est le psaume des 40 ans : il faut repartir.
1/ Toile de fond : c’est la prière d’un homme pris dans la tentation ; un véritable combat intérieur est déclenché. Vais-je tout laisser pour un “ailleurs” séduisant ? ou bien vais-je redire “oui” ? Un choix est à faire, le psalmiste le fait clairement : Mon seul Seigneur, c’est toi. Il se redonne à Dieu pour toujours : « Tu es le lot de mon cœur ».
Deux parties bien visibles se suivent : le choix du psalmiste (v. 1-6) en face d’un monde d’illusions ; les conséquences de ce choix (v. 7-11) : une option payante en différents domaines.
2/ Relecture :
* Sur le clavier de l’histoire
Nous sommes en face d’un homme violemment tenté d’abandonner
son Dieu. C’est la grande tentation de “l’ailleurs” (« ces
dieux que j’aimais », v.3). En pleine conscience, il réopte
pour son Seigneur. Mais dès le début, pour ne pas céder,
il prend parti pour Dieu : « Garde-moi, j’ai fait de toi mon refuge » (v.1).
Avant de raisonner sa foi, il l’affirme, et fortement.
Les idoles pullulent autour de lui. Elles sont variées et attirantes
(v. 2). Les mirages sont là (Je 1,13). Le “ça se fait” est
plein de séduction. On entend, en ce moment, un autre psalmiste : « Un
peu plus mon pied bronchait. Un rien, et mes pas glissaient, envieux que j’étais
des insensés, en voyant le bien-être des impies » (Ps 72).
Mais sa prise de parti pour son Dieu se fortifie : il refuse de sacrifier à ces
idoles. Il ne prononce même plus leur nom. Plus que cela, il affirme
que Dieu est son héritage. C’est tout dire. Il ajoute ces mots
très suggestifs : c’est ce qu’il a tiré au sort dans
la coupe du partage des biens : Dieu est sa part. C’est sa propriété,
ce sera son domaine, un vaste domaine. Dieu sera son “chez-lui”,
son univers. Dieu lui suffit. Que dire de mieux ? Le choix renouvelé l’emporte
sur tout.
Nous sommes, maintenant qu’il a choisi, en face d’un homme qui
récolte tous les fruits de sa réoption, dont quatre fruits principaux
:
Dieu devient sa grande lumière intérieure : « Même
la nuit » (v. 7). Dieu est lumière.
Dieu devient une profonde sécurité pour le psalmiste. C’est
sa force, son appui. « Dieu est toujours à sa droite » (v.
8). Le côté droit est plus vulnérable que le côté gauche,
côté du bouclier. « Je suis inébranlable ».
Tel est le résumé de cette sécurité.
Dieu est source de joie (v. 9), mais une joie surabondante, car la joie véritable
se trouve dans l’amour, or Dieu est amour. « Mon cœur exulte ».
Dieu est le prince de la vie (v. 10-11), car Dieu est le grand vivant. « Tu
n’abandonnes pas mon âme au shéol et ne laisse pas ton ami
voir la fosse. » « Tu m’apprends le chemin de la vie ».
Dieu est l’opposé de ce qui meurt et conduit à la mort.
Jésus, son Fils, nous le répète : « Je suis la Vie ».
Conclusion : Dieu est plénitude. Dieu seul “rassasie” (v. 12), c’est-à-dire remplit l’être.
* Sur le clavier christique
C’est la tentation même de Jésus au désert et à Gethsémani
: « Détourne de moi ce calice ». Et par contre, c’est
la réoption du Christ lui-même : « Je fais toujours la volonté du
Père » ; « ma nourriture, c’est de faire la volonté du
Père » ; « que ta volonté soit faite » !
* Sur le clavier ecclésial. Le psaume 15 est le psaume le plus utilisé dans l’Eglise, car c’est celui qui est le plus capable de créer un état d’âme, d’élan vers Dieu pour le rencontrer. Utilisé à Complies pour renouveler le don de soi, à la fin du jour, et au seuil de la nuit, l’Eglise s’en sert principalement pour la Fête-Dieu, car c’est bien Dieu qui remplit la coupe du psalmiste.
Après les psaumes 15 et 41-42, nous relisons deux petits psaumes très tonifiants pour retrouver ou fortifier le sens de la Présence de Dieu : le psaume 130 et le psaume 133.
Un petit diamant, qui a dû briller aux yeux de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, car il répond parfaitement à sa spiritualité de la petitesse, de la pauvreté, de l’enfance.
1 - Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ;
je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent.
2 - Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ;
mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère.
3 - Attends le Seigneur, Israël, maintenant et à jamais.
Titre, nom de baptême : “Dans les bras de Dieu”
Ame apaisée, après une grande agitation et une lutte marquante
pour retrouver l’abandon, la paix.
1/ Toile de fond. Les yeux sont remplis par une seule image : l’enfant rassasié, blotti dans les bras de sa mère. Une image obsédante de tendresse qui s’impose à tout le reste. L’enfant est rempli de Dieu. Il est au repos dans les bras de son Seigneur. C’est une image pour nous montrer qu’il fait toujours bon être dans les mains de Dieu : lui seul est la vraie paix de l’âme, une paix inédite à expérimenter.
C’est un psaume en deux temps : un constat sur Dieu qui rassasie (v. 1-2) puis un appel pressant à tout le peuple pour s’abandonner à son Dieu et recueillir cette paix dont le monde a tant besoin (v. 3).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. N’importe quel être humain
peut revivre cette scène si simple mais si vraie. C’est le B.A.ba
de la vie chrétienne. Celui qui se repose en Dieu est envahi par lui.
Celui présenté par le psaume était remué, agité,
inquiet ; et le voilà tout à coup dans un appui total sur son
Dieu : c’est alors le calme de Dieu qui se fait en lui.
Ce psaume exprime bien ce que l’on veut dire par la pauvreté spirituelle.
Le mot pauvreté ne nous dit pas grand chose. L’image de l’enfant
rassasié nous dit bien davantage.
Nous avons ensuite (v. 3) un appel retentissant à laisser coûte
que coûte le mot “abandon” loin de nous. C’est le mot “attendre” qui
prend le dessus. Et le psalmiste l’exige pour “maintenant” et
pour toujours. On a rarement entendu un appel aussi pressant à la confiance
en Dieu. Ce psaume peut changer toute une vie.
* Relecture sur le clavier christique. Deux réflexions du Christ l’illuminent : « Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux » (Lc 9,47). Cette exigence de Jésus pour nous, il l’a faite sienne en récitant ce psaume. Ce psaume est vraiment christique. « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29). C’est la même exigence, mais très personnalisée en Jésus.
* Sur le clavier ecclésial : ce petit psaume est continuellement utilisé dans
la prière de l’Eglise. Et la proclamation de sainte Thérèse
comme Docteur de l’Eglise va accentuer l’usage de cette prière
psalmique. Il va devenir prière commune des chrétiens.
Psaume 133
1 - Vous tous, bénissez le Seigneur, vous qui servez le Seigneur,
qui veillez dans la maison du Seigneur au long des nuits.
2 - Levez les mains vers le sanctuaire et bénissez le Seigneur.
3 - Que le Seigneur te bénisse de Sion, lui qui a fait le ciel et la
terre !
Titre, nom de baptême : “Les permanents de la prière, priez
pour nous !”
Prière dans la nuit pour le monde entier
1/ Toile de fond. Ce psaume est un psaume nocturne des permanents du Temple,
durant la nuit. Constitués par groupe, ils sont là. Leur prière
est ininterrompue, le monde entier et ses intérêts sont pris en
compte. C’est la grande prière universelle du soir qui résume
toute la journée. Les chrétiens doivent le savoir et compter
sur cette prière nocturne.
D’abord un appel (v. 1-2) puis une réponse (v. 3) constituent
ce chant.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Tous les soirs, avant la fermeture du
Temple, il y avait comme une grande invitation du peuple, surtout les pèlerins, à encourager
les “priants de la nuit”, la garde montante, les contemplatifs
d’Israël à bien assurer la permanence de la prière, à bien
remplir leur devoir. C’est un appel suppliant (v. 1 et 2) du peuple à la
prière des “priants” en permanence, surtout de la part des
pèlerins qui quittent Jérusalem. Ils se confient une dernière
fois à la prière des priants.
Et c’est la réponse (2e partie, v. 3) : la bénédiction
par Dieu lui-même. Parole efficace de Dieu qui se met à genoux
devant l’homme, c’est-à-dire à son service total
(c’est le sens du mot : “bénir”). Bénédiction
puissante, car elle vient de la part de Celui qui a créé le ciel
et la terre.
* Sur le clavier christique. Le Christ est le grand permanent de la prière. Dans tout l’Evangile, on peut dire : “ça prie” et Jésus ose faire cette demande : « Veillez donc et priez en tout temps » (Lc 21,36).
* Sur le clavier ecclésial. La prière permanente des consacrés est un fait facile à observer. Elle impressionne tous ceux qui, un jour, se trouvent en présence d’un groupe constitué qui entrecoupe sa journée par la prière. C’est un témoignage plein de lumière.
En conclusion : « le silence du contemplatif engendre la parole missionnaire » (Cardinal
Pironio).
1 - Quand je me tiens sous l’abri du Très-Haut et repose à l’ombre
du Puissant,
2 - Je dis au Seigneur : « Mon refuge, mon rempart, mon Dieu, dont je
suis sûr ! »
3 - C’est lui qui te sauve des filets du chasseur et de la peste maléfique
;
4 - il te couvre et te protège. Tu trouves sous son aile un refuge :
sa fidélité est une armure, un bouclier.
5 - Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole
au grand jour,
6 - ni la peste qui rôde dans le noir, ni le fléau qui frappe à midi.
7 - Qu’il en tombe mille à tes côtés, qu’il
en tombe dix mille à ta droite,
toi, tu restes hors d’atteinte.
8 - Il suffit que tu ouvres les yeux, tu verras le salaire du méchant.
9 - Oui, le Seigneur est ton refuge ; tu as fait du Très-Haut ta forteresse.
10 - Le malheur ne pourra te toucher, ni le danger, approcher de ta demeure,
11 - il donne mission à ses anges de te garder sur tous tes chemins.
12 - Ils te porteront sur leurs mains pour que ton pied ne heurte les pierres
;
13 - tu marcheras sur la vipère et le scorpion, tu écraseras
le lion et le Dragon.
14 - « Puisqu’il s’attache à moi, je le délivre
; je le défends, car il connaît mon nom.
15 - Il m’appelle, et moi, je lui réponds ; je suis avec lui dans
son épreuve.
« Je veux le libérer, le glorifier ;
16 - de longs jours, je veux le rassasier, et je ferai qu’il voie mon
salut. »
Titre, nom de baptême : “Dieu dont je suis sûr”
Trente projecteurs de lumière sur Dieu et sur sa présence dans
nos vies.
C’est un sommet psalmique.
1/ Toile de fond. Le psalmiste a inventé une manière bien à lui
pour nous faire communier à ce sentiment profond qu’il éprouve, à son
expérience vitale de la présence sécurisante de Dieu.
Cette manière bien à lui consiste à fabriquer un arc-en-ciel
d’images et de verbes (trente) qui nous font respirer la sécurité divine.
Ce psaume est une véritable symphonie de sécurité pour
tout être hésitant et craintif.
Le psaume est en trois parties
1ère partie : la thèse et son énoncé (v. 1-2)
2e partie : ce sont deux commentaires. L’un fait par le psalmiste lui-même
(v. 3-13) avec quinze images, l’autre réalisé par Dieu
lui-même qui, sans cesse (v. 14-16), s’adresse à l’homme
par des “je” retentissants : “je le protégerai”, “je
l’arracherai” etc. etc., par des interventions divines spectaculaires
(dix interventions).
Ce psaume souvent proclamé (tous les dimanches et fêtes) est certainement
le psaume où ruisselle le mieux la confiance de l’homme en son
Dieu.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Tout de suite, le psalmiste nous met dans le ton. C’est la thèse (v. 1-2) : Dieu est là, et il se présente d’abord avec quatre images : l’abri défensif toujours en avant ; l’ombre au milieu du soleil ardent ; le refuge d’hospitalité ; le rempart, bien élevé, difficile d’accès pour quiconque. Quatre images et aussi une affirmation de certitude absolument unique et célèbre : « Dieu dont je suis sûr ». Ces quelques mots créent tout de suite chez le lecteur un climat de sécurité qu’on ne peut récuser.
C’est aussi, dans une deuxième partie (v. 3-13), un commentaire
du psalmiste lui-même, sorte de méditation avec quinze images
très suggestives sur la présence de Dieu, présence de
sécurité.
1ère image (v. 3), celle du filet du chasseur, un filet tendu pour prendre à l’improviste
tous les oiseaux de passage. Dieu est aux aguets pour moi en face du danger.
2e image (v. 3), celle de la peste inattendue qui agit à l’improviste,
la peste, c’est-à-dire le mal le plus difficile à combattre,
mais Dieu est là.
3e image (v. 4), celle de l’oiseau qui déploie ses ailes et ses
plumes, symbole de la protection chaleureuse de Dieu, vrai refuge très
sûr pour l’homme.
4e image (v. 4), Dieu est comme une armure, c’est-à-dire qu’il
couvre et protège l’homme entièrement, des pieds à la
tête.
5e image (v. 4), celle du bouclier, très maniable, qui se déplace
avec rapidité aux points sensibles. Dieu est toujours là.
6e image (v. 5), la peur qui vous tenaille, la nuit, dans un lieu isolé,
mais Dieu est présent.
7e image (v. 5), l’arrivée imprévue de la flèche,
lancée par un embusqué. Dieu est là en face de cette attaque
soudaine.
8e image (v. 6), le mal mystérieux et inconnu qui bouleversa les Egyptiens,
la nuit (Is 37,36), mais Dieu était présent.
9e image (v. 6), le fléau de midi, c’est-à-dire ce coup
de soleil en pleine journée qui vous assomme mortellement.
10e image (v. 7), le mal éclate et engage la guerre totale. On tombe
partout. Seul le juste est préservé par Dieu lui-même.
Il ne craint rien.
11e image (v. 9), le Seigneur est comme un refuge dans le désert, un
asile protecteur, une sorte de caravansérail où l’on peut
se retirer.
12e image (v. 9), le Seigneur, cette fois, se présente comme une forteresse
bien supérieure à un refuge caravansérail.
13e image (v. 11-12), les anges protecteurs qui gardent les chemins et empêchent
de trébucher. En Palestine, les routes-chemins sont en très mauvais état,
mais les gardes de Dieu (les anges) sont là.
14e image (v. 13), les bêtes venimeuses (vipères, scorpions, serpents)
sont là pour barrer la route. Le psalmiste met le pied dessus et les
tient en tutelle.
15e image (v.13), les bêtes féroces (lion et dragon), symboles
de la force, barrent la route à quiconque, mais le Seigneur permet de
dominer et d’écraser cette force unique en son genre.
Ce sont quinze images combien suggestives de cette force sécurisante
de Dieu. Vraiment, nous pouvons conclure avec le titre baptismal donné au
psaume : « Dieu dont je suis sûr ».
Et c’est enfin une troisième partie très particulière.
En effet, c’est Dieu lui-même (v. 14) qui prend la parole et se
présente avec force comme celui qui intervient sans cesse dans la vie
des hommes. Il le fait par des actes variés et des verbes qui expriment
bien la sécurité divine. Cette sécurité divine
est toute concentrée dans un “je” de Dieu qui claironne
avec force et partout ; une dizaine de verbes intensifs et très suggestifs
sont utilisés par Dieu pour œuvre de délivrance (v. 14),
de protection (v. 14), de réponse attentive (v. 15), de présence
(v. 15), de libération (v. 15), de mise en relief (v. 15), de plénitude
(v. 16), de lumière intérieure (v. 16).
Ces deux grandes répétitions d’images et de verbes actifs
est intentionnelle. Coûte que coûte, Dieu veut lui-même créer
ce climat de sécurité. Il ne veut pas que l’homme soit
dupe.
* Sur le clavier christique. Ce psaume s’exprime par Jésus d’abord
en des actes : « On voulait l’appréhender, mais personne
ne mit la main sur lui » (Jn 7,44) ; « Là dessus, ils cherchèrent à le
saisir mais il s’échappa de leurs mains » (Jn 10,33).
Puis ce psaume s’exprime en ces mots qui reviennent sans cesse : « Soyez
sans crainte, n’ayez pas peur » (Lc 12,32), ou bien : « Je
vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,22), ou encore : « je
ne suis jamais seul, le Père est toujours avec moi » (Jn 16,32).
* Sur le clavier ecclésial. L’Eglise en use très souvent. C’est un des psaumes les plus utilisés : d’abord tous les dimanches et fêtes, le soir, avant le coucher, à complies. C’est comme le rendez-vous hebdomadaire de toutes nos forces spirituelles pour retrouver le visage de Dieu. Ensuite, au premier dimanche de Carême, moment d’affrontement avec l’ennemi et temps de confiance absolue. Tout le long des dimanches, l’Eglise l’utilise (le piège, la peste, le refuge, les anges).
Conclusion : nous sommes en présence d’un des sommets psalmiques.
On ne peut guère faire mieux.
Psaume 22
Le psaume du Dieu berger
1 - Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
2 - Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. Il me mène
vers les eaux tranquilles
3 - et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de
son nom.
4 - Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.
5 - Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
6 - Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ;
j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Titre, nom de baptême : “Le Seigneur est mon berger, rien ne peut
me manquer”
1/ Toile de fond. Ce psaume est incompréhensible si on n’essaie
pas de se refaire l’âme d’un berger. Entre lui et son troupeau,
il y a un courant qui passe, un courant mystérieux d’attention
et d’affection. Il connaît ses bêtes et ses bêtes le
connaissent bien.
Ce psaume est incompréhensible à ceux qui ne se représentent
pas Israël comme un peuple de bergers (vie nomade). Les sentiments des
pasteurs, David les avait expérimentés. Il les avait déjà vécus
dans le passé . D’où des résonances profondes pour
le chantre !
Ce psaume est incompréhensible si on ne comprend pas ce qu’est
l’hospitalité orientale tout à l’autre, comme Dieu
est tout donné lui aussi à l’autre.
Deux images tableaux remplissent le psaume : celle du berger et celle de l’hospitalité. Elles se complètent. D’où deux tableaux, avec un plan en trois parties : le tableau du berger, d’abord. On hésite à l’analyser, à en faire une dissection. Impression pacifiante : le dieu de tendresse est là, aux petits soins pour les hommes : « tu es avec moi » (v. 1-4). Puis c’est le tableau de l’hospitalité, celle de Dieu lui-même, un festin décrit en trois coups de pinceau : la table et ses mets, l’huile parfumée, une coupe débordante (v. 5). Enfin vient une conclusion unique (v. 6).
2/ Relecture
* sur le clavier historique
Le premier tableau (v. 1-4). C’est un berger qui nous livre son expérience
: Dieu l’a protégé sans cesse. Et cette protection est
bien résumée : « rien ne peut me manquer ». Rien
ne lui manque : ni les prairies verdoyantes dans ce pays désertique,
ni les eaux où il fait bon se désaltérer dans ce pays
de la sécheresse, ni les routes droites et sûres qui ne prêtent
pas lieu aux attaques, ni les ravins dangereux (de la mort) où les rencontres
avec des bêtes dangereuses sont inévitables.
Tout est sécurité
car Dieu est sûr
et son bâton de défense
en est le signe.
C’est son arme de défense.
Le deuxième tableau (v. 5). Le berger continue de nous faire part de son expérience : celle de l’hospitalité de Dieu lui-même. Il prépare lui-même la table, il étale du parfum partout, il remplit la coupe pour donner à boire. C’est partout l’abondance. Dieu ne lésine pas.
La conclusion arrive (v. 6) qui éclaire bien le psaume et qui est parmi les plus riches de tout le psautier : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ». C’est un monde à l’envers. Ordinairement, l’homme poursuit le bonheur. Ici, c’est le bonheur de Dieu qui court après l’homme.
* Sur le clavier christique. Jésus éclaire parfaitement le psaume
22 par la parabole du bon Pasteur. C’est Jésus le vrai et bon
berger :
Il mène aux eaux baptismales :
« Je suis cette eau vive » (ch. 6)
Il propose une table accueillante :
« Je suis le pain de vie » (Jn 6,35)
Il les arrache à la mort :
« Je suis la résurrection et la vie » (Jn 10,14-21)
Conclusion : le psaume 22 est un des grands psaumes de l’attention de
Dieu à tous les hommes résumée par ces mots uniques : « Rien
ne pourra me manquer ».
La force de Dieu, celle de l’orage
1 - Rendez au Seigneur, vous, les dieux, rendez au Seigneur gloire et puissance.
2 - Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
3 - La voix du Seigneur domine les eaux, le Dieu de la gloire déchaîne
le tonnerre,
le Seigneur domine la masse des eaux.
4 - Voix du Seigneur dans sa force, voix du Seigneur qui éblouit,
5 - voix du Seigneur : elle casse les cèdres. Le Seigneur fracasse les
cèdres du Liban;
6 - il fait bondir comme un poulain le Liban, le Sirion, comme un jeune taureau.
7 - Voix du Seigneur : elle taille des lames de feu ;
8 - voix du Seigneur : elle épouvante le désert ; le Seigneur épouvante
le désert de Cadès.
9 - Voix du Seigneur qui affole les biches en travail, qui ravage les forêts.
*
Et tous dans son temple s'écrient : «Gloire !»
10 - Au déluge le Seigneur a siégé; il siège le
Seigneur, il est roi pour toujours !
11 - Le Seigneur accorde à son peuple la puissance,
le Seigneur bénit son peuple en lui donnant la paix.
Titre, nom de baptême : “L’orage, miroir de la force de Dieu”
1/ Toile de fond. C’est la force de Dieu que le psalmiste veut chanter et d’abord faire sentir à son lecteur. Il le fait avec un moyen très simple : l’orage, mais, surtout, l’orage dans le désert. Ce lieu silencieux décuple la force qui s’en dégage à un tel degré que le frisson de la peur envahit tous les êtres : les cèdres, les buffles, les chevaux, les biches. C’est le grand frisson de Dieu qui passe, le frisson de sa puissance.
Le plan : une seule image remplit le champ de vision. Trois parties le déploient : l’invitation pressante à la louange (v. 1-2) : « Rendez, rendez, rendez honneur et gloire » ; puis la description de l’orage (v. 3-9) sur la mer, sur les montagnes, sur le désert ; enfin la conclusion (v. 10-11) : la puissance de Dieu dans l’orage éclaire la puissance de Dieu dans le monde.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire
L’auteur commence par une invitation pressante. Quatre impératifs
: « rendez, adorez ». L’invitation est faite aux dieux exorcisés,
canonisés pour ainsi dire (v. 1 et 2).
L’auteur choisit ensuite l’orage pour suggérer la puissance
de Dieu. C’est une image très parlante dans le silence de l’Orient.
Elle parle à la manière d’un roulement de tambour. Ça
claque sur la mer, le bruit se prolonge dans la montagne du Liban et se perd
lentement dans le désert de Cadès. C’est comme la voix
de Dieu : elle domine les eaux mugissantes ; elle brise les cèdres ;
elle fait trembler les biches et les monts, elle se répercute dans le
désert. En un mot, elle ébranle tout, rien ne lui résiste.
C’est la force même à l’état pur. La royauté de
Dieu (Dieu roi) est ici à l’un des sommets de sa manifestation.
C’est comme au Sinaï, lorsque Dieu révèle son nom.
Ce que nous admirons surtout dans ce psaume, c’est la maîtrise
parfaite de Dieu sur les puissances manifestées par l’orage -
tempête. Cette maîtrise est bien soulignée par la parole
de Dieu (parole qui a une force inédite, sept fois nommée). « Ce
que je dis, je le fais » (Ez 37,14) résume bien cette puissance
de la parole divine. Cette maîtrise est bien soulignée encore
par la seigneurie de Dieu, mise en relief quinze fois dans le psaume. Peut-on
faire mieux ? C’est significatif. « Le Seigneur... le Seigneur ».
Cette maîtrise enfin est bien mise en valeur par le cri final admiratif
de l’univers tout entier : « Gloire » (v. 9), c’est-à-dire
Dieu fait “le poids” par rapport au reste qui est léger
et insignifiant.
* Sur le clavier christique
Le Christ et ses actions prolongent et éclairent bien le psaume 28.
Devant la mer déchaînée : « Silence calme-toi »
Devant la marche sur les eaux : « C’est le Seigneur »
Devant le figuier qu’il dessèche par une parole
Devant les esprits du mal qu’il domine et par une simple parole
Devant les morts qu’il réanime etc. etc.
Tout l’Evangile est sur la trajectoire du psalmiste qui a chanté cette
puissance de Dieu, à travers le tonnerre et l’orage. « A-t-on
réfléchi que dans le Nouveau Testament, il y a 368 citations
explicites de psaumes ? » (Père Vesco). C’est tout dire.
* Sur le clavier ecclésial. Ce psaume convient parfaitement à la prière de Laudes, c’est-à-dire à la louange du Dieu de puissance. Ce psaume est utilisé pour les fêtes de l’Epiphanie et de la Transfiguration afin de mettre le plus possible en lumière la seigneurie du Christ, c’est-à-dire sa Royauté sur l’univers entier.
Conclusion : ce psaume nous plonge dans la sérénité et la confiance, car tout plie devant Dieu, et la mer, et les forêts, et les montagnes et le désert. Tout l’univers reconnaît la seigneurie de Dieu et de son Christ. C’est un des psaumes les plus pacifiants du psautier.
En conclusion, ce grand psaume qui chante la présence de Dieu.
1 - Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
2 - Tu sais quand je m'assois, quand je me lève ; de très loin,
tu pénètres mes pensées.
3 - Que je marche ou me repose, tu le vois, tous mes chemins te sont familiers.
4 - Avant qu'un mot ne parvienne à mes lèvres, déjà,
Seigneur, tu le sais.
5 - Tu me devances et me poursuis, tu m'enserres, tu as mis la main sur moi.
6 - Savoir prodigieux qui me dépasse, hauteur que je ne puis atteindre
!
7 - Où donc aller, loin de ton souffle, où m'enfuir, loin de
ta face ?
8 - Je gravis les cieux : tu es là ; je descends chez les morts : te
voici.
9 - Je prends les ailes de l'aurore et me pose au-delà des mers :
10 - même là, ta main me conduit, ta main droite me saisit.
11 - J'avais dit : «les ténèbres m'écrasent !» mais
la nuit devient lumière autour de moi.
12 - Même la ténèbre pour toi n'est pas ténèbre,
et la nuit comme le jour est lumière !
13 - C'est toi qui a créé mes reins, qui m'a tissé dans
le sein de ma mère.
14 - Je reconnais devant toi le prodige, l'être étonnant que je
suis :
étonnantes sont tes œuvres, toute mon âme le sait.
15 - Mes os n'étaient pas cachés pour toi quand j'étais
façonné dans le secret,
modelé aux entrailles de la terre.
16 - J'étais encore inachevé, tu me voyais ;
sur ton livre, tous mes jours étaient inscrits, recensés avant
qu'un seul ne soit !
17 - Que tes pensées sont pour moi difficiles, Dieu, que leur somme
est imposante !
18 - Je les compte : plus nombreuses que le sable ! Je m'éveille : je
suis encore avec toi.
19 - [Dieu, si tu exterminais l'impie ! Hommes de sang, éloignez-vous
de moi !
20 - Tes adversaires profanent ton nom : ils le prononcent pour détruire.
21 - Comment ne pas haïr tes ennemis, Seigneur,
ne pas avoir en dégoût tes assaillants ?
22 - Je les hais d'une haine parfaite, je les tiens pour mes propres ennemis.]
23 - Scrute-moi, Seigneur, tu sauras ma pensée ; éprouve-moi,
tu connaîtras mon cœur.
24 - Vois si je prends le chemin des idoles, et conduis-moi sur le chemin d'éternité.
Le Cardinal Garrone a eu cette réflexion remarquable : le psaume 138,
c’est le commentaire du « Je suis » de l’Exode, le
dépliement du nom de Dieu : « Yahvé » : je suis présent.
Je suis présent partout, mais c’est une présence d’amour.
Rien n’échappe au regard de Dieu, rien n’est mystère
pour lui. Tout est pour lui clarté (?), et dans les choses, et dans
les hommes : « Tu me connais et tu me sondes. Tu sais quand je m’assieds
et quand je me lève. Tu pénètres mes pensées à distance.
Tous mes chemins, tu les devines... Par l’arrière et par l’avant
tu m’investis » (v. 1-6) Le mot “investissement” est
le mot-clef de ce psaume. Et c’est un investissement d’amour.
«
Je suis présent », aussi dans les ténèbres. « L’ombre
et lumière, c’est tout un pour toi » (v. 11-12).
Je suis présent enfin même dans les premiers instants de la vie
de l’homme (v. 13-16) : « C’est toi qui as façonnés
mes reins, et qui m’as tissé dans le sein de ma mère ».
Tout se termine par une merveilleuse louange d’admiration : « quelles
merveilles que tes œuvres » (v. 17-18).
Tout se termine enfin par le rejet énergique et total de tout ce qui
est opposé à cette présence divine : ‘Je hais tes
ennemis d’une haine totale. Je les tiens pour mes propres ennemis’.
Louange pour l’être de Dieu
et action de grâces pour les dons de Dieu.
Introduction : la prière de louange et d’action de grâces est certainement le sommet de toute la prière d’un peuple et de l’humanité tout entière. Pourquoi ?
D’abord cette prière est pour l’homme la prière
la plus désintéressée et la plus gratuite qui soit. Dans
cette prière, l’homme ne se regarde pas lui-même mais tout
est concentré sur Dieu. Il y a comme une dépossession totale
de soi-même, pour ne penser qu’à Dieu. Dans cette prière,
il y a une prise de conscience parfaite de la grandeur et de la proximité de
Dieu. L’homme se met à sa vraie place, c’est-à-dire
place de dépendance totale.
Et quand on est vraiment à sa place devant Dieu, on réalise le
plan de Dieu.
Ensuite, la louange est aussi le sommet de la vie de l’Eglise. Une preuve
! Avoir créé une heure de prière toute spéciale
pour cette louange : Laudes. Cette prière du matin a été inventée
par l’Eglise, pour que l’homme, dès le lever du jour, loue
son Dieu. Le premier moment de la prière ecclésiale, c’est
la louange, pour reconnaître tout de suite la grandeur de Dieu et sa
proximité avec l’homme.
De plus, cette prière matinale intègre, sans hésitation,
la Résurrection du Christ qui s’est opérée, selon
l’Evangile, à l’aurore du jour de Pâques ; la Résurrection
est toujours la toile de fond des psaumes de louange. Cette prière de
louange a donc pris en compte, tout particulièrement, le salut de l’humanité,
notre salut personnel, acquis par la victoire du Christ. Voilà pourquoi,
nous, les sauvés, nous savons le reconnaître par la louange. Chaque
jour, l’Eglise, surtout par la voix des permanents de la prière,
commence par proclamer et chanter le souvenir de la Résurrection. Mais
c’est surtout le dimanche matin que Laudes prend tout son éclairage
et toute sa valeur, c’est l’heure de la Résurrection.
Enfin la louange est surtout le sommet de la vie du Christ. Le Christ, lui, a été cette louange parfaite et totalement désintéressée au Père. Louange qui épuise tout ce qu’il a pu dire à son Père, surtout dans sa prière. Louange de toute sa vie qui est don total au Père, c’est-à-dire de tout ce qu’il a pu faire pour le Père. Louange surtout du Christ souffrant et ressuscité, c’est-à-dire louange bien supérieure à celles très variées de sa vie terrestre. Car ici louange de sa grande victoire sur le mal, louange au Père de l’avoir rendu triomphant et vainqueur.
Voici les psaumes, chefs de file de cette prière, que nous avons choisis et que nous allons méditer : psaumes 94, 103, 8, 33, 113A-113B, 64, 148, 135,117, 116.
Note importante : nous avons présenté ensemble et en même temps la louange et l’action de grâces. Toutes les deux se donnent la main. Toutes les deux se retrouvent dans la plupart des psaumes ; il y a presque toujours la louange de ce que Dieu est en lui-même, et l’action de grâces pour ce qu’il a fait : son être et ses actes, mais toutes les deux concentrent nos regards uniquement sur Dieu. L’action de grâces, petite sœur de la louange, conduit normalement à la louange. Contemplant les bienfaits de Dieu, elle oblige à l’admiration de Dieu lui-même.
1 - Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre
salut !
2 - Allons jusqu'à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête
acclamons-le !
3 - Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur, le grand roi au-dessus de tous les
dieux :
4 - il tient en main les profondeurs de la terre, et les sommets des montagnes
sont à lui;
5 - à lui la mer, c'est lui qui l'a faite, et les terres, car ses mains
les ont pétries.
6 - Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a
faits.
7 - Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu'il conduit, le troupeau
guidé par sa main.
Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ?
8 - «ne fermez pas votre cœur comme au désert, comme au jour
de tentation et de défi,
9 - où vos pères m'ont tenté et provoqué, et pourtant
ils avaient vu mon exploit.
10 - «Quarante ans leur génération m'a déçue,
et j'ai dit : Ce peuple a le cœur égaré,
il n'a pas connu mes chemins.
11 - Dans ma colère, j'en ai fait le serment : Jamais ils n'entreront
dans mon repos. »
Titre, nom de baptême : « Venez, inclinons-nous, prosternons-nous,
c’est lui notre Dieu :
Alléluia »
1/ La toile de fond. C’est le psaume qui a pris la première place
chez les Hébreux et chez nous. C’est un psaume auquel nous nous
habituons. Il est récité tous les jours au début de la
prière psalmique : prière du jour (matines). C’est comme
une grande invitation, une convocation pressante. C’est comme l’aurore
priante de la journée : cette aurore nous met de suite en communion
avec notre Dieu : « Venez, chantons le Seigneur, acclamons-le, allons
au-devant de lui ». C’est vraiment la première offrande
de notre journée : tout est à toi ; nous te devons tout.
Les Hébreux avaient vraiment le sens de Dieu. On comprend dès
lors que le mot essentiel qui résume (concentre) tout chez eux, comme “Amen” chez
nous, Hallelou-Yah (Louez Yahvé), mais comme chez nous, la force de
l’habitude avait rongé et diminué et même supprimé le
vrai contenu de Hallelou-Yah. C’était souvent une coquille vide.
Une invitation pressante à louer Dieu (v. 1-2) est suivie de trois
motifs :
parce qu’il est puissance créatrice de tout l’univers (v.
3-5) ;
parce qu’il est puissance créatrice de l’humanité et
du peuple de Dieu (v. 6-7) ;
parce qu’il est puissance créatrice de sa parole (v. 8-9) ;
Alors la conclusion vient : même devant tous ces dons, il y a le refus
incompréhensible d’Israël (v. 10-11).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire
L’invitation est pleine d’enthousiasme. Le psalmiste est un boute-en-train. Il sait mettre tout le monde dans le coup : « Chantons, acclamons, crions de joie ».
Ensuite, le psalmiste va dire les “ pourquoi” de sa louange.
Parce que Dieu est grand. De cette grandeur, le psalmiste veut nous en pénétrer,
voilà pourquoi, en un contraste saisissant, il nous emmène dans
les profondeurs de la terre et sur les plus hautes montagnes et dans les terres
désertiques. Les deux immensités, celle de l’eau et celle
du sable, donnent vraiment l’impression de puissance. Mais surtout, le
psalmiste nous donne l’impression de puissance par ces mots si forts
: « il est notre Dieu », ça suffit.
Parce que Dieu est bon. Il est le pasteur attentif et plein de délicatesse
: « nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par
sa main ».
Parce que Dieu tient parole : « Ecouterez-vous sa parole ? ». Vous
ne l’avez pas fait au désert. Vous avez vécu dans l’infidélité.
Vous avez douté. Alors aujourd’hui, à l’instant même,
allez-vous ouvrir vos oreilles ? Devant ce Dieu, grand et bienveillant, et
fidèle à sa parole, tout homme se prosterne. Et ce ne sont pas
des mots, mais un geste. Le psalmiste a compris que l’acte est bien plus
riche que la parole. C’est une sorte d’orchestration de la louange.
Enfin le psalmiste va souligner, en contrepartie, l’ingratitude du peuple hébreu devant tous ces dons de Dieu. Cette ingratitude est formulée par ces mots remarquables : « Quarante ans, ce peuple m’a déçu ». « Il a le cœur égaré ». Le constat de ce contraste saisissant entre cet investissement de Dieu et le refus opiniâtre d’Israël a provoqué le “dégoût” de Dieu, du moins sa déception.
* Sur le clavier évangélique : ce psaume nous éclaire
sur certaines réflexions évangéliques :
Celle de la foule après le miracle de Naïm, la résurrection
du fils unique de la veuve (Lc 7,16) : « Ils glorifiaient Dieu, en disant
: ‘un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu
a visité son peuple’ ».
Celle de Jésus lui-même, dans les anathèmes qu’il
jette sur les villes incrédules : « Malheur à toi, Chorazim,
Bethsaïde, Capharnaüm » (Mt 10,20-24).
Celle de l’apôtre Jean qui résume bien le psaume : « il
est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jn
1,11).
* Sur le clavier ecclésial. Tous les jours, la prière ecclésiale
du bréviaire commence par la proclamation de ce psaume. C’est
pour nous mettre, tout de suite, dans cette attitude de docilité à la
voix de Dieu, nous donner le ton, nous conduire immédiatement à l’adoration, à la
louange du Seigneur.
A Noël et à l’Epiphanie, ce psaume prend toute ses dimensions. « Venite,
adoremus », ces mots sonnent fortement en ces deux fêtes. Mais
c’est surtout en la fête de Pâques que l’adoration
du vainqueur du mal prend toute sa force, malgré le refus des chefs
d’Israël.
Psaume 103
1 - Bénis le Seigneur, ô mon âme, Seigneur mon Dieu, tu
es si grand ! Revêtu de magnificence,
2 - tu as pour manteau la lumière ! Comme une tenture, tu déploies
les cieux,
3 - tu élèves dans leurs eaux tes demeures ; des nuées,
tu te fais un char,
tu t'avances sur les ailes du vent ;
4 - tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs, les flammes des éclairs.
5 - Tu as donné son assise à la terre : qu'elle reste inébranlable
au cours des temps.
6 - Tu l'as vêtue de l'abîme des mers : les eaux couvraient même
les montagnes;
7 - à ta menace, elles prennent la fuite, effrayées par le tonnerre
de ta voix.
8 - Elles passent les montagnes, se ruent dans les vallées vers le lieu
que tu leur as préparé.
9 - Tu leur imposes la limite à ne pas franchir : qu'elles ne reviennent
jamais couvrir la terre.
10 - Dans les ravins, tu fais jaillir des sources et l'eau chemine aux creux
des montagnes;
11 - elle abreuve les bêtes des champs : l'âne sauvage y calme
sa soif;
12 - les oiseaux séjournent près d'elle : dans le feuillage on
entend leurs cris.
13 - De tes demeures tu abreuves les montagnes, et la terre se rassasie du
fruit de tes œuvres;
14 - tu fais pousser les prairies pour les troupeaux, et les champs pour l'homme
qui travaille.
De la terre il tire son pain :
15 - le vin qui réjouit le cœur de l'homme, l'huile qui adoucit
son visage,
et le pain qui fortifie le cœur de l'homme.
16 - Les arbres du Seigneur se rassasient, les cèdres qu'il a plantés
au Liban;
17 - c'est là que vient nicher le passereau, et la cigogne a sa maison
dans les cyprès;
18 - aux chamois, les hautes montagnes, aux marmottes, l'abri des rochers.
19 - Tu fis la lune qui marque les temps et le soleil qui connaît l'heure
de son coucher.
20 - Tu fais descendre les ténèbres, la nuit vient : les animaux
dans la forêt s'éveillent;
21 - le lionceau rugit vers sa proie, il réclame à Dieu sa nourriture.
22 - Quand paraît le soleil, ils se retirent : chacun gagne son repaire.
23 - L'homme sort pour son ouvrage, pour son travail jusqu'au soir.
24 - Quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur !
Tout cela, ta sagesse l'a fait ; la terre s'emplit de tes biens.
25 - Voici l'immensité de la mer, son grouillement innombrable d'animaux
grands et petits,
26 - ses bateaux qui voyagent, et Léviathan que tu fis pour qu'il serve à tes
jeux.
27 - Tous, ils comptent sur toi pour recevoir leur nourriture au temps voulu.
28 - Tu donnes : eux, ils ramassent; tu ouvres la main : ils sont comblés.
29 - Tu caches ton visage : ils s'épouvantent; tu reprends leur souffle,
ils expirent
et retournent à leur poussière.
30 - Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles
la face de la terre.
31 - Gloire au Seigneur à tout jamais ! Que Dieu se réjouisse
en ses œuvres !
32 - Il regarde la terre : elle tremble; il touche les montagnes : elles brûlent.
33 - Je veux chanter au Seigneur tant que je vis; je veux jouer pour mon Dieu
tant que je dure.
34 - Que mon poème lui soit agréable; moi, je me réjouis
dans le Seigneur.
35 - Que les pécheurs disparaissent de la terre ! Que les impies n'existent
plus !
Bénis le Seigneur, ô mon âme !
Titre, nom de baptême : “Vive Dieu !”
Car il télévise le visage de Dieu à travers la création
de l’univers.
Ou bien, autre nom de baptême : Seigneur, que tes œuvres sont belles
!
1/ Toile de fond. Nous sommes en présence d’un paysan-poète, un homme qui connaît bien l’univers. Un homme qui a su arrêter son regard sur tout le créé. Un homme qui a surtout médité longuement, très longuement cette œuvre créatrice de Dieu. Un homme qui fait recentrer tout notre être sur l’une des réalités importantes mais un peu oubliées aujourd’hui ou entrevues trop superficiellement : la nature.
Le plan de ce long psaume se dégage ainsi :
D’abord une invitation à la louange (v. 1a).
Puis les raisons de cette louange : un arc-en-ciel de raisons, mais surtout
grandeur et beauté de Dieu entrevues à travers le créé
: à travers les cieux (v. 1b-4), à travers la terre (v. 5-9),
à travers l’eau (v. 10-15), à travers la flore et la faune
(v. 16-18), à travers les astres (v. 19-24), à travers la mer
(v. 25-26).
Enfin deux conclusions se conjuguent : une affirmation : Dieu est la Providence
de tout ce qui vit (v. 27-30) et une nouvelle louange finale (v. 31-35).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est un deuxième chant
identique à celui de la Genèse, sur la création (Gn 1).
Il y a entre ces deux chants un grand air de fraternité. Ce sont deux
chefs-d’œuvre de méditation sur la création et le
Dieu créateur.
Le psalmiste déploie cette création. Au sommet, on attendrait
l’arrivée de l’homme. Mais le psalmiste est tellement saisi
par les œuvres de Dieu qu’il s’arrête dans sa contemplation,
en nous disant : la prochaine fois, ce sera un regard sur l’homme, et
ce sera le psaume 8 en effet. On a l’impression que ces deux œuvres
psalmiques sont du même auteur, et reprennent, à leur manière
poétique, les chapitres 1 et 2 de la Genèse, les chapitres majeurs
sur la création.
D’abord éclate une première invitation pressante (v.1) : Mon âme, bénis Dieu, c’est-à-dire mets-toi vraiment à son service.
Mais pourquoi bénir le Seigneur ? Pour sept raisons qui se déploient
en arc-en-ciel :
Première raison : la belle lumière qu’il nous donne et
qui, selon une image merveilleuse, enveloppe tout, comme dans un grand manteau,
allusion au grand manteau oriental des chefs de Bédouins (v.2) ; c’est
l’image saisissante de Dieu qui recouvre tout l’univers et en est
le maître.
Deuxième raison (v. 2,3,4) : les cieux, dépliés comme
une immense tente de Bédouin, les cieux avec des demeures fraîches
sur les eaux pour ses hôtes, ses amis. C’est une allusion aux nuages
de fraîcheur qui dominent toute la terre et qui font transparaître
la bienveillance de Dieu. Les cieux avec les nuées et les grands vents
qui semblent marcher à vive allure et servir de messagers rapides à Dieu
lui-même, soulignant la maîtrise de Dieu sur tout, absolument sur
tout.
Troisième raison de louer Dieu (v. 5-9) : la terre qui émerge
des eaux, et qui est bien assise, reste inébranlable, malgré la
fureur des flots, qui voudraient sortir de leurs limites. C’est la manifestation
de la puissance de Dieu : « Les eaux sont effrayées par la voix
de Dieu ».
* Quatrième raison de louer Dieu (v. 10-15) : l’eau, qui jaillit
de toutes parts (sources) et qui « chemine au creux des montagnes » pour
désaltérer les bêtes, rafraîchir les oiseaux et rassasier
la terre afin qu’elle donne vie aux plantes, surtout au blé, à la
vigne et à l’olivier, les réalités essentielles
de la vie. C’est un véritable hymne à la vie.
* Cinquième raison : la flore et la faune (v. 16-18) font, à leur
tour, éclater la bonté immense de Dieu à l’égard
de toutes ces réalités terrestres : les arbres, les cèdres,
les cigognes, les chamois, les marmottes. Rien n’est indifférent à Dieu.
* Sixième raison : les astres (v. 19-24), surtout le soleil et la lune,
qui marquent le jour et la nuit, la nuit qui a les faveurs des lions pour chercher
leur nourriture, et le jour qui a les faveurs de l’homme qui travaille.
Alors, devant ces astres et toutes ces réalités terrestres qu’il
vient de présenter et dont la vue ne nous émeut plus guère
aujourd’hui, le psalmiste s’arrête et s’émerveille
: « quelle profusion dans tes œuvres, Seigneur ! » Cette contemplation
devrait entraîner la nôtre (v. 24). Sachons nous arrêter.
* Septième raison : la mer immense (v. 25-26), avec ses bateaux de toutes
sortes, avec son grouillement de petits et grands poissons, principalement
avec le Léviathan, dont Dieu s’amuse, Léviathan est un
véritable jouet divin (il s’agit d’un des monstres marins,
de ces gros poissons identiques à la baleine et qui saisit notre regard).
Le psalmiste tire alors deux conclusions :
Le Seigneur opère une providence permanente à l’égard
de tout. Il a l’œil sur tout, sans arrêt. Il veille sur tout
ce créé, « son esprit plane » au-dessus de tout,
c’est son œuvre. « Tu envoies ton souffle, tu renouvelles
la face de la terre » (v. 27-30).
Ce qui amène la louange finale qui reprend celle du début. Le
psalmiste ne peut pas retenir son émerveillement, son admiration, et
il nous entraîne tous à en faire autant (v. 31-33).
* Sur le clavier évangélique. Ce psaume reprend le refrain,
si évocateur, de la création, dans la Genèse : « Et
Dieu vit que cela était bon », refrain qui réveille et
active notre méditation et nous ramène sans cesse vers Dieu.
Il est orchestré, à son tour, par la méditation d’un
sage (Sg 13) qui ose proclamer : « la grandeur et la beauté des
créatures font contempler leur auteur », mais il ajoute : « la
création n’est qu’une étincelle » (Si 42,22).
Ce psaume est repris le jour de Pentecôte pour bien montrer la recréation,
le renouvellement, en un mot la restauration de tout, par l’Esprit : « Envoie
ton Esprit, et tu renouvelleras la face de la terre ». « La création
gémit, elle attend d’être libérée » (Rm
8).
Ce psaume est enfin utilisé pour la fête de la Transfiguration,
afin de bien souligner que le Christ s’enveloppe de lumière, comme
d’un manteau : « Tu l’as revêtu de faste et d’éclat ».
* Sur le clavier ecclésial. Ce psaume remplit la prière de midi (Sexte) de samedi, l’heure où la création prend tout son relief. L’homme prend conscience de la protection divine permanente à l’égard du créé. C’est une vraie et intense méditation sur la Providence.
Conclusion : ce psaume de louange, comme tous les autres, ramène l’homme
vers son Dieu, c’est-à-dire restaure ou renforce la relation avec
le Seigneur : il est si vite oublié et laissé pour compte !
Psaume 8
2 - O Seigneur, notre Dieu,
qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu'aux cieux, ta splendeur
est chantée
3 - par la bouche des enfants, des tout-petits :
rempart que tu opposes à l'adversaire, où l'ennemi se brise en
sa révolte.
4 - A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que
tu fixas,
5 - qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme,
que tu en prennes souci ?
6 - Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur;
7 - tu l'établis sur les œuvres de tes mains tu mets toute chose à ses
pieds :
8 - les troupeaux de bœufs et de brebis, et même les bêtes
sauvages,
9 - les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui va son chemin
dans les eaux.
10 - O Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre !
Titre, nom de baptême : « La Gloire de Dieu, c’est l’homme
vivant »
1/ Toile de fond. Après un regard prolongé sur l’univers,
le psalmiste va maintenant concentrer tout son regard sur l’homme :
«
Qu’est-ce que l’homme ?
Tu l’as fait un peu moins qu’un Dieu
mais l’as couronné d’honneur et de gloire. »
Quatre parties se succèdent : cri d’admiration du psalmiste (v. 1) ; grandeur de Dieu dans la création (v. 2-3) ; grandeur de Dieu dans l’homme (v. 4-9) ; dernière acclamation de l’homme sur son Dieu (v. 10).
2/ Relecture
* Sur le clavier historique. Nous sommes en face d’un psalmiste qui
a réfléchi et médité longtemps sur l’homme
et sa place dans la création. Le fruit de sa méditation nous
est donné pour rectifier notre regard qui, hélas !, passe souvent à côté de
l’autre sans le voir et reste indifférent à son égard.
Ici, nous sommes mis en cause pour cette indifférence ! Ce psaume nous
ressaisit.
Ce que l’on entrevoit de suite, dans ce psaume, ce sont deux tableaux
remarquablement bien construits : le premier nous présente Dieu et sa
création, le second nous présente Dieu et l’homme. C’est
un petit chef-d’œuvre ! Et quelques mots seulement pour nous le
présenter !
Après une forte acclamation pour son Dieu : « O seigneur notre
Dieu, qu’il est grand ton nom par tout l’univers », le psalmiste
nous lance ce reproche à tous : ‘Vous ne savez pas lire le langage
de la création’. Et il ajoute ces mots qui nous font sursauter
: ‘le regard très simple d’un tout petit enfant est bien
meilleur que le vôtre’, et il sait aussi le dire : « ta splendeur
est chantée par la bouche des tout petits enfants ». Nous songeons
aux paroles du Curé d’Ars : « Il y a tant d’ignorants
qui en savent plus long que les savants... avec le Saint-Esprit on voit tout
en grand ».
Et tout d’un coup, le regard du psalmiste se trouve rempli par l’homme.
Il est bien petit, cet homme, dans cette immense création, et cependant,
il a un grand prix, il est maître de tout. Dieu l’a établi
prince de la création : « tu l’as voulu un peu moindre qu’un
Dieu [...] tu mets toutes choses à ses pieds ».
Alors l’acclamation du début remonte à ses lèvres
: « Qu’il est grand ton nom par toute la terre ! »
* Sur le clavier évangélique. Nous ne pouvons pas, en lisant
ce psaume, ne pas songer à Jésus qui nous compare à tout
le créé en le détaillant : les plantes, les oiseaux etc.
etc. et qui termine par ces mots si éclairants : « Vous valez
infiniment mieux » (Mt 6,26). L’homme est mis au-dessus de tout
par le Christ lui-même, l’Evangile nous le redit avec force.
Nous ne pouvons pas non plus oublier l’apôtre Paul qui, dans sa
lettre aux gens d’Ephèse (Ep 1,22), après avoir contemplé Dieu
le Père, source de tout, après avoir admiré Jésus
qui est le miroir de toutes choses : « En lui, en lui, en lui »,
s’arrête devant le Christ et semble ébloui devant son humanité : « Dieu
a tout rangé à ses pieds. Il l’a placé plus haut
que tout et l’a mis à la tête de toute l’Eglise ».
* Sur le clavier ecclésial.
Ce psaume éclaire toutes les fêtes du Christ, il souligne la grandeur
de son humanité et sa maîtrise sur l’univers. Il est le
premier-né de la création. C’est le miroir de la Gloire
de Dieu.
L’Eglise met en valeur ce chant merveilleux aux fêtes des saints
pour bien exprimer la grandeur de ces hommes qui, tous, eux aussi, révèlent
la Gloire de Dieu, c’est-à-dire un Dieu qui « fait le poids » devant
toute l’humanité.
Enfin ce psaume brille presque toujours le samedi, c’est-à-dire
jour de repos de Dieu où, après sa création, il contemple
lui-même ce qu’il a fait.
Conclusion : jamais on ne s’arrêtera assez devant l’une des perles du psautier, et ce repos nous oblige à nous émerveiller.
La louange cède la place maintenant à sa petite sœur : l’action de grâces, le psaume 33. C’est le Magnificat de l’Ancien Testament qui célèbre la bonté de Dieu.
2 - Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse à mes
lèvres.
3 - Je me glorifierai dans le Seigneur : que les pauvres m'entendent et soient
en fête !
4 - Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons tous ensemble son nom.
5 - Je cherche le Seigneur, il me répond : de toutes mes frayeurs il
me délivre.
6 - Qui regarde vers lui resplendira, sans ombre ni trouble au visage.
7 - Un pauvre crie ; le Seigneur entend : il le sauve de toutes ses angoisses.
8 - L'ange du Seigneur campe alentour pour libérer ceux qui le craignent.
9 - Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! Heureux qui trouve en lui
son refuge !
10 - Saints du Seigneur, adorez-le : rien ne manque à ceux qui le craignent.
11 - Des riches ont tout perdu, ils ont faim ; qui cherche le Seigneur ne manquera
d'aucun bien.
12 - Venez, mes fils, écoutez-moi, que je vous enseigne la crainte du
Seigneur.
13 - Qui donc aime la vie et désire les jours où il verra le
bonheur ?
14 - Garde ta langue du mal et tes lèvres des paroles perfides.
15 - Evite le mal, fais ce qui est bien, poursuis la paix, recherche-la.
16 - Le Seigneur regarde les justes, il écoute, attentif à leurs
cris.
17 - Le Seigneur affronte les méchants pour effacer de la terre leur
mémoire.
18 - Le Seigneur entend ceux qui l'appellent : de toutes leurs angoisses, il
les délivre.
19 - Il est proche du cœur brisé, il sauve l'esprit abattu.
20 - Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre.
21 - Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé.
22 - Le mal tuera les méchants ; ils seront châtiés d'avoir
haï le juste.
23 - Le Seigneur rachètera ses serviteurs : pas de châtiment pour
qui trouve en lui son refuge.
Titre, nom de baptême : « Goûtez et voyez comme est bon le
Seigneur »
1/ Toile de fond. Cette fois, c’est la bonté de Dieu et non sa grandeur imposante qui va remplir le champ de vision du psalmiste. Cette bonté de Dieu se concrétise toujours par des dons qui sont à la portée de la main. Le psalmiste, à travers de rudes épreuves (angoisses, v. 18) a expérimenté profondément lui-même la bonté de Dieu. Il veut à présent chanter cette bienveillance divine et démontrer que les chercheurs de Dieu trouvent toujours le bonheur véritable. Ce bonheur est le grand fruit de la bonté de Dieu.
Ce psaume se compose de trois parties très distinctes : une invitation très pressante : « tous ensemble », « avec moi », à l’action de grâces (v. 1-4) ; la présentation de l’expérience personnelle qu’a faite le psalmiste de la bonté divine : délivrance, protection, abondance (v. 5-11) ; une véritable catéchèse sur l’art d’être heureux (v. 12-23).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire
D’abord nous sommes invités chaudement par le poète lui-même
: « Je bénirai le Seigneur... que les pauvres m’entendent ».
Une invitation à participer à son action de grâces permanente
: « Sans cesse sur mes lèvres, il y a la louange ». Cette
permanence dans la louange nous interroge tous. Qu’en est-il pour nous,
dans notre vie quotidienne ? Cette invitation s’adresse tout particulièrement
aux humbles, aux pauvres, aux clients de Dieu. Ce sont ceux qui s’appuient
sur Dieu et paraissent donc les plus aptes à remercier le Seigneur (v.
3). Cette invitation s’adresse enfin à tout le monde : « Exaltons
tous ensemble son nom » (v. 4).
Pourquoi cette action de grâces ? (v. 5-11) Pour trois raisons très
précises :
D’abord parce que Dieu répond toujours à celui qui le cherche « Je
cherche le Seigneur » et qui l’appelle. Le psalmiste met en lumière
les “chercheurs de Dieu” car, il faut être lucide, c’est
difficile, plus difficile qu’on ne le pense. Saint Ignace demande à tous
les retraitants de rester l’espace d’un “pater” avant
de commencer à méditer, afin de mettre un fossé entre
le monde de l’imaginaire et le monde de Dieu. Saint Paul ajoute ces mots
si parlants : « nous cherchons Dieu comme à tâtons » (Ac
17,27). Mais le psalmiste s’arrête surtout à la réponse
de Dieu : « il me répond ». Jamais nous ne rencontrons Dieu “silencieux”,
mais nous avons de la peine à l’écouter. Et cette réponse
de Dieu est toujours délivrance, Dieu nous libère et nous sauve
(v. 5). Alors la joie est là, illuminant et envahissant celui qu’il
délivre : « qui regarde vers lui resplendira ».
Parce que Dieu nous protège (v. 8-9). C’est le deuxième geste du Seigneur à notre égard : « l’ange du Seigneur campe alentour », « C’est notre refuge ». Cette protection divine n’est pas simplement un mot. L’image de l’ange qui établit son campement autour de son protégé est une image très pittoresque ; c’est “le général en chef des anges”, le chef d’Etat-major qui est chargé par Dieu de défendre son peuple fidèle. Aucune crainte à avoir !
Parce que Dieu nous comble (v. 10-11). C’est le Dieu de l’abondance qui ouvre son visage : « Rien ne manque à ceux qui craignent Dieu ». « Qui cherche Dieu ne manque d’aucun bien » ! Partout où Dieu est présent, il y a l’abondance de la vie, alors que nous entrevoyons la plupart du temps un Dieu parcimonieux, donnant seulement du bout des doigts.
Pour ces trois raisons majeures (délivrance, protection et abondance), nous pouvons sans hésiter chanter avec le psalmiste : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (v. 9).
De cette longue réflexion sur la bonté de Dieu, le psalmiste
va tirer une leçon extraordinaire pour tout homme : l’art d’être
heureux (v. 12-23). C’est un exposé surprenant sur le bonheur
véritable et durable, celui qui ne nous file pas entre les doigts. Devant
cet exposé, nous sommes comme forcés d’acquiescer à l’appel
de Dieu.
Car tout commence par un appel du maître de sagesse : « Venez,
mes fils, écoutez-moi », et tout se poursuit par une interrogation
unique, pleine d’humanité : « Qui désire les jours
où il pourra voir le bonheur ? » (v. 12-13).
Et voici le programme du bonheur, en deux versets très riches ! Ne pas
nuire au prochain par des propos de méchanceté (v. 14) ; rechercher
la paix comme en courant, être un pacifiant (v. 15) ; faire concrètement
le bien. Pas d’imaginaire, mais du vrai (v. 15) ; tenir le mal au loin,
méfiance très vigoureuse (v. 15).
Suivent les fruits de la réalisation de ce programme, un véritable
arc-en-ciel : une attention divine très poussée et constante, « le
Seigneur regarde le juste », surtout à la prière suppliante
(v. 16) ; une protection contre les forces du mal, engagement de Dieu plein
d’élan (v. 17) ; une délivrance de la peur, à mort
le stress ! (v. 18) ; une proximité incontestable, surtout des accablés
de la vie (v. 19), proximité qui se traduit toujours par l’absence
d’un malheur important (brisure d’os) (v. 20-21).
En un mot, Yahvé sauve toujours le chercheur de Dieu ! On comprend que
Dieu est appelé Jésus - Yeschoua, c’est-à-dire “Dieu
sauve”. « Il vous est né un Sauveur ».
Tout le vocabulaire de ce psaume est un vocabulaire de salut gratuit qui télévise ‘le
Dieu de bonté’.
* Sur le clavier christique, évangélique. Jésus a aimé ce
psaume. Il l’a revécu et il a prié à peu près
avec les mêmes mots. A travers le psalmiste, nous entendons la voix du
Christ : « Je te rends grâces d’avoir caché ces choses
aux sages et aux habiles, et de les avoir révélées aux
tout-petits » (Mt 11,25).
A travers ce psalmiste, nous entendons encore la voix du Christ dans le Sermon
sur la montagne : « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté ».
A travers ce psalmiste, nous entendons enfin la voix du Christ : « Confiance,
j’ai vaincu le monde ». « Vous aurez à souffrir, mais
courage » (Jn 16,33).
Le Christ, c’est bien celui qui nous redit encore et toujours l’art
d’être heureux : « les Béatitudes » et il en
a fait l’expression concrète de l’amour de son Père
qui l’a délivré,
qui l’a rempli de joie,
qui l’a protégé,
qui l’a comblé de ses biens,
et qui l’a sauvé,
ressuscité.
* Sur le clavier ecclésial. C’est un des psaumes les plus utilisés
par l’Eglise.
Il sert d’abord de reprise nécessaire au milieu du jour, au cœur
de la vie active (sexte du samedi).
Il se chante aussi le jour de la Toussaint, ce jour où l’Eglise
nous fait méditer avec les Béatitudes sur l’art d’être
heureux.
Il se répète pour la fête des Apôtres et des martyrs,
ceux qui ont fait l’expérience de la bonté de Dieu et qui
la proclament même au milieu des épreuves.
Il se chante enfin pour la fête des anges en souvenir du chef des anges
qui garde les alentours de l’homme et les protège avec tant d’attention.
Conclusion : le monde actuel n’entend guère que le silence de
Dieu. Il s’interroge donc sur son existence véritable. Alors le
psalmiste lui fait réponse : « Goûtez et voyez comme est
bon le Seigneur ». Ces mots sont surprenants, mais ils entraînent
notre foi qui risque de s’obscurcir et de mourir.
Psaume 113 A et B
Ps 113a
Alléluia !
1 - Quand Israël sortit d’Egypte, et Jacob, de chez un peuple étranger,
2 - Juda fut pour Dieu un sanctuaire, Israël devint son domaine.
3 - La mer voit et s'enfuit, le Jourdain retourne en arrière ?
4 - Comme des béliers, bondissent les montagnes, et les collines, comme
des agneaux.
5 - Qu'as-tu, mer, à t'enfuir, Jourdain, à retourner en arrière
?
6 - Montagnes, pourquoi bondir comme des béliers, collines, comme des
agneaux ?
Tremble, terre, devant le Maître, devant la face du Dieu de Jacob,
8 - lui qui change le rocher en source et la pierre en fontaine !
Ps113b
1 - Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous,
mais à ton nom, donne la gloire, pour ton amour et ta vérité.
2 - Pourquoi les païens diraient-ils : «où donc est leur
Dieu ?»
3 - Notre Dieu, il est au ciel ; tout ce qu'il veut, il le fait.
4 - Leurs idoles : or et argent, ouvrages de mains humaines.
5 - Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas,
6 - des oreilles et n'entendent pas, des narines et ne sentent pas.
7 - Leurs mains ne peuvent toucher, leurs pieds ne peuvent marcher, pas un
son ne sort de leur gosier !
8 - Qu'ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent
leur foi en elles ;
9 - Israël, mets ta foi dans le Seigneur : le secours, le bouclier, c'est
lui !
10 - Famille d'Aaron, mets ta foi dans le Seigneur : le secours, le bouclier,
c'est lui !
11 - Vous qui le craignez, ayez foi dans le Seigneur : le secours, le bouclier,
c'est lui !
12 - Le Seigneur se souvient de nous : il bénira! Il bénira la
famille d'Israël, il bénira la famille d'Aaron;
13 - il bénira tous ceux qui craignent le Seigneur, du plus grand au
plus petit.
14 - Que le Seigneur multiplie ses bienfaits pour vous et vos enfants !
15 - Soyez bénis par le Seigneur qui a fait le ciel et la terre !
16 - Le ciel, c'est le ciel du Seigneur ; aux hommes, il a donné la terre.
17 - Les morts ne louent pas le Seigneur, ni ceux qui descendent au silence.
18 - Nous, les vivants, bénissons le Seigneur, maintenant et pour les
siècles des siècles !
(Psaume à ne pas diviser). Cette division a été faite pour utiliser le psaume deux dimanches de suite, jour de louange par excellence. L’Eglise n’a rien de mieux à nous offrir. Dès lors, elle nous le fait goûter deux dimanches de suite.
Titre, nom de baptême : Nous en sommes sortis de l’Egypte. Dieu est toujours vainqueur. C’est Pâques : un cri de toute l’humanité
1/ Toile de fond. C’est un psaume auquel nous sommes un peu habitués. Car il a été répété et répété souvent par nos lèvres. Il est temps de lui redonner un air de jeunesse car il est au cœur de la louange.
Le psaume se développe en sept strophes bien marquées :
La 1e strophe montre l’événement historique le plus important
de la vie d’Israël : la sortie d’Egypte.
Dans la 2e strophe (v. 3-4), l’événement historique devient événement
cosmique. Il prend les dimensions du monde. Tout l’univers est concerné et
bouleversé.
Avec la 3e strophe (v. 5-6), l’événement historique et
l’événement cosmique est de nouveau sur la sellette tellement
il est grand.
La 4e strophe (v. 7-8) constate que, devant cet événement fantastique,
tout l’univers est en contemplation : c’est Pâques.
Dans la 5e strophe (Ps 113 B ; v. 1-2), l’invitation est faite à Dieu
lui-même de faire éclater sa gloire et sa puissance en face des
attaques : « où est-il ton Dieu ? »
La 6e strophe (v. 3-8) l’explique : car les idoles ont une puissance
vaine. C’est le vide total. Aucune vie en elles.
Enfin, dans la 7e strophe (v. 9-18) éclate l’exhortation finale à la
foi en Dieu : « Mets ta foi dans le Seigneur ».
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Nous sommes probablement au temps pascal
chez les Hébreux. C’est la fête par excellence pour tout
le peuple. Chaque année, c’est le rappel de l’événement
majeur qui a marqué Israël pour toujours : la libération
d’Egypte. Chaque année, Israël réactualise l’événement
et c’est dans une des liturgies pascales annuelles qu’on a dû écrire,
proclamer et chanter ce psaume, ce Hallel. La toile de fond historique pascale éclaire
pleinement ce psaume.
D’abord c’est l’énoncé très simple mais
très riche de l’événement (v. 1-2) : Dieu prend
vraiment en charge le peuple. Ce peuple devient le domaine de Dieu et sa demeure
(sanctuaire). Ces deux mots sont très riches de contenu. Israël
devient vraiment le Peuple de Dieu. Cette appartenance va tout changer : il
y a désormais intimité et il y a privilèges.
Après ce rapide énoncé, il y a maintenant le dépliement
de l’événement et des répercussions par toute la
terre (v. 3-8). C’est un rapide tableau mais combien évocateur
avec la mer qui s’enfuit, le Jourdain qui retire ses eaux, le Sinaï qui
est secoué, l’eau qui jaillit du rocher. En quelques mots, c’est
tout l’Exode qui est présenté avec son début, son
centre et sa fin.
Et c’est la marche triomphale de Dieu. Aucun obstacle ne lui résiste.
D’où l’interrogation pleine de dérision à l’égard
de la mer et du Jourdain et des montagnes : « Mer, qu’as-tu à t’enfuir
? » « Et toi, Jourdain ? Et vous, montagnes ?» « Faites-vous
tout petits devant Dieu » « Tremblez » car sa puissance transparaît
ici avec éclat. Le peuple de la tyrannie, l’Egypte, lui, surtout,
doit s’en souvenir.
Alors Dieu lui-même est invité par les hommes à lancer
un grand défi à tous ceux, athées, qui osent s’opposer à lui,
proclamer contre lui, oser mépris et moquerie : « Où est-il
leur Dieu ? »
Oui, c’est un Dieu vrai (v. 1-8) à l’opposé des idoles
qui sont sans vie, stupides et impuissantes.
Oui, c’est un Dieu fort. « Tout ce qu’il veut il le fait » (v.
3). Il est « notre bouclier » (v. 10-11), image très parlante.
Oui, c’est un Dieu serviteur. « Il nous bénira, c’est-à-dire
il se mettra à genoux devant nous, à notre service » (v.
12-13) en nous disant : “ Que veux-tu que je fasse pour toi ? ”
Dès lors, il faut lui faire confiance sans limite : « Ayez foi
dans le Seigneur », « mettez votre foi dans le Seigneur » (v.
10-11). Lui faire confiance et redire tous ensemble, en se mettant à notre
vraie place (v. 1) : « Ce n’est pas nous qu’il faut louer,
mais c’est ton nom qu’il faut glorifier ».
* Sur le clavier christique et évangélique.
Prions ce psaume avec le Christ lui-même : « Jésus prit du
pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant
: "prenez et mangez, c’est mon corps". Ensuite, il prit la coupe,
il rendit grâces, et la leur donna en disant : "buvez-en tous, c’est
mon sang" » (Mt 26,26-28). C’est ce Hallel, ce psaume 113 que
Jésus, en rendant grâces, a probablement prononcé car, à
chaque Pâque, pour sa célébration, ce psaume était
chanté. Le souvenir de la sortie d’Egypte et du désert n’a
jamais quitté l’esprit des Hébreux.
Paul, dans son grand discours à Antioche de Pisidie, dans la synagogue
(Ac 13,16-sq) éclaire bien le psaume 113. Paul, comme les autres Juifs,
a dû le prier et il nous entraîne à le faire avec lui : «
Les chefs de la synagogue firent dire à l’assemblée : "si
vous avez quelques paroles d’exhortation à adresser au peuple,
vous pouvez parler". Alors Paul se leva et fit signe de la main et dit
à l’assemblée : "Israélites, et vous qui craignez
Dieu, écoutez. : le Dieu de ce peuple d’Israël fit choix de
nos pères, et il exalta le peuple durant son exil en Egypte, d’où
il le fit sortir par la force de son bras. Quarante années durant, il
en prit soin dans le désert ".
* Sur le clavier ecclésial. Deux dimanches de suite, chaque mois à Vêpres,
heure de la louange du soir, ce psaume est utilisé. C’est dire
son importance. Cette libération d’Egypte, ce long séjour
au désert, et le passage du Jourdain pour arriver en Terre promise,
c’est le sommet et ce sera toujours le centre, la source et le sommet
de l’histoire du monde. Une telle affirmation peut paraître outrancière,
mais quand on voit combien l’Eglise, dans la plupart de ses actes (sacrements
en particulier) rappelle cet événement de la libération
d’Israël, on peut maintenir une telle affirmation : c’est
le cœur, la source et le sommet de la vie de l’humanité.
Psaume 64
2 - Il est beau de te louer, Dieu, dans Sion, de tenir ses promesses envers
toi
3 - qui écoutes la prière. Jusqu'à toi vient toute chair
4 - avec son poids de péché ; nos fautes ont dominé sur
nous : toi, tu les pardonnes.
5 - Heureux ton invité, ton élu : il habite ta demeure !
Les biens de ta maison nous rassasient, les dons sacrés de ton temple
!
6 - Ta justice nous répond par des prodiges, Dieu, notre sauveur,
espoir des horizons de la terre et des rives lointaines.
7 - Sa force enracine les montagnes, il s'entoure de puissance ;
8 - il apaise le vacarme des mers, le vacarme de leurs flots et la rumeur des
peuples.
9 - Les habitants des bouts du monde sont pris d'effroi à la vue de
tes signes ;
aux portes du levant et du couchant tu fais jaillir des cris de joie.
10 - Tu visites la terre et tu l'abreuves, tu la combles de richesses ;
les ruisseaux de Dieu regorgent d'eau : tu prépares les moissons. Ainsi,
tu prépares la terre,
11 - tu arroses les sillons ; tu aplanis le sol, tu le détrempes sous
les pluies, tu bénis les semailles.
12 - Tu couronnes une année de bienfaits ; sur ton passage ruisselle
l'abondance.
13 - Au désert, les pâturages ruissellent, les collines débordent
d'allégresse.
14 - Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé.
Tout exulte et chante !
Titre, nom de baptême : “Vive Dieu devant qui je me tiens !”
Il ne lésine pas dans ses dons
1/ Toile de fond. Ce psaume est essentiellement un psaume d’action de grâces qui tourne, comme c’est normal, à la louange (v. 2). C’est un triple merci de l’homme pour l’abondance des dons de Dieu : le pardon, la maîtrise de la nature, et la fécondité de la terre. Le psalmiste monte au Temple (v. 2) et s’acquitte de ses trois mercis avec une allégresse étonnante. Il sait rendre grâces. Pour cela c’est un psaume d’actualité très grande, où le “merci” est si rare.
Ces trois cris d’admiration, dessinent trois parties bien visibles : la louange à Dieu qui pardonne nos fautes (v. 1-5) ; la louange à Dieu, maître de la nature (v. 6-9) ; la louange à Dieu qui assure la fécondité, le Dieu de la vie (v. 10-14).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est Dieu qui remplit le champ
de vision d’un pèlerin qui avait promis de monter à Jérusalem
pour remercier Dieu des dons très variés mais très riches
qu’il avait reçus. « On te fait des vœux et on les
acquitte envers toi qui écoutes notre prière » (v. 1-2).
Cette fidélité aux promesses est exprimée, dès
le début. Elle saisit les nôtres. Pour quelles promesses, cette
montée au Temple ?
Avant de présenter des raisons visibles et valables de ses promesses,
le psalmiste prend conscience de son état de péché. Il
ne méritait pas ce qu’il a reçu, mais Dieu a toujours le
pardon à la portée de notre main (v. 3-4). Le psalmiste ressent
en lui intensément que le pardon est le premier don de Dieu (don par-dessus
les dons : le par-don). Dès lors il se dit “l’invité” “heureux” de
Dieu ; il reçoit en abondance, il est “rassasié”,
un mot à faire trembler de joie ! (v.5).
Le psalmiste va s’arrêter à l’action de grâces
pour la maîtrise de Dieu sur la nature (v. 6-9). Nous nous trouvons ici
en face de la puissance colossale de Dieu. Il est entouré de cette puissance
comme par un manteau (v. 7). Ce sont trois réalités que le psalmiste
admire : Dieu ‘assoit’ les montagnes ; c’est du solide ! Ça
tient ! Elles ne bougent plus. Puis Dieu muselle la mer ; son vacarme s’apaise.
Enfin Dieu tient en main toutes les fureurs des peuples.
Il est le “Maître” partout. Voilà pourquoi, finalement,
les habitants du bout du monde sont plus sensibles que les Occidentaux civilisés à cette
maîtrise véritable qui les fait hurler de joie (v. 9), même
au milieu des peurs.
Enfin le psalmiste va fixer nos yeux sur un des aspects essentiels de la nature
: sa fécondité (v. 10-14). Et cette fécondité va être
pour nous télévisée par l’eau, cette réalité si
banale de nos jours, mais dont, peu à peu, nous prenons conscience de
la grande valeur. L’eau est là devant nous, avec ses richesses
inépuisables : elle abreuve réellement la terre ; et ces « ruisseaux
de Dieu » qui descendent de l’océan céleste (Jb 38)
préparent les semailles.
Cette eau nous fait donc rejoindre facilement Dieu : « tu as visité la
terre », « tu couronnes une année de tes bienfaits ».
Le poète Claudel avait tellement rejoint le Seigneur à travers
ces derniers mots qu’il s’en est servi pour le titre d’un
de ses poèmes célèbres : « Corona benignitatis anni
Dei ». Toutes les récoltes sont comme une couronne posée
par Dieu sur l’année qui s’avance : abondance qui ruisselle
de toutes parts. Et cette contemplation de l’eau prend fin sur le constat
: « Tout exulte et chante » (v. 14).
* Sur le clavier christique, évangélique. Ce sont deux réflexions
de Jésus sur la nature qui vont jeter toute sa lumière sur le
psaume.
La première réflexion (Mt 5,45) : « Le Père céleste
fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Il fait pleuvoir
sur les justes comme sur les injustes ».
La Deuxième réflexion (Mt 6,25-34) : « Votre Père
céleste nourrit les petits oiseaux. Ne valez-vous pas plus qu’eux
? » ; « votre Père céleste donne des vêtements
admirables aux lys des champs. Salomon dans toute sa magnificence n’était
pas habillé comme l’un d’eux ». « Ne soyez donc
pas en peine pour le lendemain. Demain s’inquiétera de soi ». « Cherchez
en premier lieu le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par
surcroît ».
Mais la visite suprême que Dieu fait au monde, c’est par son Fils
qu’il la réalise. C’est lui l’eau vive et c’est
lui le pain du ciel. De ce Fils, nous pouvons dire comme le psalmiste : « Sur
ton passage, ruisselle l’abondance » (Ps 64,12).
* Sur le clavier ecclésial. Nous rencontrons le psalmiste à Laudes
du mardi. En ce début du jour, la louange prend toute sa force en lui,
et en nous : « c’est beau de te louer, ô notre Dieu ».
Nous ne pouvons pas, dès le matin, quand nous y regardons de près,
ne pas voir le « ruissellement de la vie», mais encore faut-il
s’arrêter quelques instants, pour contempler ce ‘ruissellement’.
Ruisseler, un mot qui peut remplir notre méditation ! Et souvent!
Psaume 148
1 - Alléluia !
Louez le Seigneur du haut de cieux, louez-le dans les hauteurs.
2 - Vous, tous ses anges, louez-le, louez-le tous les univers.
3 - Louez-le, soleil et lune, louez-le, tous les astres de lumière;
vous, cieux des cieux, louez-le, et les eaux des hauteurs des cieux.
5 - R/ Qu'ils louent le nom du Seigneur : sur son ordre ils furent créés;
6 - c'est lui qui les posa pour toujours sous une loi qui ne passera pas.
7 - Louez le Seigneur depuis la terre, monstres marins, tous les abîmes;
8 - feu et grêle, neige et brouillard, vent d'ouragan qui accomplis sa
parole ;
9 - les montagnes et toutes les collines, les arbres des vergers, tous les
cèdres;
10 - les bêtes sauvages et tous les troupeaux, le reptile et l'oiseau
qui vole ;
11 - les rois de la terre et tous les peuples, les princes et tous les juges
de la terre;
12 - tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants.
13 - R/ Qu'ils louent le nom du Seigneur : le seul au-dessus de tout nom ;
sur le ciel et sur la terre, sa splendeur :
14 - il accroît la vigueur de son peuple.
Louange de tous ses fidèles, des fils d'Israël, le peuple de ses
proches ! Alléluia !
Titre, nom de baptême : « Terre et ciel, chantez sans fin votre
Dieu »
1/ Toile de fond. C’est la mobilisation de toutes les créatures
célestes et terrestres, pour louer Dieu. Impressionnante mobilisation
! C’est le cantique des créatures ! C’est saint François
d’Assise bien des années avant l’arrivée du Christ, à peu
près 500 ans avant. C’est le beau récit de la création
(Gn 1) repris par un poète de métier et par un vrai chansonnier
de Dieu. Là nous comprenons mieux qu’ailleurs cette réflexion
du Cardinal Garrone : « Dieu s’est fait poète ».
Le plan est d’une grande simplicité, avec deux parties : Invitation de louange aux créatures du ciel (v. 1-6) puis invitation de louange aux créatures de la terre (v. 7-14).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Le psalmiste est au sommet de la louange.
Alors il éprouve le besoin de rassembler tous les êtres du monde
comme il le fera dans le psaume 150, par tous les instruments de musique de
la terre entière.
L’invitation à la louange commence par les armées angéliques
(v. 2), celles qui sont les plus élevées en dignité. Puis
c’est au tour des armées stellaires avec le soleil et la lune,
au sommet de toutes, suivis des autres astres qui remplissent l’univers
(v. 3-4), suivis aussi de tous les êtres célestes qui n’ont
pas de nom, mais qui contiennent les eaux d’en haut (v. 4), l’océan
céleste, ces eaux qui porteront leurs bienfaits à la terre et
peut-être à d’autres planètes.
Et l’invitation à la louange va se terminer par celle qui est
adressée à toute la terre. Invitation très riche : rien
n’est oublié (v. 7).
Ni l’océan avec ses montres marins, dans les profondeurs où ils
se meuvent (v. 7).
Ni l’espace éthéré : le feu, les éclairs,
la grêle, le brouillard, le vent d’ouragan.
Ni le simple terrestre, visible de partout et qui attire toujours le regard
: les montagnes (v. 9), les petits arbres à fruits comme les cèdres
puissants, les animaux en totale liberté comme ceux qui sont domestiqués
(v. 10), les rampants qui se faufilent et les oiseaux qui volent (v. 10).
Ni le monde des humains (v. 11 et 12) avec les rois et les peuples, avec les
princes et les juges, avec les jeunes, les vieillards et les enfants.
Ni enfin le monde d’Israël, le peuple qui appartient à Dieu
(v. 13-14) et qui a toujours été relevé, soutenu et entraîné.
Aucun psaume n’a cette densité d’intervenants à la
louange. Aucun psalmiste n’a manifesté autant d’enthousiasme
devant Dieu. Car il s’agit bien de Dieu, derrière toutes ces réalités
célestes et terrestres qui sont présentées. Dieu est vraiment
là. L’auteur du psaume nous fait sentir cette présence
divine dès les premiers mots : « Louez le Seigneur au plus haut
des cieux ». Et il poursuit par cette sorte de refrain : « Que
ces réalités louent le Seigneur » (v. 5,7,13).
Cette référence à Dieu, voilà la grande différence
entre un poète et un chansonnier du Seigneur. Certes, il prend sur lui
ces réalités admirables, comme un poète, un esthète,
mais toujours en référence à Dieu. La louange n’est
possible que si le monde est l’œuvre de Dieu. Si ce monde est simplement “nature”,
il ne peut pas y avoir louange.
* Sur le clavier christique et évangélique. Sans cesse, le Christ reprend le psalmiste et voit à l’œuvre son Père dans les réalités célestes et terrestres. Il le voit dans le soleil, dans la pluie, dans le lys (Mt 5,45 ; 6,28-30). Le Père à l’œuvre dans les hommes (Mt 6,25-34). Le Père à l’œuvre dans les anges, ses serviteurs (Lc 1,26 ; Mt 26,56). Alors on comprend la louange à ce Père qui travaille sans cesse dans le monde. Là est notre grand espoir. Et c’est pourquoi nous ne pouvons pas être déçu. Et en faisant cela, tous, « nous évangélisons la désespérance du monde ».
* Sur le clavier ecclésial. C’est dans la louange du dimanche que ce psaume prend sa place normalement. C’est la louange par excellence au Christ par qui tout a été recréé, absolument tout. Il prend aussi normalement sa place aux Laudes de la Toussaint, la fête des anges et la célébration des martyrs. Car c’est par toute leur vie que ces saints et saintes, célestes et terrestres, chantent Dieu.
Conclusion : Cette louange universelle est à la portée de notre
main. C’est vraiment la louange populaire par excellence dans laquelle
il nous est facile d’entrer. Peut-on trouver une telle prière
aussi simple, et cependant aussi entraînante ?
Psaume 135
1 - Rendez grâce au Seigneur : il est bon, éternel est son amour
!
2 - Rendez grâce au Dieu des dieux, éternel est son amour !
3 - Rendez grâce au Seigneur des seigneurs, éternel est son amour
!
4 - Lui seul a fait de grandes merveilles, éternel est son amour !
5 - lui qui fit les cieux avec sagesse, éternel est son amour !
6 - qui affermit la terre sur les eaux, éternel est son amour !
7 - Lui qui a fait les grands luminaires, éternel est son amour !
8 - le soleil qui règne sur le jour, éternel est son amour !
9 - la lune et les étoiles, sur la nuit, éternel est son amour
!
10 - Lui qui frappa les Egyptiens dans leurs aînés, éternel
est son amour !
11 - et fit sortir Israël de leur pays, éternel est son amour !
12 - d'une main forte et d'un bras vigoureux, éternel est son amour
!
13 - Lui qui fendit la mer Rouge en deux parts, éternel est son amour
!
14 - et fit passer Israël en son milieu, éternel est son amour
!
15 - y rejetant Pharaon et ses armées, éternel est son amour
!
16 - Lui qui mena son peuple au désert, éternel est son amour
!
17 - qui frappa des princes fameux, éternel est son amour !
18 - et fit périr des rois redoutables, éternel est son amour
!
19 - Séhon, le roi des Amorites, éternel est son amour !
20 - et Og, le roi de Basan, éternel est son amour !
21 - pour donner leur pays en héritage, éternel est son amour
!
22 - en héritage à Israël, son serviteur, éternel
est son amour !
23 - Il se souvient de nous, les humiliés, éternel est son amour
!
24 - il nous tira de la main des oppresseurs, éternel est son amour
!
25 - A toute chair, il donne le pain, éternel est son amour !
26 - Rendez grâce au Dieu du ciel, éternel est son amour !
Titre, nom de baptême : « Eternel est son amour »
Un grand cri devant chaque merveille de la création
1/ Toile de fond. C’est le sommet des Alléluia, donc de la louange
action de grâces. Partout on l’appellera le grand Hallel. Et pour
bien souligner cette louange, le psalmiste, en épelant les merveilles
de Dieu, a utilisé sans arrêt le même refrain : Eternel
est son amour. Ce refrain ressemble à ces bruits de vagues qui viennent
se briser contre les récifs, toujours avec le même son, un bruit
sourd, mais qui ne fatigue pas celui qui l’entend. Au contraire, il pénètre
lentement tout l’être. Alors la louange prend toutes ses dimensions.
Pour rendre ce psaume moins monotone, l’auteur a dû faire alterner
le chœur et la foule. C’était saisissant pour tous les auditeurs.
Quatre parties déplient la louange : l’invitation, pleine de chaleur, pour louer Dieu (v. 1-3) ; la louange pour les beautés et richesses de Dieu créateur (v. 4-9) ; la louange pour les actes de bonté du Dieu sauveur (10-22) ; une conclusion (v. 23-26) : louange à Dieu libérateur, providence et Seigneur.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est l’inventaire des merveilles
de Dieu qui se fait. Et à chacune d’elles, le psalmiste est tellement
saisi qu’il s’arrête pour chanter : « Eternel est son
amour ». Ces merveilles de Dieu, épelées sous forme litanique,
ces hauts faits qui ont marqué l’histoire, font transparaître
le véritable amour de Dieu. En fin de compte, c’est le chant de
l’amour de Dieu que l’on entend à tous les instants dans
ce psaume.
D’abord une invitation très vigoureuse à rendre grâces
pour la bonté du Seigneur et pour sa seigneurie. Et voilà que
le psalmiste va déplier cette bonté seigneuriale !
Puis l’œuvre de la création de Dieu : les cieux avec les
grands luminaires, le jour et la nuit, et la terre qui est stable sur les eaux.
C’est le premier évangile de Dieu.
C’est ensuite l’œuvre du Dieu sauveur, son amour éclate
au maximum dans l’Exode (sortie, désert, terre promise). L’Exode
est une véritable épiphanie du Dieu d’amour. L’Exode
a éclairé les yeux d’Israël. C’est là que
le peuple de Dieu y a compris le sens de l’histoire.
Et la conclusion met en lumière une dernière fois les trois titres
principaux de Dieu : Dieu libérateur (« il nous a tiré de
la main des oppresseurs »), Dieu Providence (« à toute chair
il donne le pain ») et Dieu Seigneur (« rendez grâce au Dieu
du ciel »).
* Sur le clavier christique, évangélique. C’est tout l’Evangile qui orchestre ce psaume : l’épiphanie de l’amour sauveur se trouve à chaque ligne. Jésus, comme son nom l’indique, nous libère. C’est tout l’Evangile où le Christ se montre providence : « Regardez les lys des champs ». C’est tout l’Evangile où le Christ est Seigneur : « Tout a été par lui, et pour lui. Tout subsiste en lui » (Col 1,16-17).
* Sur le clavier ecclésial. C’est à Vêpres, heure
de la louange du soir, que l’Eglise aime utiliser ce psaume, comme probablement
les apôtres et Jésus l’ont chanté à la dernière
Cène, car c’est un Hallel que l’on ne pouvait pas laisser
tomber à terre, surtout aux heures de louange.
Psaume 117
Alléluia !
1 - Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Eternel est son amour !
2 - Oui, que le dise Israël : Eternel est son amour !
3 - Que le dise la maison d'Aaron : Eternel est son amour !
4 - Qu'ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur : Eternel est son amour
!
5 - Dans mon angoisse j'ai crié vers le Seigneur, et lui m'a exaucé,
mis au large.
6 - Le Seigneur est pour moi, je ne crains pas ; que pourrait un homme contre
moi ?
7 - Le Seigneur est avec moi pour me défendre, et moi, je braverai mes
ennemis.
8 - Mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes ;
9 - mieux vaut s'appuyer sur le Seigneur que de compter sur les puissants !
10 - Toutes les nations m'ont encerclé : au nom du Seigneur, je les
détruis !
11 - Elles m'ont cerné, encerclé : au nom du Seigneur, je les
détruis !
12 - Elles m'ont cerné comme des guêpes : ( ce n'était
qu'un feu de ronces )
au nom du Seigneur, je les détruis !
13 - On m'a poussé, bousculé pour m'abattre ; mais le Seigneur
m'a défendu.
14 - Ma force et mon chant, c'est le Seigneur ; il est pour moi le salut.
15 - Clameurs de joie et de victoire sous les tentes des justes : «le
bras du Seigneur est fort,»
16 - le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! »
17 - Non, je ne mourrai pas, je vivrai pour annoncer les actions du Seigneur
:
18 - il m'a frappé, le Seigneur, il m'a frappé, mais sans me
livrer à la mort.
19 - Ouvrez-moi les portes de justice : j'entrerai, je rendrai grâce
au Seigneur.
20 - «C'est ici la porte du Seigneur :» qu'ils entrent les justes
! »
21 - Je te rends grâce car tu m'as exaucé : tu es pour moi le
salut.
22 - La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre
d'angle :
23 - c'est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos
yeux.
24 - Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête
et de joie !
25 - Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire !
26 - Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du
Seigneur, nous vous bénissons !
27 - Dieu, le Seigneur nous illumine. Rameaux en main, formez vos cortèges
jusqu'auprès de l'autel.
28 - Tu es mon Dieu, je te rends grâce, mon Dieu, je t'exalte !
29 - Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Eternel est son amour !
Titre, nom de baptême : « Eternel est son amour »
Un nom pascal par excellence
1/ Toile de fond. C’est peut-être le psaume le plus utilisé de
tous. Pourquoi ? Parce que c’est un chant de procession populaire pascale.
Durant cette longue acclamation, répétée et répétée
souvent, en montant au Temple sans doute, aux fêtes pascales, le peuple
a le temps de mémoriser les paroles de ce psaume. Et le refrain du début
et de la fin : « Eternel est son amour », souligne bien qu’on
avait au moins retenu ces mots qui résument bien tout le psaume ; toutes
les autres réflexions ne sont que le dépliement de ce refrain.
Le plan est tracé par un grand dialogue entre les prêtres, la
foule et un maître de cérémonie qui conduit le cortège.
Au départ de la procession, c’est une sorte de monition. Elle
est importante pour donner le ton. Elle indique le sens du geste à accomplir
: une action de grâces, un chant de reconnaissance, un merci qui va prendre
toutes ses dimensions au fur et à mesure de la marche (v. 1-4).
Puis c’est la procession elle-même, avec un rappel d’événements
majeurs qui ont marqué la vie des pèlerins. Et là éclate
une confiance inconditionnelle dans le Dieu de bonté
(v. 5-18).
Puis il y a un arrêt dans la procession. Il s’agit d’une
interpellation à l’arrivée au Temple, interpellation faite
par les prêtres : « Que voulez-vous ? » « Ouvrez-nous
les portes du sanctuaire afin que nous puissions rencontrer notre Dieu » (v.
19-20).
Voici l’entrée au sanctuaire avec le chant d’action de grâces
qui l’accompagne, celle du maître de cérémonie et
celle de la foule (v. 21-24).
Enfin c’est la prière des prêtres avec bénédiction
finale sur le peuple (v. 25-29).
Et tout se termine par une dernière acclamation envers Dieu, avec les
rameaux en main comme, chez nous, le jour des Rameaux.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Il nous est extrêmement facile
de nous glisser dans cette immense procession pascale et de communier à ces
pèlerins d’un jour d’autrefois, à leurs états
d’âme dont voici les principaux :
D’abord et avant tout, ils ont le sens de la force de Dieu. Ils en ont
fait l’expérience concrète. Les ennemis les entouraient
comme un essaim d’abeilles, comme les flammes crépitantes d’un
feu de ronces (v. 12). Mais le Seigneur m’a dégagé, « il
est pour moi le salut », « son bras est fort ». C’est
cette méditation que fait le peuple en montant au Temple. Leur prière
est dirigée par le chansonnier de Dieu, l’organisateur de cette
procession pascale.
Arrivés dans le Temple, c’est un grand cri populaire : « Ouvrez-nous
les portes du Temple » (v. 19-20).
Alors c’est l’entrée (v. 21-24), un chant d’enthousiasme
: « Je te rends grâces parce que tu m’as exaucé. Tu
es pour moi le salut ».
Alors dans le Temple jaillit de leur cœur cette image si suggestive et
si remplie de sens en regardant la construction du sanctuaire : « la
pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre
d’angle » (v. 22). Et ils ajoutent ces mots lumineux : « C’est
l’œuvre du Seigneur ». « Voici le jour que fit le Seigneur,
un jour de fête et de joie ».
Et c’est enfin la prière finale des prêtres, la bénédiction
sur tout ce peuple de pèlerins, avant de s’en aller et de chanter
une dernière fois, rameaux en mains : « Rendez grâce au
Seigneur, car il est bon, éternel est son amour » (v. 25-27).
Dans ces derniers mots, nous nous y retrouvons bien, nous sommes à l’aise.
Ce psaume est vraiment notre psaume.
* Sur le clavier du Christ. Avec ce psaume, nous sommes en face du Christ
ressuscité, vainqueur de la mort :
«
J’ai été dégagé par la grâce du Seigneur ».
«
J’étais cerné comme par des abeilles en furie. Je les ai
détruites ».
«
La droite du Seigneur a fait des merveilles »
«
Il m’a rudement éprouvé le Seigneur, mais à la mort,
il ne m’a pas livré »
«
La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue pierre d’angle »
«
Eternel est son amour ».
* Sur le clavier ecclésial. Chaque semaine, l’Eglise nous le
fait méditer, prier et chanter, et toujours à Laudes. C’est
dire si elle y tient. Comme nous l’avons dit au début, c’est
un des psaumes préférés de l’Eglise. Cette préférence
devrait être la nôtre.
Psaume 116
1 - Louez le Seigneur, tous les peuples;
fêtez-le, tous les pays !
2 - Son amour envers nous s'est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !
(Le plus petit des psaumes). Peut-être morceau détaché d’un
autre psaume ? Il ne semble pas. L’auteur est hypnotisé cette
fois par la fidélité de Dieu, tellement elle est la seule à être
chantée. Elle court partout, dans toute la parole de Dieu, à la
manière d’un fil d’or, toujours visible et que Dieu met
toujours sur nos lèvres.
Ces quatre versets sont comme les premières notes (Cal Garrone) d’une
fanfare qui veut nous faire redire notre joie, notre gratitude et notre espérance,
et non seulement à chacun de nous mais à tous les peuples : « Louez
le Seigneur, tous les peuples, louez-le tous les pays ».
Conclusion
Nous venons de communier à la grande école de la louange et
de sa petite sœur, l’école de l’action de grâces.
Les sentiments intérieurs, qui animaient ces deux écoles, nous
les avons faits nôtres. Désormais, il nous sera difficile de proclamer
ces psaumes simplement du bout des lèvres, car il y a des mots et des
expressions qui ont pénétré tellement en profondeur, qu’il
nous sera impossible de vivre au superficiel.
L’école de la louange et celle de sa sœur l’action
de grâces, ce sont les écoles où l’on prend conscience
que nous sommes vraiment des gens peu convaincus et de ce que nous pourrions être
: tout livré à Dieu en Jésus-Christ et par Jésus-Christ.
Nous avons pris la main de dix psalmistes. Ils veulent nous aider à ressaisir
tous les chants de louange et d’action de grâces qui se trouvent
dans le psautier.
3EME GRANDE ECOLE : LA SUPPLICATION ET LA DEMANDE
La grande école de la présence de Dieu appelle, normalement,
l’école de la louange-action de grâces. Et celle de la louange-action
de grâces ne peut pas, à certains moments, ne pas déclencher
la supplication-demande. Les regards prolongés sur Dieu, sur sa présence
fidèle, sur sa sainteté, surtout, nous font entrevoir que tout être
humain et tout groupe humain ont besoin de lui : c’est l’école
de la supplication-demande qui prend son envol. Cette école fait partie
des grandes écoles bibliques. Sa taille est vaste, et tout en avançant
dans son contenu et dans ses fondations, nous prenons en compte ses dimensions
: dimensions personnelles et dimensions collectives.
A/ LA SUPPLICATION COLLECTIVE
Nous choisissons pour réfléchir sur cette école le psaume 43 puis le psaume 136.
2 - Dieu, nous avons entendu dire, et nos pères nous ont raconté,
quelle action tu accomplis de leur temps, aux jours d'autrefois.
3 - Toi, par ta main, tu as dépossédé des nations, et
ils purent s'implanter;
et tu as malmené des peuplades, et ils purent s'étendre.
4 - Ce n'était pas leur épée qui possédait le pays,
ni leur bras qui les rendait vainqueurs,
mais ta droite et ton bras, et la lumière de ta face, car tu les aimais.
5 - Toi, Dieu, tu es mon roi, tu décides des victoires de Jacob :
6 - avec toi, nous battions nos ennemis ; par ton nom, nous écrasions
nos adversaires.
7 - Ce n'est pas sur mon arme que je compte, ni sur mon épée,
pour la victoire.
8 - Tu nous as donné de vaincre l'adversaire, tu as couvert notre ennemi
de honte.
9 - Dieu était notre louange, tout le jour : sans cesse nous rendions
grâce à ton nom.
10 - Maintenant, tu nous humilies, tu nous rejettes, tu ne sors plus avec nos
armées.
11 - Tu nous fais plier devant l'adversaire, et nos ennemis emportent le butin.
12 - Tu nous traites en bétail de boucherie, tu nous disperses parmi
les nations.
13 - Tu vends ton peuple à vil prix, sans que tu gagnes à ce
marché.
14 - Tu nous exposes aux sarcasmes des voisins, aux rires, aux moqueries de
l'entourage.
15 - Tu fais de nous la fable des nations ; les étrangers haussent les épaules.
16 - Tout le jour, ma déchéance est devant moi, la honte couvre
mon visage,
17 - sous les sarcasmes et les cris de blasphème, sous les yeux de l'ennemi
qui se venge.
18 - Tout cela est venu sur nous sans que nous t'ayons oublié : nous
n'avions pas trahi ton alliance.
19 - Notre cœur ne s'était pas détourné et nos pieds
n'avaient pas quitté ton chemin
20 - quand tu nous poussais au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre
de la mort.
21 - Si nous avions oublié le nom de notre Dieu, tendu les mains vers
un Dieu étranger,
22 - Dieu ne l’eut-il pas découvert, lui qui connaît le
fond des cœurs ?
23 - C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite
en bétail d'abattoir.
24 - Réveille-toi ! Pourquoi dors-tu, Seigneur ? Lève-toi ! Ne
nous rejette pas pour toujours.
25 - Pourquoi détourner ta face, oublier notre malheur, notre misère
?
26 - Oui, nous mordons la poussière, notre ventre colle à la
terre.
27 - Debout ! Viens à notre aide ! Rachète-nous, au nom de ton
amour.
Nom de baptême : Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi cette épreuve nationale ?
1/ Toile de fond. Le psalmiste est en face d’une épreuve nationale ou d’une persécution redoutable. Le peuple ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est dans le noir. Alors les pourquoi surgissent de toutes parts. Pourquoi Dieu a-t-il autrefois tant donné de preuves de son amour ? Pourquoi le volte-face de Dieu ? Pourquoi cet abandon divin ?
Le plan, très facile, se dégage à partir de trois regards : un regard sur le passé glorieux et victorieux (v. 1-9), puis un regard sur le présent : il est triste, accablant. Dieu ne semble pas préoccupé des siens (v. 10-17) ; enfin un regard sur l’avenir : Israël reprend confiance mais à travers des cris, des reproches et une prière suppliante (v. 18-27).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire.
«
Nos pères nous ont raconté ». C’était un passé merveilleux.
Dieu nous avait enracinés sur sa terre par son bras et non par son épée.
(nous avons été vraiment plantés ; nos racines semblaient
profondes. C’était la réussite parfaite. « Dieu était
notre louange tout le jour ». Nous pensions à un monde sans épreuve,
et sans souffrances.
Mais nous nous faisions illusion. Dès lors, il y avait dans tout Israël
comme un rêve du passé. Mais oui, tous, nous étions comme
dans un rêve (v. 1-9). Et cette illusion, cette nostalgie de hier rendait
notre épreuve encore plus dure et plus difficile à supporter.
Ces épreuves sont à ciel ouvert (v. 10-17). « Tu nous humilies,
tu nous rejettes, Seigneur ; tu nous traites comme des brebis à abattre.
Tu fais de nous la fable des nations. Nous sommes voués au ridicule :
"Où est-il votre Dieu ? " Rien n’est aussi pénible
à supporter que d’être la risée des autres. La moquerie
blesse plus profondément que les coups.
Et enfin Israël reprend confiance (v. 18-27) mais à travers des
cris de toutes sortes, des cris d’innocence, surtout. Israël ne
comprend pas ce problème angoissant de l’intimité avec
Dieu mêlé à des épreuves terribles. Pourquoi les
deux sont-elles entremêlées ? Pourquoi ?
Dès lors, tout va se terminer par des appels de force suppliante (v.
24-27). « Réveille-toi, ô Dieu ? Pourquoi dors-tu ? Nous
sommes à plat ».
La confiance est toujours là. Elle ne baisse pas d’intensité,
mais elle est mêlée quand même à la désespérance.
Désespérance et confiance font route ensemble. N’est-ce
pas la route humaine de toujours ? N’est-ce pas notre propre route ?
* Sur le clavier christique et évangélique. Ce psaume est éclairé fortement
par le Christ. Nous ne pouvons pas oublier, en le lisant, cette réflexion
de Jésus innocent : « le monde vous a en haine. Il m’a haï avant
vous » (Jn 15,18).
Mais en même temps, nous entendons Jésus nous répéter
: « J’ai vaincu le monde. Confiance ! » (Jn 16,33).
Et les réflexions de saint Paul ne peuvent qu’affluer à notre
esprit : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm8).
* Sur le clavier ecclésial. Souvent, l’Eglise demande
aux permanents de la prière de la nuit (l’Office des lectures)
de proclamer ce psaume au nom de tous les hommes, spécialement ceux qui
vivent péniblement, douloureusement, une épreuve nationale : «
nous sommes à plat ». C’est l’heure de le dire quelquefois,
lorsque des peuples entiers n’y voient pas clair.
1 - Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
2 - aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes..
3 - C'est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons,
et nos bourreaux, des airs joyeux :
«chantez-nous, disaient-ils,»quelque chant de Sion ».
4 - Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère
?
5 - Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite m'oublie !
6 - je veux que ma langue s'attache à mon palais si je perds ton souvenir,
si je n'élève Jérusalem au sommet de ma joie.
7 - [Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d'Édom, et de ce jour à
Jérusalem où ils criaient :
«détruisez-la,»détruisez-la de fond en comble ! »
8 - Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous
valus;
9 - heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !]
Nom de baptême : Jérusalem, inoubliable, hier, aujourd’hui
et demain
1/ Toile de fond. Israël est en exil. C’est dur ! Plus de cinquante ans déjà, loin du pays. Etrangers ! Ils le sont vraiment ! Et même si leurs gardiens apprécient leurs chants et applaudissent, ils sont d’ailleurs. Ils n’oublient pas : les larmes qui coulent le prouvent, c’est toujours dur d’être étranger. Le poète Rilke a eu ces mots, qui en disent long : « Il n’y a qu’un pays que l’on n’oublie pas, c’est son pays natal ».
Nous avons un plan en trois parties : la tristesse des exilés (v. 1-2) ; la demande des geôliers, les vainqueurs d’Israël : ils demandent des chants (v. 3) ; puis le refus énergique de se compromettre, car ce serait oublier Jérusalem, c’est-à-dire la cité de Dieu, ce serait oublier Dieu lui-même (v. 4-6).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Israël, ou du moins beaucoup d’Israélites,
sont emmenés à Babylone comme prisonniers, après la chute
de Jérusalem (587). Et cet Exil dure. Les exilés sont tristes.
Ils ont suspendu leurs harpes à des arbres. C’est fini ! Plus
de chansons. On se tait. Leurs gardiens voudraient bien les entendre prier
et chanter, car les exilés ont une réputation mondiale (v. 1-3).
Ils sont tentés. Mais silence !
Et voilà qu’ils s’expliquent : c’est Jérusalem,
avec tout ce que cette ville évoque en notre cœur, c’est
Jérusalem qui serait souillée, salie par nos compromissions et
finalement c’est notre Dieu qui est abaissé, réduit à rien,
parce qu’il semblerait être laissé de côté,
abandonné, oublié. Jérusalem n’est-elle pas la cité de
notre Dieu ? Ce Dieu qui fait corps avec elle ? et qui continue à être
uni intimement avec elle ? « Jérusalem, toutes les sources sont
en toi » (Ps 86), « Chacun y est né » (Ps 86, 4-6).
Dès lors, on comprend cette demande suppliante : « Si je t’oublie,
Jérusalem, que se dessèche ma main droite (image très
suggestive) et que ma langue s’attache à mon palais ! » (image
encore plus parlante pour souligner l’amour de Jérusalem).
* Sur le clavier christique. Jésus a bien souligné quelle importance capitale il attribuait à Jérusalem : « Sur cette pierre, sur ce rocher, sur Jérusalem, je bâtirai mon Eglise » (Mt 16-18). C’est tout dire. Et on ne peut pas mieux dire.
* Sur le clavier ecclésial. C’est le soir à Vêpres
que ce psaume prend toute sa lumière. Jérusalem est acclamée,
chantée, louée. A la fin du jour, l’essentiel de la louange
est bien éclairée. Et Jérusalem occupe l’une des
premières places. Car Jérusalem est l’un des piliers de
la vie d’Israël. Avec la Loi et le Temple, c’est l’un
des triptyques de tout le peuple d’autrefois et d’aujourd’hui.
B/ LA SUPPLICATION INDIVIDUELLE
Ces supplications révèlent une conscience de la vraie maîtrise
de Dieu sur tout et en contraste la petitesse du suppliant, petitesse du pauvre
de Dieu, d’un « anaw », comme le souligne bien le mot hébreu
: se courber, se prosterner. Le pauvre de Dieu démissionne vraiment
entre les mains du Seigneur, qu’il appelle au secours par des cris de
toute sorte : sur la souffrance, sur la maladie, sur la solitude, sur les attaques,
sur la peur, sur le péché etc.
Nous choisirons parmi les psaumes chef de file : les psaumes 12, 37 ; 70 ; 50.
2 - Combien de temps, Seigneur, vas-tu m'oublier, combien de temps, me cacher
ton visage ?
3 - Combien de temps aurai-je l'âme en peine et le cœur attristé chaque
jour ?
Combien de temps mon ennemi sera-t-il le plus fort ?
4 - Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu ! Donne la lumière à mes
yeux,
garde-moi du sommeil de la mort ;
5 - que l'adversaire ne crie pas : «Victoire ! »que l'ennemi n'ait
pas la joie de ma défaite !
6 - Moi, je prends appui sur ton amour ; que mon cœur ait la joie de ton
salut !
Je chanterai le Seigneur pour le bien qu'il m'a fait.
Nom de baptême : Jusques à quand ? M’oublieras-tu Seigneur
?
1/ Toile de fond. Un psalmiste en a assez de l’épreuve qui l’écrase : le refrain « jusques à quand » souligne très clairement cette lassitude ; "je n’en peux plus". Et sa douleur est augmentée encore par les moqueries de ses ennemis.
Trois parties très distinctes composent le psaume : d’abord une plainte avec quatre interrogations, toujours les mêmes : jusques à quand ? (v. 2-3), suivie d’une prière suppliante pour une intervention rapide de Dieu (v. 4-5) et conclue par un acte de foi en Dieu d’amour, la joie reviendra (v. 6).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est une épreuve qui est
interminable. Elle dure, l’expression « jusques à quand
? » le prouve bien. Le psalmiste est à bout de forces. De plus,
son ennemi en profite pour le tourner en dérision et dominer (v. 3).
Dès lors, il semble dire à Dieu : tu es indifférent, tu
caches ton visage. C’est trop ! (v. 1-3).
Mais, malgré tout cet accablement, une porte de sortie s’ouvre
: la prière jaillit suppliante, prière d’abord de répondre,
prière d’enlever de ses yeux cette buée où se lit
déjà la mort : « sommeil de la mort », prière également
de ne pas laisser l’ennemi prendre le dessus
(v. 4-5).
Enfin, déjà la joie d’être sauvé est entrevue
(v. 6) et la promesse de rendre grâces est là : « Je chanterai
le Seigneur pour le bien qu’il m’a fait ».
* Sur le clavier du Christ : A travers ces « jusques à quand
? », on entend Jésus lui-même : « Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ces mots sont éclairants
pour bien comprendre le lien qui existe entre le psalmiste et le Christ. Ce
lien est ici transparent.
* Sur le clavier ecclésial. C’est au milieu du jour que l’Eglise
a placé ce psaume. C’est bien en effet l’heure où cesse
le bien-être de la nuit qui avait refait nos forces. Elles sont déjà usées.
Midi, c’est déjà l’heure où l’accablement
prend de l’élan et nous fait crier : « Jusques à quand
? »
Conclusion : la souffrance, écrasante, trouve ici une porte de sortie
: la prière confiante. Le psalmiste, suivant une belle expression du
Cardinal Garrone : « ne se redit plus à lui-même sa souffrance,
mais il la dit à Dieu ».
Psaume 37
2 - Seigneur, corrige-moi sans colère et reprends-moi sans violence.
3 - Tes flèches m'ont frappé, ta main s'est abattue sur moi.
4 - Rien n'est sain dans ma chair sous ta fureur, rien d'intact en mes os depuis
ma faute.
5 - Oui, mes péchés me submergent, leur poids trop pesant m'écrase.
6 - Mes plaies sont puanteur et pourriture : c'est là le prix de ma
folie.
7 - Accablé, prostré, à bout de forces, tout le jour j'avance
dans le noir.
8 - La fièvre m'envahit jusqu'aux moelles, plus rien n'est sain dans
ma chair.
9 - Brisé, écrasé, à bout de forces, mon cœur
gronde et rugit.
10 - Seigneur, tout mon désir est devant toi, et rien de ma plainte
ne t'échappe.
11 - Le cœur me bat, ma force m'abandonne, et même la lumière
de mes yeux.
12 - Amis et compagnons se tiennent à distance, et mes proches, à l'écart
de mon mal.
13 - Ceux qui veulent ma perte me talonnent, ces gens qui cherchent mon malheur
;
ils prononcent des paroles maléfiques, tout le jour ils ruminent leur
traîtrise.
14 - Moi, comme un sourd, je n'entends rien, comme un muet, je n'ouvre pas
la bouche,
15 - pareil à celui qui n'entend pas, qui n'a pas de réplique à la
bouche.
16 - C'est toi que j'espère, Seigneur : Seigneur mon Dieu, toi, tu répondras.
17 - J'ai dit : «Qu'ils ne triomphent pas, ceux qui rient de moi quand
je trébuche ! »
18 - Et maintenant, je suis près de tomber, ma douleur est toujours
devant moi.
19 - Oui, j'avoue mon péché, je m'effraie de ma faute.
20 - Mes ennemis sont forts et vigoureux, ils sont nombreux à m'en vouloir
injustement.
21 - Ils me rendent le mal pour le bien ; quand je cherche le bien, ils m'accusent.
22 - Ne m'abandonne jamais, Seigneur, mon Dieu, ne sois pas loin de moi.
23 - Viens vite à mon aide, Seigneur, mon salut !
Nom de baptême : « Vite ! Au secours ! Dépêche-toi
! »
Les épreuves, la maladie me rongent de toutes parts.
1/ Toile de fond. C’est le psaume d’un grand malade. Il est submergé par l’épreuve qui le saisit partout, même jusqu’aux os. Restent quelques élans vers le ciel, mais si rares : « Viens vite ! »
Après un appel au secours (v. 1-2), le psalmiste met devant nos yeux les quatre causes principales de cette terrible épreuve, de cette souffrance : la maladie, la solitude, l’hostilité, le péché (v. 3-21), et il conclut par un deuxième appel (v. 22-23).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est un psaume très simple
: des cris, des cris d’un homme rongé par la souffrance. Il veut
prier, mais il n’en peut plus. Un psalmiste plein de psychologie s’exprime
là.
D’abord, les deux appels suppliants se répondent en des termes
saisissants : celui du début : "n’y va pas trop fort",
Seigneur, « retiens ta colère », « reprends-moi sans
violence » (v. 1-2) ; et celui de la fin, merveilleux appel : «
Ne sois pas loin de moi », « viens vite à mon aide »
(v. 22-23). Peut-être ne sommes-nous pas assez souvent en harmonie avec
ce monde de souffrants qui crient de toutes parts !
Ensuite il y a un temps de réflexion du psalmiste. D’où vient
cette souffrance ? Quatre causes sont bien mises en lumière :
D’abord la maladie, une sorte de cancer généralisé :
flèches comme plantées dans la chair. Douleur violente. Sorte
de pourriture : rien n’est sain. Les plaies sentent mauvais. Tout se
liquéfie. « Je n’y vois plus rien ». « Le jour
j’avance dans le noir » (v. 7). Et voilà que le malade rugit
de douleurs (v. 9). Le cœur se met à palpiter (v. 11). Les yeux
eux-mêmes s’éteignent, ils deviennent vitreux (v. 11) pour
ainsi dire.
Ensuite la solitude (v. 12) est une souffrance immense. Mère Teresa
affirme que c’est la souffrance la plus dure à supporter. Plus
d’amis. Ils se sont éloignés de moi. Je n’étais
plus intéressant. Et pourtant, la maladie c’est le moment de la
vie où on a le plus besoin d’être entouré.
Puis c’est l’hostilité (v. 13) qui est déclenchée
par quelques-uns de ses amis même. Ce sont des hypocrites. Attaques sournoises.
Elles n’en font que plus souffrir. L’hostilité est très
dure, car le malade ne peut pas se défendre. Il est à la merci
des autres, obligé de subir. Le psalmiste présente leurs attaques
comme « des épées » lancées en avant et avec
force et puissance (paroles maléfiques) très mauvaises (v. 12-13).
Ils me tiennent à distance (v. 12).
Et enfin le péché. Le psalmiste va s’arrêter longtemps,
car c’est l’ennemi essentiel
(v. 14-24) : « J’avoue mon péché » ; « Je
m’effraie de mes fautes » (v. 19) ; « mes péchés
me submergent » ; « c’est trop lourd à porter » (v.
5) ; « Je suis prêt de tomber » (v. 19).
Se discerne enfin l’attitude du malade en face de toutes ces épreuves
:
Des cris : Je « rugis », mot très évocateur, (v.
9) ;
Du silence (v. 14-15). Le psalmiste se tait : « Je reste comme un “muet”, « Je
suis comme un sourd ».
Cependant un regard comme un éclair : « C’est en toi que
j’espère » (v. 6).
Et enfin un appel au secours impressionnant (v. 22-23) : « Viens vite à mon
secours », « ne sois pas loin de moi ».
Rarement les appels des hommes sont aussi suppliants que ceux-là. Nous
sommes en face d’un fin psychologue qui va jusqu’au bout de sa
pensée.
* Sur le clavier du Christ et de l’Evangile. A travers le psalmiste,
on ne peut pas ne pas entendre Jésus crier à son entourage : « Mon
Dieu, pourquoi, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mc 15,35
; voir Ps 22).
«
Jésus se taisait », comme le psalmiste à certains moments.
Et les compatriotes de Jésus criaient : « A mort, à mort » comme
pour le psalmiste : « tout le jour, ils ruminent leur traîtrise » (v.
13).
«
Les amis de Jésus se tenaient à distance » (Lc 24,49) (par
peur certainement ?) comme pour le psalmiste (v. 12).
Si l’on voulait faire un parallèle entre Jésus écrasé par
l’épreuve de la Passion et le psalmiste, lui aussi accablé et
n’en pouvant plus, il y aurait une ressemblance étonnante. Le
psalmiste est tellement proche de Jésus qu’il est devenu comme
un grand miroir dans lequel Jésus se voit lui-même, au moment
où il est écrasé et désemparé par les épreuves
de la Passion. Le psalmiste et Jésus sont deux frères jumeaux,
pour ainsi dire ; il ne faut plus les séparer.
* Sur le clavier ecclésial. C’est surtout au moment de la Passion,
au temps de la Semaine sainte que l’Eglise va l’utiliser. Elle
ne peut pas l’ignorer le Vendredi saint, dans la longue prière
du Jeudi au Vendredi, durant cette nuit où s’est décidé le
sort de Jésus, et où beaucoup d’événements
ont eu lieu avant la dernière phase du procès, le Vendredi saint
au matin.
L’Eglise a encore souci d’utiliser ce psaume tous les mois le 2e
vendredi, toujours à la prière de la nuit. Elle confie ce soin
aux permanents de la prière : « priez, priez pour nous et à
notre place » (cf. Ps 133,1) leur dit-elle et ceux-ci ne manquent pas
de le faire en se servant du psaume 37, au nom de tous les “écrasés
du monde”.
Psaume 70
1 - En toi, Seigneur, j'ai mon refuge : garde-moi d'être humilié pour
toujours.
2 - Dans ta justice, défends-moi, libère-moi, tends l'oreille
vers moi, et sauve-moi.
3 - Sois le rocher qui m'accueille, toujours accessible ; tu as résolu
de me sauver :
ma forteresse et mon roc, c'est toi !
4 - Mon Dieu, libère-moi des mains de l'impie, des prises du fourbe
et du violent.
5 - Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance, mon appui dès ma
jeunesse.
6 - Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m'as choisi dès
le ventre de ma mère ;
tu seras ma louange toujours !
7 - Pour beaucoup, je fus comme un prodige ; tu as été mon secours
et ma force.
8 - Je n'avais que ta louange à la bouche, tout le jour, ta splendeur.
9 - Ne me rejette pas maintenant que j'ai vieilli ; alors que décline
ma vigueur, ne m'abandonne pas.
10 - Mes ennemis parlent contre moi, ils me surveillent et se concertent.
11 - Ils disent : «Dieu l'abandonne ! Traquez-le, empoignez-le, il n'a
pas de défenseur ! »
12 - Dieu, ne sois pas loin de moi ; mon Dieu, viens vite à mon secours
!
13 - Qu'ils soient humiliés, anéantis, ceux qui se dressent contre
moi ;
qu'ils soient couverts de honte et d'infamie, ceux qui veulent mon malheur
!
14 - Et moi qui ne cesse d'espérer, j'ajoute encore à ta louange.
15 - Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut ; (je
n'en connais pas le nombre).
16 - Je revivrai les exploits du Seigneur en rappelant que ta justice est la
seule.
17 - Mon Dieu, tu m'as instruit dès ma jeunesse, jusqu'à présent,
j'ai proclamé tes merveilles.
18 - Aux jours de la vieillesse et des cheveux blancs, ne m'abandonne pas, ô mon
Dieu ;
et je dirai aux hommes de ce temps ta puissance, à tous ceux qui viendront,
tes exploits.
19 - Si haute est ta justice, mon Dieu, toi qui as fait de grandes choses :
Dieu, qui donc est comme toi ?
20 - Toi qui m'as fait voir tant de maux et de détresses, tu me feras
vivre à nouveau,
à nouveau tu me tireras des abîmes de la terre,
21 - tu m'élèveras et me grandiras, tu reviendras me consoler.
22 - Et moi, je te rendrai grâce sur la harpe pour ta vérité, ô mon
Dieu !
Je jouerai pour toi de ma cithare, Saint d'Israël !
23 - Joie sur mes lèvres qui chantent pour toi, et dans mon âme
que tu as rachetée !
24 - Alors, tout au long du jour, ma langue redira ta justice ;
c'est la honte, c'est l'infamie pour ceux qui veulent mon malheur.
Nom de baptême : Prière d’un vieillard dont on veut se débarrasser
mais qui est accroché au Dieu de bonté
1/ Toile de fond. Après la supplication générale (Ps 12) : « Jusques-à quand ? », après la supplication d’un malade (Ps 37), c’est la prière d’un vieillard accablé par l’épreuve, la froideur de son entourage surtout. Il apparaît comme un être embarrassant et il le sent. Dans cette épreuve, il songe au passé. Le souvenir des gestes de Dieu en sa faveur le réconforte. Il reprend confiance et goût à la vie. Il demande à Dieu de prolonger ses jours pour qu’il puisse le louer.
Il se divise en quatre parties : un cri vers Dieu qui est un appui très sûr pour l’homme (v. 1-8) ; puis un cri à un moment précis : la vieillesse (v. 9-11); il se poursuit par une action de grâces pour le passé (v. 12-17) ; il se conclue par un réengagement dans la foi, une vraie profession de foi (v. 18-25).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est un vrai protégé de
Dieu, durant sa jeunesse, voilà pourquoi il a toujours proclamé les
bienfaits de Dieu. Il est impuissant à les dénombrer.
Mais à l’heure avancée où il est, celle des ombres
; son enthousiasme vient de baisser. La vieillesse fait son chemin. Il n’est
plus ce qu’il a été. Il a pris “les cheveux blancs”,
c’est tout dire ! On parle moins de lui. On en parle même en l’attaquant,
et c’est la grande solitude. Tout se traduit par des cris : « arrache-moi,
libère moi, incline ton oreille » (v. 1-8).
Dès lors, de nouveau, il reprend confiance et repart alertement dans
la vie. Dieu est son refuge, son rocher, son abri, en un mot sa sécurité.
Mais surtout (v. 9-13), il se sent petit entre les mains de Dieu. C’est
un pauvre par excellence. Dès lors, Dieu qui aime les pauvres, qui a
un faible pour eux, se doit de l’aider : « ne me rejette pas parce
que j’ai vieilli » (v. 9), « ne sois pas loin de moi » (v.
12).
Et cette petitesse, bien entrevue, fait jaillir l’action de grâces
(v. 12-15) chez le psalmiste pour les bienfaits de Dieu du passé, dont
le nombre est incalculable mais il ne savait pas les voir et les lire (v. 15).
Et pour terminer sa prière, le voilà se réengageant envers
son Dieu ! (v. 18-25), un Dieu de justice : « Si haute est la justice » (v.
19) ; « ma langue redira ta justice » (v. 24). Ce nouvel acte de
foi est plein d’enthousiasme (v. 22) : « Je te rendrai grâce
sur la harpe pour ta vérité ». C’est la joie qui
déborde : « Joie sur mes lèvres qui chantent pour toi » (v.
23). La joie de la foi, voilà une grande réalité qui devrait
renaître, en notre temps ! Oui la joie de la foi est à reprendre
et à comprendre !
* Sur le clavier christique. Ce qui est au premier plan dans cette prière psalmique, c’est la persévérance. Le vieillard, malgré tous les obstacles, tient bon jusqu’au bout. Pour réaliser davantage encore ce psaume, nous nous contenterons de reprendre la réflexion du Christ : « celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24,13). Pour rééclairer ce psaume, pourquoi ne pas avoir simplement, devant les yeux, le portrait de Siméon (Lc 2,25) que saint Luc nous trace en quelques mots : « Il y avait un vieillard nommé Siméon, homme juste et pieux et le Saint-Esprit était sur lui ».
* Sur le clavier ecclésial. L’Eglise nous faire lire ce psaume
au milieu du jour. C’est l’heure où la fatigue et la lassitude
commencent à se faire sentir. Ça flanche ! Alors le psalmiste
reprend fermement appui sur son Dieu : « Mon Dieu ne me quitte pas. Mon
Dieu, viens vite à mon secours » (v. 12).
Après la supplication d’un vieillard, nous nous arrêtons à la
supplication d’un pécheur.
3 - Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde,
efface mon péché.
4 - Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.
5 - Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi.
6 - Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes
yeux, je l'ai fait.
Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice, être juge et montrer ta
victoire.
7 - Moi, je suis né dans la faute, j'étais pécheur dès
le sein de ma mère.
8 - Mais tu veux au fond de moi la vérité, dans le secret, tu
m'apprends la sagesse.
9 - Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi et je serai blanc,
plus que la neige.
10 - Fais que j'entende les chants et la fête : ils danseront, les os
que tu broyais.
11 - Détourne ta face de mes fautes, enlève tous mes péchés.
12 - Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis
au fond de moi mon esprit.
13 - Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
14 - Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux
me soutienne.
15 - Aux pécheurs, j'enseignerai tes chemins ; vers toi, reviendront
les égarés.
16 - Libère-moi du sang versé, Dieu, mon Dieu Sauveur, et ma
langue acclamera ta justice.
17 - Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.
18 - Si j'offre un sacrifice, tu n'en veux pas, tu n'acceptes pas d'holocauste.
19 - Le sacrifice qui plaît à Dieu, c'est un esprit brisé ;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé.
20 - Accorde à Sion le bonheur, relève les murs de Jérusalem.
21 - Alors tu accepteras de justes sacrifices, oblations et holocaustes ;
alors on offrira des taureaux sur ton autel.
Nom de baptême : J’ai péché : Il est toujours devant
moi : lave-moi au plus intime de l’être
1/ Toile de fond. Nous sommes habitués à ce psaume, d’où le besoin d’une étude plus approfondie afin d’en renouveler le sens. Ce cri vers Dieu est une véritable confession. Le psalmiste a vraiment pris conscience de ce qu’était le péché, son péché : « moi je le connais ».
Le psaume se compose de quatre parties : un appel à la miséricorde divine (v. 1-4), un aveu de ses fautes (v. 5-7) ; suit la conversion de tout l’être, négative et positive (v. 8-13) ; se dessinent enfin les conséquences de cette conversion dans la vie du psalmiste (v. 14-21).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Ce sont comme quatre vagues successives
qui marquent l’élan du psalmiste vers une vie renouvelée,
restaurée.
La première vague (v. 1-4), vient d’un éclair du psalmiste
sur ses infidélités. Infidélités qu’il traduit
par trois mots très significatifs : une révolte contre la Loi
de Dieu, une perversion des droits du Seigneur, une butée violente contre
les ordres de Yahvé : le tout s’exprimant par le mot “péché”.
Trois infidélités que le psalmiste demande d’essuyer, de
laver et de purifier. Car c’est malpropre, ça a pénétré le
tissu, et c’est ancré profond comme la lèpre. Le psalmiste
veut, par ce vocabulaire, nous faire comprendre ce qu’est le péché.
Il veut que l’homme se “concentre bien sur lui” pour se voir
tel qu’il est.
La deuxième vague (v. 5-7) est un examen de conscience et une confession
publique de ce qui pèse le plus en lui. Le psalmiste fait part de son
aveu mais en même temps il reconnaît l’origine de son péché,
péché très familial, péché originel. C’est
un aveu purificateur.
La troisième vague (v. 8-13) indique les conséquences de cette
confession : la Vérité. Le confessant se met dans le vrai.
Dans la quatrième vague (v. 14-21), la confession se transforme en louange,
action de grâce (v. 14) et se termine par un grand vouloir apostolique
(v. 15, 21).
* Sur le clavier christique. Le Christ, à chaque pas, fait briller
par sa vie ce grand psaume. D’abord il s’attaque au mal par Jean-Baptiste,
dès le début de son ministère : « convertissez-vous
et écoutez la bonne nouvelle ». Puis il accueille les aveux. Il
reconnaît le « cœur brisé ». « Veux-tu être
pardonné ? ». “Je le veux”.
Et ce seront alors les conséquences, les fruits du pardon. Ils sont
multiples : d’abord, l’allégresse du salut reçu de
Dieu par le Christ, qui est la joie même de Dieu (Lc 15,6). « Réjouissez-vous ».
Ensuite, la conscience d’être recréé, refait intérieurement.
Dieu, par le Christ, fait du neuf, du très neuf en nous, car il est
le Dieu du renouveau constant et permanent. Il purifie en profondeur. L’amour
surabonde dans le cœur du pardonné, un amour sans limite pour agir
en chrétien.
«
Réjouissons-nous, mangeons le veau gras » (Lc 15,23). « Il
y a grande joie pour un pécheur qui se repent » (Lc 15,10). « Il
y aura plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent » (Lc
15,7).
* Sur le clavier ecclésial. On peut compter toutes les interventions
de l’Eglise pour utiliser le “Miserere”, c’est impressionnant.
Et jamais ce psaume ne donne l’impression d’avoir vieilli. L’Eglise,
dans son livre de prière, l’utilise bien plus que les autres psaumes.
C’est un signe ! Nous ne pouvons pas oublier ces mots si familiers :
«
Je connais mon péché.
Contre toi et toi seul j’ai péché.
Tu veux au fond de moi la vérité.
Crée en moi un cœur pur.
Tu ne repousses pas un cœur brisé » (Ps 50).
Conclusion générale pour l’école de la supplication
Un texte de Péguy va éclairer encore plus ces psaumes :
«
C’est par ma petite espérance seule que l’éternité sera,
Et que la béatitude sera.
Et que le Paradis sera.
Et le Ciel, et tout.
Car elle seule, comme elle seule dans les jours de cette terre,
d’une vieille veille fait jaillir un lendemain nouveau,
ainsi elle seule des résidus du Jugement
et des ruines et du débris du temps
fera jaillir une éternité neuve.»
(Charles Péguy, Le Mystère des Saints Innocents, Œuvres
poétiques complètes, La Pléiade, p. 384).
Les trois grandes écoles dans lesquelles nous avons pénétré sont
bien les trois premières : celle de la présence de Dieu, celle
de la louange et d’action de grâces, et celle de la supplication-demande.
Cette dernière école est à peu près partout. Ce
qui la résume bien, c’est le psaume 21, repris par Jésus
: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’abandonner ? » Il y a
là toute l’intensité de la supplique. On ne peut mieux
s’exprimer.
Ce sera notre dernier mot-clef sur cette grande Ecole. Nous sommes là
au sommet. Et Jésus lui-même nous y a conduits : « Pourquoi
m’abandonner ? ».
IVEME ECOLE : LA SAGESSE ET LA REFLEXION
Trois grandes écoles, celle de la présence de Dieu, celle de
la louange-action de grâces, celle de la supplication-demande nous ont
permis de pénétrer profondément le psautier et de l’éclairer.
Trois autres écoles de moindre importance vont maintenant nous aider à ajuster
encore plus notre regard : celle de la sagesse-réflexion, celle des
pèlerinages, celle de l’attente messianique. Elles ne sont pas
comparables aux trois grandes précédentes qui nous ont permis
notre étude psalmique mais les apports qu’elles vont nous faire
ne sont pas négligeables, loin de là. Voilà pourquoi nous
allons les faire nôtres sur la route de la découverte.
L’école de la sagesse-réflexion ne pouvait pas ne pas pénétrer
le psautier. Elle a joué un tel rôle dans la Parole de Dieu !
Les sages ne peuvent pas être ignorés à côté des
prophètes et des prêtres. Nous allons les retrouver dans le psautier.
Ils vont nous aider à fixer notre attention sur des points marquants
de la vie humaine : la famille, les richesses, la justice, Jérusalem,
la fidélité divine (les folies de Dieu), les juges (“comédiens
de la justice”, les gouvernants temporels, la brièveté de
la vie, la solidarité etc. Voici quelques psaumes chefs de file : psaumes
48 ; 132 ; 86 ; 81 ; 118 ; 77 ; 127. Un choix s’impose. Nous le ferons.
2 - Ecoutez ceci, tous les peuples, entendez bien, habitants de l'univers,
3 - gens illustres, gens obscurs, riches et pauvres, tous ensemble.
4 - Ma bouche dira des paroles de sagesse, les propos clairvoyants de mon cœur
;
5 - l'oreille attentive aux proverbes, j'exposerai sur la cithare mon énigme.
6 - Pourquoi craindre aux jours de malheur ces fourbes qui me talonnent pour
m'encercler,
7 - ceux qui s'appuient sur leur fortune et se vantent de leurs grandes richesses
?
8 - Nul ne peut racheter son frère ni payer à Dieu sa rançon
:
9 - aussi cher qu'il puisse payer, toute vie doit finir.
10 - Peut-on vivre indéfiniment sans jamais voir la fosse ?
11 - Vous voyez les sages mourir : comme le fou et l'insensé ils périssent,
laissant à d'autres leur fortune.
12 - Ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie
pour les siècles ;
sur des terres ils avaient mis leur nom.
13 - R/ L'homme comblé ne dure pas :il ressemble au bétail qu'on
abat.
14 - Tel est le destin des insensés et l'avenir de qui aime les entendre
:
15 - troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître.
A l'aurore, ils feront place au juste ; dans la mort, s'effaceront leurs visages
: pour eux, plus de palais!
16 - Mais Dieu rachètera ma vie aux griffes de la mort : c'est lui qui
me prendra.
17 - Ne crains pas l'homme qui s'enrichit, qui accroît le luxe de sa
maison :
18 - aux enfers il n'emporte rien ; sa gloire ne descend pas avec lui.
19 - De son vivant, il s'est béni lui-même : «on t'applaudit
car tout va bien pour toi !»
20 - Mais il rejoint la lignée de ses ancêtres qui ne verront
jamais plus la lumière.
21 - R/ L'homme comblé qui n'est pas clairvoyant ressemble au bétail
qu'on abat.
Nom de baptême : les richesses ? mauvaise assurance sur la vie !
1/ Toile de fond. Les richesses et la mort. La brièveté de la vie apparaît au psalmiste dans toute sa clarté ! Rien n’est assurance pour demain, même les grandes richesses.
Il y a trois parties : un avertissement sérieux, très sérieux (v. 1-5) ; une vérité de La Palisse : tout homme meurt et n’emporte rien (v. 6-13) ; il a eu la gloire de son vivant. C’est fini ! (v. 14-21).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. C’est un homme réfléchi
qui parle. Il sait ce qu’il dit “sur l’expérience
des richesses” et des riches. Rarement avertissements sont donnés à l’homme
avec autant de force. Le psalmiste utilise, pour cela, des expressions nombreuses
et vigoureuses (v. 1-4).
«
Ecoutez, peuples, entendez bien, peuples riches et obscurs,
Ma bouche va dire des paroles de sagesse. Je vais exposer mon énigme ».
On sent que c’est sérieux, et pourtant c’est si simple !
Ensuite le psalmiste va étaler ses réflexions sur ce sujet majeur
de la brièveté de la vie. Tout se résume dans un mot : “s’appuyer”,
s’appuyer sur ses richesses, c’est-à-dire vouloir prolonger
sa vie avec de l’argent : « aussi cher qu’il puisse payer,
toute vie doit finir ». Ça va tellement de soi que l’on
se demande pourquoi on tient un tel langage. Et pourtant, on se plaît à croire
que la vie est éternelle. C’est pourquoi on inscrit sur ses propriétés
son propre nom : « à un tel... à un tel ».
Et l’auteur appelle de tels hommes : “des insensés”,
des gens qui ont perdu le bon sens de la vie (v. 6-13).
Enfin le psalmiste fait réfléchir tout homme qui a mis sa gloire
dans ses richesses : « on t’applaudit, tout va bien pour toi ».
Et pourtant, tu rejoins tes ancêtres dans la nuit.
A la fin de ce psaume, on peut se demander pourquoi quelqu’un a dû l’écrire.
Et cependant, il y a une telle inconscience en face de la fin de notre vie
que, sans être fataliste ou pessimiste, il faut ne pas fermer les yeux
sur ce point comme sur d’autres.
* Sur le clavier christique et évangélique. Personne ne peut oublier cette réflexion de sagesse de Jésus lui-même : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? » (Mt 16,26). Cette sagesse de simplicité s’impose facilement à tout être de réflexion. Elle doit guider La vie, afin qu’elle n’aille pas se perdre sur des sentiers inconnus. Et Jésus ajoute encore ces mots lumineux : « Il est difficile pour un riche d’entrer dans le Royaume des cieux » (Mt 19,23).
* Sur le clavier ecclésial. Le soir, mardi, l’Eglise nous le
fait lire afin de nous convaincre, à la fin du jour, que l’heure
est venue de mettre en route notre réflexion et de revoir toute la journée à la
lueur de cet éclairage. Nous serons ainsi entraînés à ne
pas tricher ni avec Dieu, ni avec nous-mêmes.
Psaume 132
Psaume sur la solidarité
1 - Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble
et d'être unis !
2 - On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête,
qui descend sur la barbe, la barbe d'Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement.
3 - On dirait la rosée de l'Hermon qui descend sur les collines de Sion.
C'est là que le Seigneur envoie la bénédiction, la vie
pour toujours.
Nom de baptême : « Qu’il est agréable d’être
ensemble » !
1/ Toile de fond. Un psalmiste fait l’expérience concrète
des liens qui peuvent et doivent unir les hommes. Et le voilà qui résume
sa réflexion : « Qu’il est bon d’être ensemble » !
C’est un petit psaume qui mérite toute notre attention. C’est
le psaume de la charité fraternelle. Il sera complété par
saint Paul, avec le grand chapitre de la première Epître aux Corinthiens
(ch. 13).
Le plan est simple. D’abord l’énoncé de la réflexion
: solidarité, l’unité-communion
(v. 1) ; puis les conséquences d’une vie vraiment fraternelle
(v. 2-3).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Un pèlerin monte à Jérusalem
pour l’une des grandes fêtes. Isolé jusque-là dans
la campagne, le voilà entouré d’une foule. Il ressent la
vraie fraternité. Il l’expérimente concrètement
pour ainsi dire. Il va exprimer cette fraternité, unité, solidarité avec
deux images très concrètes, très orientales, très
populaires.
Première image, celle du parfum de l’huile embaumée. Ce
parfum se dégage d’une onction que l’on se fait de temps
en temps. Cette huile se répand même sur les vêtements et
les pénètre. Tout l’être en est envahi. C’est
le symbole de la joie, la vraie joie, qui saisit le pèlerin isolé et
pénètre intensément celui qui vit cette grande fraternité des
pèlerinages. Il se sent tout autre. La vraie fraternité nous
change réellement.
Deuxième image, celle de la rosée du matin, porteuse de fraîcheur.
Cette rosée vient de l’Hermon, du nord, et des neiges éternelles
qui le couvrent. Cette rosée remplit la vallée du Jourdain étouffante
souvent, gagne les monts de Sion et donne cette impression que l’on ressent
si bien en pays chaud. Celui qui pèlerine à Jérusalem
et qui rencontre des foules fraternelles éprouve bien cette sensation
de vraie fraîcheur si sensible lorsqu’on vit seul depuis longtemps,
vie pesante, accablante quelquefois dont on a bien besoin de sortir.
A la fin de la lecture de ce psaume si bref, on se demande comment s’y
est pris l’auteur. C’est si simple, mais si bienfaisant pour décrire
la vie fraternelle !
* Sur le clavier christique et évangélique. Jésus a voulu faire ressentir aux Douze cette sensation de fraternité et d’unité qui s’exprime par un mot “ensemble” et par cette prière : « Faites qu’ils soient unis comme le Père et moi nous sommes uns » (Jn 17,20). Cette unité-fraternité, solidarité, le Christ y tient intensément. Il sent qu’il y a là un climat indispensable pour avancer dans la vie. Sans cette unité, cet “ensemble”, le Christ nous fait comprendre que toute la vie est au ralenti, qu’elle est incapable de progresser, qu’elle va vers la mort.
* Sur le clavier ecclésial. Notre Eglise, dès ses premiers pas,
a fait l’expérience de cette solidarité, et elle le proclame.
Le petit tableau (Ac 2,42-4,32) que Luc nous a laissé de cette Eglise
fraternelle nous fait vraiment revivre ce parfum et cette rosée matinale
de ces petits “en- semble” qu’il est impossible de décrire,
mais qu’il nous est donné de vivre dans l’expérience.
Psaume 86
Réflexion sur Jérusalem
1 - Elle est fondée sur les montagnes saintes.
2 - Le Seigneur aime les portes de Sion plus que toutes les demeures de Jacob.
3 - Pour ta gloire on parle de toi, ville de Dieu !
4 - «Je cite l’Egypte et Babylone»entre celles qui me connaissent. »
Voyez Tyr, la Philistie, l’Ethiopie : chacune est née là-bas.
5 - Mais on appelle Sion : «ma mère ! »car en elle, tout
homme est né.
C'est lui, le Très-Haut, qui la maintient.
6 - Au registre des peuples, le Seigneur écrit :«chacun est né là-bas.»
7 - Tous ensemble ils dansent, et ils chantent :«en toi, toutes nos sources!»
Nom de baptême : « Jérusalem, toutes les sources sont en
toi ! » Puisons ! Puisons !
1/ Toile de fond. Jérusalem est toujours présentée comme la cité, la métropole de tous les peuples. Le psalmiste a horreur des préjugés raciaux. Il a donc réfléchi sur le comment briser ces barrières et frontières. Il veut l’universalisme partout. Le psaume 86, c’est le chant de l’unité qu’autrefois on résumait par ces mots du début : « Enfants de la même cité ».
Il se déploie en trois parties : L’acclamation de Jérusalem
appelée “Cité de Dieu”
(v. 1-2) ; la vision de sa future mission : mission d’unifier (v. 3-5)
puis une nouvelle acclamation qui ressemble à un écho sans fin,
se prolongeant dans l’univers entier (v. 6-7).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Jérusalem est présentée
comme le centre du monde, la cité internationale de tous les pays de
l’univers. Et elle le restera. Voilà pourquoi, de nos jours, il
est question, partout, de ne pas sacrifier Jérusalem aux autres grandes
villes d’Israël et du monde. Car elle est aimée de Dieu.
C’est par ce mot d’amour que débute le psaume. Et cet amour
divin n’est pas un petit “brin” d’amour. C’est
le grand amour complet de Dieu. Voilà pourquoi les fondations de la
ville sont solides ; ça tient.
Le psalmiste a nommé les régions dont Jérusalem est le
cœur. L’Egypte (totem crocodile) et Babylone, les deux grands du
temps l’entourent au nord-sud. La Philistie, Tyr et l’Ethiopie
la protègent au nord, au centre et au sud. Tous reconnaissent Jérusalem
comme le cœur de tout l’Orient (v. 4).
Et tous reconnaissent (v. 5) que « chacun y est né ». Le
psalmiste veut nous convaincre qu’à Jérusalem chacun y
a reçu la vie de Dieu (chacun y est né). Le psalmiste insistera
par trois fois sur ce « chacun y est né ». C’est dire
l’importance de Jérusalem et donc de son Temple pour toute vie
spirituelle.
Enfin nouvelle acclamation (v. 6-7) par une lumineuse affiche, par une danse
qui fait tournoyer sans fin, et par un chant-refrain qui ne s’arrête
plus pour ainsi dire : « toutes les sources sont en toi », c’est-à-dire
tous les peuples renaîtront, un jour, en toi.
Ce petit psaume ne peut pas être séparé de ses deux frères
: le psaume 45 où Dieu, par sa présence, le tient serré dans
ses bras, et le psaume 47 où Dieu se présente lui-même
comme le bastion très sûr au milieu de toutes les forteresses
environnantes, et où il demande, à cause de cela, d’être
aimé comme « le Christ aime son Eglise avec tendresse » (Ep
5,25 ou
Ga 2,20).
* Sur le clavier christique. Jésus entrevoit chaque chrétien
puisant à la source de la vie, celle de Jérusalem (baptême).
Jésus entrevoit aussi tous les peuples (les Douze) autour de sa table
mangeant l’unique Pain et formant un seul Corps (saint Paul) : « Nous
formons un même corps, nous qui avons part au même pain » (1
Co 10,17).
Enfin Jésus prie avec intensité pour l’unité de
son Eglise. Cette prière (Jn 17), au moment de son départ c’est-à-dire
de sa mort, prend toute sa signification : c’est la dernière intention
qu’il confie à Dieu son Père. C’est donc tout dire
: « Père, je prie pour qu’ils soient unis comme vous êtes
en moi, et moi en vous » (Jn 17,20-21).
* Sur le clavier de l’Eglise. Dans son Credo, l’Eglise a toujours
gardé cette affirmation : je crois en l’Eglise « une »,
c’est-à-dire je suis sûre de cette Eglise. Et elle nous
la fait proclamer si souvent ! Elle ne fait, là, que redire, sous une
autre forme, le psaume 86 que nous avons relu.
Mais avant le Credo, bien avant, l’Eglise avait, par l’évangéliste
saint Luc, éclairé le psaume 86. Il avait montré combien
les premiers chrétiens l’avaient réalisé et vécu. « Les
fidèles vivaient ensemble. Ils mettaient tout en commun. Ils allaient
jusqu’à vendre leurs propriétés et leurs biens pour
les distribuer suivant les besoins de chacun ». C’était
bien l’universalité et l’unité qui étaient
réalisées dans le concret de la vie.
Psaume 81
Réflexion sur les juges
1 - Dans l'assemblée divine, Dieu préside ; entouré des
dieux, il juge.
2 - "Combien de temps jugerez-vous sans justice, soutiendrez-vous la cause
des impies ?
3 - rendez justice au faible, à l'orphelin ; faites droit à l'indigent,
au malheureux.
4 - libérez le faible et le pauvre, arrachez-les aux mains des impies."
5 - Mais non, sans savoir, sans comprendre, ils vont au milieu des ténèbres
:
les fondements de la terre en sont ébranlés.
6 - "Je l'ai dit : Vous êtes des dieux, des fils du Très-Haut,
vous tous !"
7 - «Pourtant, vous mourrez comme des hommes, comme les princes, tous,
vous tomberez ! »
8 - Lève-toi, Dieu, juge la terre, car toutes les nations t'appartiennent..
Nom de baptême : les “comédiens de la justice”
1/ Toile de fond. C’est Dieu lui-même qui les présente.
Il s’attaque aux juges qui manquent à leur devoir, car ils sont
achetés et ne font pas droit aux pauvres et petits.
Le plan du psaume montre le déroulement de la justice : l’entrée
de Dieu en scène (v. 1) ; les reproches : ils sont dans les ténèbres
et non dans la lumière de la justice divine (v. 2-5) ; une sentence
qu’ils méritent (v. 6-7) ; la supplication au grand juge : Dieu
lui-même (v. 8).
2/ Relecture
*Sur le clavier de l’histoire. Dieu se présente à l’humanité comme
le chef du Tribunal. Il entre en scène.
D’abord il va présenter son réquisitoire car beaucoup de
juges (témoins les prophètes) ont faussé la justice et
soutiennent ceux qui les paient grassement.
Après le réquisitoire, après les avoir condamnés,
Dieu va leur dire ce qu’ils sont, livrer leur identité avec une
formule exceptionnelle de contenu : « vous êtes des dieux » (v.
6) ce qui veut dire : votre justice doit être “divine”, c’est-à-dire
sans compromission et claire comme de l’eau de roche, surtout à l’égard
des petits, des faibles et orphelins (v. 3-4). Et il ajoute une réflexion
qui les met bien en place : vous mourrez, même si vous êtes des
dieux, car vous restez des hommes.
Enfin le psalmiste conjure le grand juge de paraître tout de suite et
de faire régner la justice partout dans toutes les nations.
La justice : elle est vraiment une tâche divine qui, au premier coup
d’œil, peut paraître avec un visage humain, fut-il sérieux
et sévère ; en réalité, elle est divine. Quelles
responsabilités que de rendre la justice !!! C’est l’affaire
de Dieu lui-même.
* Sur le clavier christique. Jésus n’a pas hésité à déclarer « bienheureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,10). Et surtout, il condamne avec une fermeté incroyable les injustes qui « conduisent les autres comme des guides aveugles » (Mt 23,16). Le Christ ne peut supporter ces hommes qui transgressent une fonction divine. Voilà pourquoi il est bien « le bon Pasteur ».
* Sur le clavier ecclésial. L’Eglise le met en plein relief, à midi, l’heure où Jésus subit le péché dans toute son horreur, et parmi tous les péchés, surtout les jugements injustes rendus aux hommes. L’Eglise nous fait relire ce psaume pour qu’il y ait plus de justice dans le monde. Elle veut rééquilibrer cette grande réalité vivante qu’est la justice divine dans le monde.
ALEPH - Ils marchent dans tes voies
1 - Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant
la loi du Seigneur !
2 - Heureux ceux qui gardent ses exigences, ils le cherchent de tout cœur
!
3 - Jamais ils ne commettent d'injustice, ils marchent dans ses voies.
4 - Toi, tu promulgues des préceptes à observer entièrement.
5 - Puissent mes voies s'affermir à observer tes commandements !
6 - Ainsi je ne serai pas humilié quand je contemple tes volontés.
7 - D'un cœur droit, je pourrai te rendre grâce, instruit de tes
justes décisions.
8 - Tes commandements, je les observe : ne m'abandonne pas entièrement.
BETH - Méditer sur tes préceptes
9 - Comment, jeune, garder pur son chemin ? En observant ta parole.
10 - De tout mon cœur, je te cherche ; garde-moi de fuir tes volontés.
11 - Dans mon cœur, je conserve tes promesses pour ne pas faillir envers
toi.
12 - Toi, Seigneur, tu es béni : apprends-moi tes commandements.
13 - Je fais repasser sur mes lèvres chaque décision de ta bouche.
14 - Je trouve dans la voie de tes exigences plus de joie que dans toutes les
richesses.
15 - Je veux méditer sur tes préceptes et contempler tes voies.
16 - Je trouve en tes commandements mon plaisir, je n'oublie pas ta parole.
GHIMEL - Brûlé de désir
17 - Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j'observerai ta parole.
18 - Ouvre mes yeux, que je contemple les merveilles de ta loi.
19 - Je suis un étranger sur la terre ; ne me cache pas tes volontés.
20 - Mon âme a brûlé de désir en tout temps pour
tes décisions.
21 - Tu menaces les orgueilleux, les maudits, ceux qui fuient tes volontés.
22 - Epargne-moi l'insulte et le mépris : je garde tes exigences.
23 - Lorsque des grands accusent ton serviteur, je médite sur tes ordres.
24 - Je trouve mon plaisir en tes exigences : ce sont elles qui me conseillent.
DALETH - Collé à tes exigences
25 - Mon âme est collée à la poussière ; fais-moi
vivre selon ta parole.
26 - J'énumère mes voies : tu me réponds ; apprends-moi
tes commandements.
27 - Montre-moi la voie de tes préceptes, que je médite sur tes
merveilles.
28 - La tristesse m'arrache des larmes : relève-moi selon ta parole.
29 - Détourne-moi de la voie du mensonge, fais-moi la grâce de
ta loi.
30 - J'ai choisi la voie de la fidélité, je m'ajuste à tes
décisions.
31 - Je me tiens collé à tes exigences ; Seigneur, garde-moi
d'être humilié.
32 - Je cours dans la voie de tes volontés, car tu mets au large mon
cœur.
HÉ - Incline mon cœur
33 - Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder,
j'aurai ma récompense.
34 - Montre-moi comment garder ta loi, que je l'observe de tout cœur.
35 - Guide-moi sur la voie de tes volontés, là, je me plais.
36 - Incline mon cœur vers tes exigences, non pas vers le profit.
37 - Détourne mes yeux des idoles : que tes chemins me fassent vivre.
38 - Pour ton serviteur accomplis ta promesse qui nous fera t'adorer.
39 - Détourne l'insulte qui m'effraie ; tes décisions sont bienfaisantes.
40 - Vois, j'ai désiré tes préceptes : par ta justice
fais-moi vivre.
WAW - Tes volontés, je les aime
41 - Que vienne à moi, Seigneur, ton amour; et ton salut, selon ta promesse.
42 - J'aurai pour qui m'insulte une réponse car je m'appuie sur ta parole.
43 - N'ôte pas de ma bouche la parole de vérité, car j'espère
tes décisions.
44 - J'observerai sans relâche ta loi, toujours et à jamais.
45 - Je marcherai librement, car je cherche tes préceptes.
46 - Devant les rois je parlerai de tes exigences et ne serai pas humilié.
47 - Je trouve mon plaisir en tes volontés, oui, vraiment, je les aime.
48 - Je tends les mains vers tes volontés, je les aime, je médite
sur tes ordres.
ZAFIN - Je me rappelle ton nom
49 - Rappelle-toi ta parole à ton serviteur, celle dont tu fis mon espoir.
50 - Elle est ma consolation dans mon épreuve : ta promesse me fait
vivre.
51 - Des orgueilleux m'ont accablé de railleries, je n'ai pas dévié de
ta loi.
52 - Je me rappelle tes décisions d'autrefois : voilà ma consolation,
Seigneur.
53 - Face aux impies, la fureur me prend, car ils abandonnent ta loi.
54 - J'ai fait de tes commandements mon cantique dans ma demeure d'étranger.
55 - La nuit, je me rappelle ton nom pour observer ta loi.
56 - Ce qui me revient, Seigneur, c'est de garder tes préceptes.
HETH - Je n'oublie pas ta loi
57 - Mon partage, Seigneur, je l'ai dit, c'est d'observer tes paroles.
58 - De tout mon cœur, je quête ton regard : pitié pour moi
selon tes promesses.
59 - J'examine la voie que j'ai prise : mes pas me ramènent à tes
exigences.
60 - Je me hâte, et ne tarde pas, d'observer tes volontés.
61 - Les pièges de l'impie m'environnent, je n'oublie pas ta loi.
62 - Au milieu de la nuit, je me lève et te rends grâce pour tes
justes décisions.
63 - Je suis lié à tous ceux qui te craignent et qui observent
tes préceptes.
64 - Ton amour, Seigneur, emplit la terre ; apprends-moi tes commandements.
TETH - J'ai souffert pour mon bien
65 Tu fais le bonheur de ton serviteur, Seigneur, selon ta parole.
66 - Apprends-moi à bien saisir, à bien juger : je me fie à tes
volontés.
67 - Avant d'avoir souffert, je m'égarais; maintenant, j'observe tes
ordres.
68 - Toi, tu es bon, tu fais du bien : apprends-moi tes commandements.
69 - Des orgueilleux m'ont couvert de calomnies : de tout cœur, je garde
tes préceptes.
70 - Leur cœur, alourdi, s'est fermé ; moi, je prends plaisir à ta
loi.
71 - C'est pour mon bien que j'ai souffert, ainsi, ai-je appris tes commandements.
72 - Mon bonheur, c'est la loi de ta bouche, plus qu'un monceau d'or ou d'argent.
YOD - Eclaire-moi
73 - Tes mains m'ont façonné, affermi ; éclaire-moi, que
j'apprenne tes volontés.
74 - A me voir, ceux qui te craignent se réjouissent, car j'espère
en ta parole.
75 - Seigneur, je le sais, tes décisions sont justes ; tu es fidèle
quand tu m'éprouves.
76 - Que j'aie pour consolation ton amour selon tes promesses à ton
serviteur !
77 - Que vienne à moi ta tendresse et je vivrai : ta loi fait mon plaisir.
78 - Honte aux orgueilleux qui m'accablent de mensonges ; moi, je médite
sur tes préceptes.
79 - Qu'ils se tournent vers moi, ceux qui te craignent, ceux qui connaissent
tes exigences.
80 - Que j'aie par tes commandements le cœur intègre : alors je
ne serai pas humilié.
CAPH - Usé, j'espère encore
81 - Usé par l'attente du salut, j'espère encore ta parole.
82 - L’œil usé d'attendre tes promesses, j'ai dit : «quand
vas-tu me consoler ?»
83 - Devenu comme une outre durcie par la fumée, je n'oublie pas tes
commandements.
84 - Combien de jours ton serviteur vivra-t-il ? Quand jugeras-tu mes persécuteurs
?
85 - Des orgueilleux ont creusé pour moi une fosse au mépris
de ta loi.
86 - Tous tes ordres ne sont que fidélité ; mensonge, mes poursuivants
: aide-moi !
87 - Ils ont failli m'user, me mettre à terre : je n'ai pas abandonné tes
préceptes.
88 - Fais-moi vivre selon ton amour : j'observerai les décrets de ta
bouche.
LAMED - Ta fidélité demeure
89 - Pour toujours, ta parole, Seigneur, se dresse dans les cieux.
90 - Ta fidélité demeure d'âge en âge, la terre que
tu fixas tient bon.
91 - Jusqu'à ce jour, le monde tient par tes décisions : toute
chose est ta servante.
92 - Si je n'avais mon plaisir dans ta loi, je périrais de misère.
93 - Jamais je n'oublierai tes préceptes : par eux tu me fais vivre.
94 - Je suis à toi : sauve-moi, car je cherche tes préceptes.
95 - Des impies escomptent ma perte : moi, je réfléchis à tes
exigences.
96 - De toute perfection, j'ai vu la limite ; tes volontés sont d'une
ampleur infinie.
MEM - Une saveur dans ma bouche
97 - De quel amour j'aime ta loi : tout le jour je la médite.
98 - Je surpasse en habileté mes ennemis, car je fais miennes pour toujours
tes volontés.
99 - Je surpasse en sagesse tous mes maîtres, car je médite tes
exigences.
100 - Je surpasse en intelligence les anciens, car je garde tes préceptes.
101 - Des chemins du mal, je détourne mes pas, afin d'observer ta parole.
102 - De tes décisions, je ne veux pas m'écarter, car c'est toi
qui m'enseignes.
103 - Qu'elle est douce à mon palais, ta promesse : le miel a moins
de saveur dans ma bouche !
104 - Tes préceptes m'ont donné l'intelligence : je hais tout
chemin de mensonge.
NU - La lampe de ma route
105 - Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route.
106 - Je l'ai juré, je tiendrai mon serment, j'observerai tes justes
décisions.
107 - J'ai vraiment trop souffert, Seigneur ; fais-moi vivre selon ta parole.
108 - Accepte en offrande ma prière, Seigneur : apprends-moi tes décisions.
109 - A tout instant j'expose ma vie : je n'oublie rien de ta loi.
110 - Des impies me tendent un piège : je ne dévie pas de tes
préceptes.
111 - Tes exigences resteront mon héritage, la joie de mon cœur.
112 - Mon cœur incline à pratiquer tes commandements : c'est à jamais
ma récompense.
SAMECH - J'aime, j'espère
113 - Je hais les cœurs partagés ; j'aime ta loi.
114 - Toi, mon abri, mon bouclier ! j'espère en ta parole.
115 - Ecartez-vous de moi, méchants : je garderai les volontés
de mon Dieu.
116 - Que ta promesse me soutienne et je vivrai : ne déçois pas
mon attente.
117 - Sois mon appui : je serai sauvé ; j'ai toujours tes commandements
devant les yeux.
118 - Tu rejettes ceux qui fuient tes commandements : leur ruse les égare.
119 - Tu mets au rebut tous les impies de la terre ; c'est pourquoi j'aime
tes exigences.
120 - Ma chair tremble de peur devant toi : tes décisions m'inspirent
la crainte.
AFIN - Il est temps que tu agisses
121 - J'ai agi selon le droit et la justice : ne me livre pas à mes
bourreaux.
122 - Assure le bonheur de ton serviteur : que les orgueilleux ne me tourmentent
plus !
123 - Mes yeux se sont usés à guetter le salut et les promesses
de ta justice.
124 - Agis pour ton serviteur selon ton amour, apprends-moi tes commandements.
125 - Je suis ton serviteur, éclaire-moi : je connaîtrai tes exigences.
126 - Seigneur, il est temps que tu agisses : on a violé ta loi.
127 - Aussi j'aime tes volontés, plus que l'or le plus précieux.
128 - Je me règle sur chacun de tes préceptes, je hais tout chemin
de mensonge.
PHÉ - Ta parole illumine
129 - Quelle merveille, tes exigences, aussi mon âme les garde !
130 - Déchiffrer ta parole illumine, et les simples comprennent.
131 - La bouche grande ouverte, j'aspire, assoiffé de tes volontés.
132 - Aie pitié de moi, regarde-moi : tu le fais pour qui aime ton nom.
133 - Que ta promesse assure mes pas : qu'aucun mal ne triomphe de moi !
134 - Rachète-moi de l'oppression des hommes, que j'observe tes préceptes.
135 - Pour ton serviteur que ton visage s'illumine : apprends-moi tes commandements.
136 - Mes yeux ruissellent de larmes car on n'observe pas ta loi.
ÇADÉ - Vérité, ta loi
137 - Toi, tu es juste, Seigneur, tu es droit dans tes décisions.
138 - Tu promulgues tes exigences avec justice, avec entière fidélité.
139 - Quand mes oppresseurs oublient ta parole, une ardeur me consume.
140 - Ta promesse tout entière est pure, elle est aimée de ton
serviteur.
141 - Moi, le chétif, le méprisé, je n'oublie pas tes
préceptes.
142 - Justice éternelle est ta justice, et vérité, ta
loi.
143 - La détresse et l'angoisse m'ont saisi ; je trouve en tes volontés
mon plaisir.
144 - Justice éternelle, tes exigences ; éclaire-moi, et je vivrai.
QOPH - J'appelle : tu es proche
145 - J'appelle de tout mon cœur : réponds-moi ; je garderai tes
commandements.
146 - Je t'appelle, Seigneur, sauve-moi ; j'observerai tes exigences.
147 - Je devance l'aurore et j'implore : j'espère en ta parole.
148 - Mes yeux devancent la fin de la nuit pour méditer sur ta promesse.
149 - Dans ton amour, Seigneur, écoute ma voix : selon tes décisions
fais-moi vivre !
150 - Ceux qui poursuivent le mal s'approchent, ils s'éloignent de ta
loi.
151 - Toi, Seigneur, tu es proche, tout dans tes ordres est vérité.
152 - Depuis longtemps je le sais : tu as fondé pour toujours tes exigences.
RESH - Fais-moi vivre
153 - Vois ma misère : délivre-moi ; je n'oublie pas ta loi.
154 - Soutiens ma cause : défends-moi, en ta promesse fais-moi vivre
!
155 - Le salut s'éloigne des impies qui ne cherchent pas tes commandements.
156 - Seigneur, ta tendresse est sans mesure : selon ta décision fais-moi
vivre !
157 - Ils sont nombreux mes persécuteurs, mes oppresseurs ; je ne dévie
pas de tes exigences.
158 - J'ai vu les renégats : ils me répugnent, car ils ignorent
ta promesse.
159 - Vois combien j'aime tes préceptes, Seigneur, fais-moi vivre selon
ton amour !
160 - Le fondement de ta parole est vérité ; éternelles
sont tes justes décisions.
SHIN - La paix de qui aime ta loi
161 - Des grands me persécutent sans raison ; mon cœur ne craint
que ta parole.
162 - Tel celui qui trouve un grand butin, je me réjouis de tes promesses.
163 - Je hais, je déteste le mensonge ; ta loi, je l'aime.
164 - Sept fois chaque jour, je te loue pour tes justes décisions.
165 - Grande est la paix de qui aime ta loi ; jamais il ne trébuche.
166 - Seigneur, j'attends de toi le salut : j'accomplis tes volontés.
167 - Tes exigences, mon âme les observe : oui, vraiment, je les aime.
168 - J'observe tes exigences et tes préceptes : toutes mes voies sont
devant toi.
TAW - Viens chercher ton serviteur
169 - Que mon cri parvienne devant toi, éclaire-moi selon ta parole,
Seigneur.
170 - Que ma prière arrive jusqu'à toi ; délivre-moi selon
ta promesse.
171 - Que chante sur mes lèvres ta louange, car tu m'apprends tes commandements.
172 - Que ma langue redise tes promesses, car tout est justice en tes volontés.
173 - Que ta main vienne à mon aide, car j'ai choisi tes préceptes.
174 - J'ai le désir de ton salut, Seigneur : ta loi fait mon plaisir.
175 - Que je vive et que mon âme te loue ! Tes décisions me soient
en aide.
176 - Je m'égare, brebis perdue : viens chercher ton serviteur. Je n'oublie
pas tes volontés.
C’est la plus longue réflexion d’un psalmiste qui nous
ait été gardée (176 versets). Et toute cette réflexion
s’est faite sur la Loi. On ne dira jamais assez combien la Torah a dominé la
Bible, c’est-à-dire la Parole de Dieu.
De quoi s’agit-il ? Lorsqu’on parle de Torah, généralement,
on pense à son “caractère juridique”. Il s’agit
avant tout d’un enseignement, un enseignement qui exprime la volonté de
Dieu, cette volonté à laquelle Jésus lui-même était
lié profondément : « que ta volonté soit faite ».
Torah et volonté divine forment un couple d’unité parfaite.
Dès lors, pour faire comprendre qu’il s’agit bien de la
volonté divine lorsqu’on parle de Loi, le psalmiste a essayé de
bien déplier cette volonté divine. Il l’a fait par une
litanie de mots impressionnante (une centaine), chacun donnant une nuance à l’autre,
et cependant, chacun répétant l’autre. Depuis le mot ‘conduite’ (volonté divine),
en passant par ‘parole de Dieu’ (volonté divine), ‘précepte’, ‘principe’, ‘commandements’,
etc. Toutes les appellations de la Loi sont tournées vers la volonté divine.
L’oublier, c’est ne rien comprendre à ce long psaume. Il
peut paraître ennuyeux, en réalité, il ne fait que répéter
la même chose. Celui qui ne fixe pas son esprit sur : « Que ta
volonté soit faite » ne peut rien rapporter de ce psaume. Le psalmiste
a mis en valeur ce procédé (répétition sans répétition)
pour apprivoiser notre esprit à l’immensité de la grandeur, à la
puissance de la volonté divine. Un tel apprivoisement ne devrait pas
nous échapper.
Psaume 77
Réflexion sur la bienveillance divine
1 - Ecoute ma loi, ô mon peuple, tends l'oreille aux paroles de ma bouche.
2 - J'ouvrirai la bouche pour une parabole, je publierai ce qui fut caché dès
l'origine.
3 - Nous avons entendu et nous savons ce que nos pères nous ont raconté ;
4 - nous le redirons à l'âge qui vient, sans rien cacher à nos
descendants :
les titres de gloire du Seigneur, sa puissance et les merveilles qu'il a faites.
5 - Il fixa une règle en Jacob, il établit en Israël une
loi,
loi qui ordonnait à nos pères d'enseigner ces choses à leurs
fils,
6 - pour que l'âge suivant les connaisse, et leur descendance à venir.
Qu'ils se lèvent et les racontent à leurs fils
7 - pour qu'ils placent en Dieu leur espoir et n'oublient pas les exploits
du Seigneur
mais observent ses commandements.
8 - Qu'ils ne soient pas, comme leurs pères, une génération
indocile et rebelle,
génération de cœurs inconstants et d'esprits infidèles à Dieu.
9 - Les fils d’Ephraïm, archers d'élite, se sont enfuis,
le jour du combat :
10 - ils n'ont pas gardé l'alliance de Dieu, ils refusaient de suivre
sa loi ;
11 - ils avaient oublié ses exploits, les merveilles dont ils furent
les témoins.
12 - Devant leurs pères il accomplit un miracle en Egypte, au pays de
Tanis :
13 - il fend la mer, il les fait passer, dressant les eaux comme une digue
;
14 - le jour, il les conduit par la nuée et la nuit, par la lumière
d'un feu.
15 - Il fend le rocher du désert, les désaltère aux eaux
profondes ;
16 - de la roche, il tire des ruisseaux qu'il fait dévaler comme un
fleuve.
17 - Mais ils péchaient encore contre lui, dans les lieux arides ils
bravaient le Très-Haut ;
18 - ils tentaient le Seigneur dans leurs cœurs, ils réclamèrent
de manger à leur faim.
19 - Ils s'en prennent à Dieu et demandent :«Dieu peut-il apprêter
une table au désert ?
20 - Sans doute, il a frappé le rocher : l'eau a jailli, elle coule à flots
!
Mais pourra-t-il nous donner du pain et procurer de la viande à son
peuple ? »
21 - Alors le Seigneur entendit et s'emporta, il s'enflamma de fureur contre
Jacob,
sa colère monta contre Israël.
22 - Car ils n'avaient pas foi en Dieu, ils ne croyaient pas qu'il les sauverait.
23 - Il commande aux nuées là-haut, il ouvre les écluses
du ciel :
24 - pour les nourrir il fait pleuvoir la manne, il leur donne le froment du
ciel ;
25 - chacun se nourrit du pain des Forts, il les pourvoit de vivres à satiété.
26 - Dans le ciel, il pousse le vent d'est et lance le grand vent du midi.
27 - Sur eux il fait pleuvoir une nuée d'oiseaux, autant de viande que
de sable au bord des mers.
28 - Elle s'abat au milieu de leur camp tout autour de leurs demeures.
29 - Ils mangent, ils sont rassasiés, Dieu contentait leur envie.
30 - Mais leur envie n'était pas satisfaite, ils avaient encore la bouche
pleine,
31 - quand s'éleva la colère de Dieu :
il frappe les plus vaillants d'entre eux et terrasse la jeunesse d'Israël.
32 - Et pourtant ils péchaient encore, ils n'avaient pas foi en ses
merveilles.
33 - D'un souffle il achève leurs jours, et leurs années en un
moment.
34 - Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient, ils revenaient et se tournaient
vers lui :
35 - ils se souvenaient que Dieu est leur rocher, et le Dieu Très-Haut,
leur rédempteur.
36 - Mais de leur bouche ils le trompaient, de leur langue ils lui mentaient.
37 - Leur cœur n'était pas constant envers lui ; ils n'étaient
pas fidèles à son alliance.
38 - Et lui, miséricordieux, au lieu de détruire, il pardonnait
;
maintes fois, il retint sa colère au lieu de réveiller sa violence.
39 - Il se rappelait : ils ne sont que chair, un souffle qui s'en va sans retour.
40 - Que de fois au désert ils l'ont bravé, offensé dans
les solitudes !
41 - De nouveau ils tentaient Dieu, ils attristaient le Saint d'Israël.
42 - Ils avaient oublié ce jour où sa main les sauva de l'adversaire.
43 - Par ses signes il frappa l’Egypte, et le pays de Tanis par ses prodiges.
44 - Il transforme en sang l'eau des fleuves et les ruisseaux, pour qu'ils
ne boivent pas.
45 - Il leur envoie une vermine qui les ronge, des grenouilles qui infestent
tout.
46 - Il livre les récoltes aux sauterelles et le fruit de leur travail
aux insectes.
47 - Il ravage leurs vignes par les grêlons et leurs figuiers par le
gel.
48 - Il abandonne le bétail à la grêle et les troupeaux à la
foudre.
49 - Il lâche sur eux le feu de sa colère, indignation, fureur,
effroi, il envoie des anges de malheur.
50 - Il ouvre la route à sa colère, il abandonne leur âme à la
mort, et livre leur vie à la peste.
51 - Il frappe tous les fils aînés de l’Egypte, sous les
tentes de Cham, la fleur de sa race.
52 - Tel un berger, il conduit son peuple, il pousse au désert son troupeau.
53 - Il les guide et les défend, il les rassure ; leurs ennemis sont
engloutis par la mer.
54 - Il les fait entrer dans son domaine sacré, la montagne acquise
par sa main.
55 - Il chasse des nations devant eux, il délimite leurs parts d'héritage
et il installe sous leurs tentes les tribus d'Israël.
56 - Mais ils bravaient, ils tentaient le Dieu Très-Haut, ils refusaient
d'observer ses lois ;
57 - ils déviaient comme leurs pères, ils désertaient,
trahissaient comme un arc infidèle.
58 - Leurs hauts lieux le provoquaient, leurs idoles excitaient sa jalousie.
59 - Dieu a entendu, il s'emporte, il écarte tout à fait Israël
;
60 - il quitte la demeure de Silo, la tente qu'il avait dressée chez
les hommes ;
61 - il laisse capturer sa gloire, et sa puissance par des mains ennemies.
62 - Il livre son peuple à l'épée, contre son héritage,
il s'emporte :
63 - le feu a dévoré les jeunes gens, les jeunes filles n'ont
pas connu la joie des noces ;
64 - les prêtres sont tombés sous l'épée, les veuves
n'ont pas chanté leur lamentation.
65 - Le Seigneur, tel un dormeur qui s'éveille, tel un guerrier que
le vin ragaillardit,
66 - frappe l'ennemi à revers et le livre pour toujours à la
honte.
67 - Il écarte la maison de Joseph, ne choisit pas la tribu d'Ephraïm.
68 - Il choisit la tribu de Juda, la montagne de Sion qu'il aime.
69 - Il a bâti comme le ciel son temple ; comme la terre, il l'a fondé pour
toujours.
70 - Il choisit David son serviteur; il le prend dans les parcs à moutons
;
71 - il l'appelle à quitter ses brebis pour en faire le berger de Jacob,
son peuple, d'Israël, son héritage.
72 - Berger au cœur intègre, sa main prudente les conduit.
Nom de baptême : « les Folies de Dieu » ; « sa miséricorde
a toujours le dessus »
1/ Toile de fond. Il est rare qu’on porte intérêt à ce long psaume ennuyeux ; mais quand on le regarde de près, on voit le psalmiste réaliser une très fructueuse relecture de la vie d’Israël. Cette longue relecture se présente sous la forme de grands panneaux qui, tous, commencent par un relief à la fidélité d’Israël avec son Dieu ; ensuite un relief aux ruptures d’alliance que le peuple accomplit ; puis aux conséquences de ces ruptures : Dieu délaissé de son peuple le délaisse lui-même. Enfin c’est le retour du Seigneur avec son pardon qu’il ac-compagne de tout ce qu’il peut lui donner. Ce schéma se réalise sans cesse : Dieu recommence toujours à faire miséricorde. Dès lors, on peut appeler ce psaume : « les folies de Dieu ».
Regardons le plan de ce psaume :
L’introduction : « ce que nous avons entendu et appris, je vais
le publier, nous ne le laisserons pas ignorer à nos fils. Nous le raconterons ».
L’annonce de ce qui s’est passé (1-11).
La première folie (12-29) : les gestes de Dieu envers son Peuple, passage
de la mer et passage au désert (12-16) ; les infidélités
d’Israël, l’oubli des bienfaits de Dieu (17-20) ; au lieu
de punitions, Dieu comble son peuple, le rassasie. Sa vengeance, c’est
sa bonté, sa fidélité (21-29).
La deuxième folie (v. 30-42) : Israël n’est pas satisfait
des dons de Dieu. Il continue à s’éloigner : « leur
envie n’était pas satisfaite » (v. 30-31). « Mais
Dieu, au lieu de les détruire, leur pardonnait. Que de fois, il retient
sa colère ! » (v. 32-40).
La troisième folie (v. 43-72) : Dieu va même jusqu’à les
défendre contre leurs ennemis : « il conduit son peuple, le guide
et le rassure » (v. 43-51) ; mais Israël brave son Dieu, refuse
de suivre ses lois (v. 52-53). Dieu le délaisse pour un instant. Jeunes,
vieux, veuves et prêtres, Dieu les abandonne (v. 56-64), mais le Seigneur
s’éveille comme un dormeur, comme un guerrier que le vin secoue.
Il éloigne l’ennemi et comble Israël : choix de Juda, choix
de Sion et construction du Temple, choix de David et le nomme berger d’Israël
(v. 65-72).
La fidélité a pris le dessus. Mais oui ! Cette fidélité est
comme la folie de Dieu. Il y a quelque chose d’excessif dans cet amour.
Dieu ne peut lui résister. C’est vraiment l’amour de Dieu.
Psaume 127
Réflexion sur la famille
1 - Heureux qui craint le Seigneur et marche selon ses voies !
2 - Tu te nourriras du travail de tes mains : Heureux es-tu ! A toi le bonheur
!
3 - Ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table, comme des plants d'olivier.
4 - Voilà comment sera béni l'homme qui craint le Seigneur.
5 - De Sion, que le Seigneur te bénisse ! Tu verras le bonheur de Jérusalem
tous les jours de ta vie,
6 - et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël !
Nom de baptême : Regarde bien : c’est la famille qui crée
le vrai bonheur,
celui qui dure, et celui qui peut remplir une vie
1/ Toile de fond. C’est sur le bonheur familial que le psalmiste veut clore sa réflexion. La famille est pour lui autrefois comme pour nous, aujourd’hui, le cœur de notre histoire. Certes, on peut avoir d’autres centres de bonheur, mais c’est bien le bonheur en famille qui, dans l’ensemble, l’emporte sur tous les autres.
Ainsi le psaume se déplie avec une image centrale, la table familiale (v. 1-4), puis une prière, la bénédiction de la famille (v. 5-6).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Il aurait été étonnant
que le bonheur familial ne soit pas l’une des préoccupations majeures
du psalmiste. Cette grande réalité vitale ne pouvait lui échapper.
Et pour insister fortement sur ce bonheur, il va mettre au cœur de sa
description une seule image, celle de la table. C’est vrai. La table
est bien le lieu suprême de bonheur autour de laquelle tous, parents,
grands-parents, enfants se retrouvent. On comprend dès lors ces rassemblements
dominicaux que l’on connaît bien pour y avoir tous goûté.
Les enfants y sont présentés comme des plants d’olivier
autour de la table. Ces plants d’olivier étaient greffés
sur le tronc pour donner des arbres de valeur. Le psalmiste regarde le couple,
l’homme qui marche sur la route du Seigneur, son épouse laborieuse
qui règne sur la maisonnée, et il en conclut qu’une bonne
greffe, comme celle des oliviers, c’est cela, le bonheur familial qu’on
peut en espérer, cette joie et cette sérénité qu’on
en attend (v. 2-4).
Le psalmiste désire si ardemment ce bonheur familial qu’il s’adresse à son
Dieu dans une prière suppliante : « que le Seigneur te bénisse »,
c’est-à-dire qu’il soit à ton service
(v. 5-6), qu’il soit plein d’attention pour toi, pour que la greffe
soit bonne.
Alors tu auras le bonheur, tous les jours de ta vie, ainsi que tes petits-enfants
(les enfants de tes enfants).
* Sur le clavier christique. Le Christ n’a pas hésité à mettre en pleine lumière les réelles difficultés du mariage. Il l’a fait par ce récit bien connu, mais pas assez pris à la lettre (Mt 19). Les pharisiens veulent le tenter, et lui montrer la contradiction qu’il y a entre le vouloir divin : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare point » et la permission de Moïse de délivrer un acte de divorce et répudier : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse a permis de renvoyer vos épouses. Au début, il n’en était pas ainsi ». Ses disciples comprennent bien les paroles du Christ et s’écrient tous ensemble : « Si telle est la conduite de l’homme avec sa femme, mieux vaut ne pas se marier ». Ils saisissent fort bien les difficultés du mariage.
* Sur le clavier ecclésial. Quand nous regardons l’histoire de
toute l’Eglise, d’abord nous voyons qu’elle a mis au centre
de sa prière, celle du milieu du jour (sexte), ce psaume familial ;
c’est significatif : la famille est bien au centre de toute l’histoire.
De plus, par la façon dont Jean-Paul II a insisté dans toute
son œuvre sur la famille (« la famille est l’avenir de l’humanité »),
nous pouvons comprendre la valeur de ce psaume 127, et la lumière qu’il
jette sans cesse sur cette grande réalité qui est au cœur
de la vie humaine.
Nous pouvons, sans crainte, utiliser pour elle ce que le cardinal Saliège
osait dire pour tout acte humain et donc à plus forte raison familial
: « nos actes ont une portée universelle, même les plus
humbles. Ils ont un retentissement certain dans le monde des âmes et
aussi dans le monde des corps».
Conclusion sur l’école de la sagesse dans les psaumes ou école de la réflexion
Les psaumes, qui sont le miroir de la vie de l’humanité, nous montrent quels sujets variés ont été l’objet de la réflexion des psalmistes. Nous en avons entrevus quelques-uns : les richesses, les juges, la loi, la solidarité, c’est-à-dire le vivre ensemble, Jérusalem, grande cité de Dieu, la miséricorde inlassable du Seigneur etc. Il y en a beaucoup d’autres. Toutes les grandes réalités de la vie ont défilé devant les yeux des psalmistes. Quelles richesses ! Le psautier est un grand livre qui ne déçoit pas celui qui veut le prendre en mains.
Une grande partie d’Israël montait chaque année à Jérusalem
pour les grandes fêtes, principalement pour Pâques, la grande fête,
qui dominait les autres. Pour ces pèlerinages, pour la liturgie juive,
Israël avait composé des chants adaptés. On les appelait
les « chants des montées ». Dans le psautier lui-même,
on en a choisi quelques-uns, probablement les meilleurs, du moins les plus
appréciés : une quinzaine, de 120 à 134 ; ces psaumes
témoignent d’une véritable école. Elle devait être
très vivante. C’était une source de valeur. C’est
le petit nombre qui a été conservé.
Pour bien présenter cette école, nous avons choisi nous-mêmes
des psaumes chefs de file : les psaumes 121, 120, 128, 129.
1 - Quelle joie quand on m'a dit : «nous irons à la maison du
Seigneur !»
2 - Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem !
3 - Jérusalem, te voici dans tes murs : ville où tout ensemble
ne fait qu'un !
4 - C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur,
là qu'Israël doit rendre grâce au nom du Seigneur.
5 - C'est là le siège du droit, le siège de la maison
de David.
6 - Appelez le bonheur sur Jérusalem : «paix à ceux qui
t'aiment !
7 - Que la paix règne dans tes murs, le bonheur dans tes palais ! »
8 - A cause de mes frères et de mes proches, je dirai : «paix
sur toi !»
9 - à cause de la maison du Seigneur notre Dieu, je désire ton
bien.
Nom de baptême : Jérusalem ! Notre pèlerinage bat son plein, nous voici devant tes murs !
1/ Toile de fond. Le psaume 121, c’est le psaume qui exprime le mieux cette marche et cette montée vers Jérusalem. C’est le psaume que ces pèlerins, ces « touristes de Dieu » (P. Vinatier), devaient chanter avec cœur en arrivant à la Ville sainte : « quelle joie, quand on m’a dit : ‘nous irons à la maison du Seigneur’ » (v. 1). Et le voilà arrivé ! « Maintenant notre marche prend fin devant tes portes, Jérusalem ! »
Les différentes étapes se succèdent : la joie du départ pour Jérusalem (v. 1), l’arrivée, l’admiration, le saisissement (v. 2-3) ; la rencontre des autres tribus, grand rassemblement (v. 4) ; les fruits du pèlerinage : le droit, le bonheur, la paix (v. 5-7). Puis vient la prière finale et souhaits les plus forts : paix et bien (v. 8).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. La joie des pèlerins (v. 1), au
départ vers Jérusalem, n’a pas besoin d’être
décrite. Tout de suite, elle envahit le pèlerin. Ce n’est
pas un rêve. Le psalmiste et tout le peuple, avec quelques mots, nous
le font ressentir.
L’arrivée comble l’assemblée. Comme c’est vrai
! Cette vue sur Jérusalem, quand on la découvre, avec ses murs,
formant un tout bien uni, nous plonge dans un état difficile à décrire,
mais où chacun le ressent jusqu’au profond de l’âme.
Cette arrivée ! Jamais nous ne l’aurions entrevue ainsi (v. 2-3).
La rencontre des autres tribus amplifie cette joie (v. 4). C’est tout
un peuple en liesse.
Dès lors, le pèlerin est envahi par les dons de Dieu : le droit
le met sur le chemin intérieur, le bonheur le saisit partout, et la
paix surtout envahit tout son être (v. 3-7)
Mais c’est la paix qui domine. Israël a tellement souffert dans
son passé. Il lui faut ce don. Cette paix sur ces milliers de marcheurs
est un des grands fruits du pèlerinage. N’est-ce pas un peu oublié,
de nos jours ? Alors qu’Israël, peuple tiraillé de partout,
en faisait le climat de sa vie.
* Sur le clavier christique. Jésus lui-même a communié à cette joie des pèlerinages. Il sait par expérience ce qu’il en est et il le proclame, principalement lorsqu’il entrevoit la chute de Jérusalem. Il est accablé à la perspective de la ruine de la Ville sainte : « Voyez, maître, lui dit un de ces disciples. Voyez quelles formes et quelles constructions ! » « Tu vois ces grandes constructions. Il n’en restera pas pierre sur pierre, qui ne soit renversée » (Mc 13,1-3). « Et comme il approchait de la cité, à sa vue, il se mit à pleurer sur elle ». Il y avait dans le Christ un amour débordant pour la Ville sainte. Il aimait Jérusalem. La joie l’envahissait lorsqu’il la regardait ou qu’il y vivait.
* Sur le clavier de l’Eglise. C’est Paul qui a donné pleine
lumière à ce psaume. En entrevoyant l’Eglise à travers
Jérusalem et en l’admirant, il a fait comprendre ce qu’elle était
réellement, c’est-à-dire source de paix, de bonheur, de
droiture. Il suffit de lire les Epîtres aux Colossiens et aux Ephésiens
pour comprendre qu’elle est, encore plus que Jérusalem, « lieu
de la paix » et « lieu de charité », mais qu’elle
est surtout source « de joie », lorsqu’elle se rassemble
les dimanches et en différents coins de la terre, à certaines
occasions. Jean-Paul II l’a bien compris et il essaie de nous le faire
comprendre.
Psaume 120
1 - Je lève les yeux vers les montagnes : d'où le secours me
viendra-t-il ?
2 - Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
3 - Qu'il empêche ton pied de glisser, qu'il ne dorme pas, ton gardien.
4 - Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d'Israël.
5 - Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur ton ombrage, se tient près
de toi.
6 - Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, ni la lune, durant la
nuit.
7 - Le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie.
8 - Le Seigneur te gardera, au départ et au retour, maintenant, à jamais.
Nom de baptême : Dieu, grand veilleur : « Je suis toujours avec vous, jusqu’au bout »
1/ Toile de fond. Voici la prière centrale du pèlerinage : prière à Dieu, le gardien d’Israël. C’est un psaume-type de l’école de la présence de Dieu.
Deux parties se répondent : une question et une réponse (v. 1-2), puis le dépliement de la réponse, résumée en quelques mots, images (v. 3-8) : Dieu ne cesse d’envelopper de son regard bienveillant celui qui élève les yeux vers Lui.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Le psaume 120 occupe une place centrale
dans l’œuvre psalmique. Même s’il paraît très
court, ce psaume est un psaume-clef. Dieu est toujours là : il ne peut
pas s’endormir, il est le gardien permanent d’Israël.
Tout commence par une question : « D’où me viendra le secours
? » (v. 1). Cette question souligne avec quelle psychologie le psalmiste
sait mettre en lumière le visage de Dieu, ou, du moins, le trait essentiel
de son visage : sa présence. Il est marqué par le nom de Dieu
: Yahvé, c’est-à-dire "Je suis là, toujours
là". Et c’est par une question percutante qu’il veut
en être pleinement conscient. D’où me viendra le secours
? La réponse va lui permettre d’expliciter sa pensée. Il
la résume en une image unique : Dieu veilleur. Il ne dort jamais.
C’est tout dire sur sa providence enveloppante. Le psalmiste nous la
décrit en des termes saisissants : Dieu empêche de glisser dans
les endroits dangereux. Dieu est un ombrage merveilleux ; le soleil, le jour,
la lune, la nuit, ne peuvent pas lutter contre lui. Dieu éloigne tout
mal ; au départ de toute marche il est là, et au retour aussi,
en ce moment présent, et dans tout instant d’avenir.
Un des frères du psalmiste a composé, lui aussi, une œuvre
identique, c’est le psaume 138. Il est bon de les comparer : « Tu
me scrutes, Seigneur. Tu sais quand je m’assois, et quand je me lève.
[...] Que je marche ou me repose, tu me vois. [...] Tu me devances, tu me poursuis,
tu m’enserres, tu as mis la main sur moi. [...] »
* Sur le clavier christique et évangélique. Jésus a repris ce psaume et l’a résumé en une phrase que les chrétiens ne peuvent pas ne pas réaliser ; c’est sa dernière phrase sur terre, et c’est en cela qu’elle prend toute sa valeur : « Je suis avec vous, toujours, jusqu’à la fin des siècles ». Peut-on trouver mieux pour résumer ce psaume 120 ?
* Sur le clavier ecclésial. L’Eglise nous fait communier à ce
gardien, veilleur permanent de toute vie de chacun et de la vie de l’humanité toute
entière, par un refrain très connu, trop connu, dont l’habitude
diminue la force de pénétration : « Gloire à Dieu,
Père, Fils, et Esprit Saint qui vit et règne avec nous, maintenant
et toujours ».
Psaume 128
1 - Que de mal ils m'ont fait dès ma jeunesse, à Israël
de le dire
2 - que de mal ils m'ont fait dès ma jeunesse : ils ne m'ont pas soumis
!
3 - Sur mon dos, des laboureurs ont labouré et creusé leurs sillons
;
4 - mais le Seigneur, le juste, a brisé l'attelage des impies.
5 - Qu'ils soient tous humiliés, rejetés, les ennemis de Sion
!
6 - Qu'ils deviennent comme l'herbe des toits, aussitôt desséchée
!
7 - Les moissonneurs n'en font pas une poignée, ni les lieurs une gerbe,
8 - et les passants ne peuvent leur dire : «la bénédiction
du Seigneur soit sur vous !»
Au nom du Seigneur, nous vous bénissons.
Nom de baptême : un nom à retenir et il suffit : Dieu est fort
1/ Toile de fond. L’auteur du psaume 128, tout en marchant, ne peut pas ne pas revoir son passé. Il s’est trouvé labouré comme une charrue, et dans son âme, et dans son esprit, et dans son corps mais son Dieu a triomphé de ses ennemis, comme le soleil le fait pour l’herbe des toits. Le psalmiste contemple son Dieu vainqueur.
Après l’introduction : « Il m’ont bien fait beaucoup de mal mais nous serons vainqueurs » (v. 1-2), trois parties se succèdent, éclairées par trois images caractéristiques : j’ai été labouré comme par une charrue, mais eux ont eu leur attelage brisé (v. 4), et surtout, ils ont disparu comme l’herbe du toit sous le soleil brûlant (v. 5-8). Il n’en reste rien, même pas une petite gerbe.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Un psalmiste songe aux épreuves
que ses ennemis lui ont fait subir dans le passé. Ce fut comme si une
charrue avait labouré son dos. Image très évocatrice.
Il y a eu comme des sillons qui ont été creusés et qui
sont restés comme preuves de ces tortures physiques, morales et spirituelles.
Les traces sont encore là ; ce fut très dur. Le psalmiste en
ressent encore, pour ainsi dire, toute la souffrance (v. 3).
Mais Dieu veillait. Il a arrêté l’épreuve. “L’attelage” des
ennemis (deuxième image) a été brisé. Les traits
du joug posé sur la tête du psalmiste ont été taillés
en pièces. Il n’en reste presque plus rien. C’est ce qu’exprime
la troisième image, celle de l’herbe des toits qui brûle
sous le soleil. Elle ne résiste pas. Il n’en reste même
pas une moindre gerbe dans les bras du moissonneur. Voilà ce que Dieu
fait pour ceux qui ont tant écrasé ses amis et labouré leur
corps, leur esprit et leur âme. Dieu prend son temps.
* Sur le clavier christique. Jésus a été labouré par ses ennemis (fouetté, couronné d’épines, coups par tout le corps). Il sait par expérience relire ce psaume. Il le revit pleinement. Jésus a brisé les liens du joug qui le tenait attaché. Le troisième jour, ce fut le grand jour. Jésus a laissé sans vie cette herbe fine qui semblait verdir entre deux tombes. « J’ai vaincu le monde ». Comme ce fut vrai ! Et comme c’est encore vrai !
* Sur le clavier ecclésial. Quelquefois, l’Eglise est tellement “labourée” un
peu partout, que les mots du psalmiste nous paraissent vraiment d’actualité.
Saint Paul nous le rappelle : « J’ai reçu cinq fois les
39 coups de fouet ». Mais l’Eglise sait se dégager du joug
qu’on lui impose ; elle sait reprendre sa liberté ; elle sait
aussi empêcher de reverdir l’herbe fine qui voudrait dominer car
elle est l’Eglise de Dieu. Elle ne craint rien sur nos routes humaines.
Psaume 129
1 - Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur,
2 - Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive
au cri de ma prière !
3 - Si tu retiens les fautes, Seigneur, Seigneur, qui subsistera ?
4 - Mais près de toi se trouve le pardon pour que l'homme te craigne.
5 - J'espère le Seigneur de toute mon âme ; je l'espère,
et j'attends sa parole.
6 - Mon âme attend le Seigneur plus qu'un veilleur ne guette l'aurore.
Plus qu'un veilleur ne guette l'aurore,
7 - attends le Seigneur, Israël. Oui, près du Seigneur est l'amour;
près de lui, abonde le rachat.
8 - C'est lui qui rachètera Israël de toutes ses fautes.
Nom de baptême : « Je mets mon espoir dans le Seigneur.
Je suis sûr de sa miséricorde en face de mon péché »
1/ Toile de fond. Sur cette montée vers Jérusalem, le pèlerin ne peut pas, à un certain moment de sa route, ne pas “peser” son péché. Un pèlerinage, c’est toujours un regard sur soi-même : « si tu veux tenir compte de mes fautes, Seigneur, qui pourra tenir ? »
Le plan du psaume se dégage ainsi : un cri d’espérance (v. 1-2), puis l’espérance dans le pardon de Dieu (v. 3-5) ; ensuite cette espérance se traduit par une image centrale : celle du veilleur qui termine sa nuit et attend l’aurore avec impatience (v. 6-7) ; enfin cette espérance en Dieu est inséparable de l’amour que Dieu nous porte. Les racines de l’espérance sont plantées dans l’amour que le Seigneur a pour nous (v. 8).
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Tout en regardant son péché,
c’est une méditation très intense que le psalmiste réalise
sur l’espérance en la miséricorde divine. Il en analyse
le visage. Et c’est l’image du guetteur à l’aurore
du jour qui va lui permettre de le comprendre et de le présenter.
Mais le psalmiste va plus loin, il nous emmène jusqu’aux racines
de l’espérance : c’est l’amour de Dieu pour chacun
de nous. Si Dieu nous aime, l’espérance, suivant le mot très
fort de saint Paul, « ne nous décevra jamais ». Il faut
aller jusqu’à cette profondeur pour saisir vraiment ce qu’est
l’espérance.
* Sur le clavier christique. Jésus s’est donné un titre pour résumer le psaume 129 : c’est celui de Sauveur. On aura toujours de la peine à en saisir pleinement le contenu, car il s’agit d’un salut plénier, et sur le plan spirituel et sur le plan corporel, et sur le plan individuel, et sur le plan social. Sauveur ! Ce titre donne à l’espérance un fondement puissant et sûr. « Il vous est né un Sauveur », cette parole évangélique doit sans cesse résonner en nous.
* Sur le clavier ecclésial. C’est tout le Credo qui fonde notre
espérance. Toutes les différentes affirmations qui le composent éclairent
notre psaume. Dieu, son Fils, l’Esprit, l’Eglise, y apparaissent
vraiment comme ce qui assoit notre veille, lui donne toute sa puissance, et
empêche tous les doutes de nous atteindre.
Conclusion
Nous nous contenterons de ces quelques psaumes des montées pour reconnaître
que cette école des pèlerinages a marqué profondément
Israël. Ce n’était pas de la prière “en passant”,
mais ce long séjour au centre du pays, Jérusalem, marquait intensément
le peuple de Dieu. Tout à son Dieu pendant huit jours, quinze jours
et plus, c’était une véritable retraite spirituelle annuelle,
dont on a de la peine à entrevoir tous les fruits qui y sont donnés.
6EME ECOLE : L’ATTENTE MESSIANIQUE
Au cours de son chemin historique, Israël a fait l’expérience
concrète de la présence de Dieu dans sa vie. Mais, peu à peu,
le sentiment de cette présence baisse d’intensité, engendrant
même l’indifférence : « Où est-il ton Dieu
? » Il fallait ranimer la flamme. Ce furent les prophètes, les
sages et les psalmistes qui s’en chargèrent ce trio exceptionnel
qui va la remettre en selle et qui va ranimer fortement l’espérance.
Comment vont-ils le faire ? Ils vont choisir un intermédiaire entre
Dieu et les hommes : le roi. Celui-ci, plus visible que Dieu sur le plan humain,
va devenir le lieutenant (tenant lieu de Dieu) un des grands et vrais signes
de Dieu lui-même, suivant l’authenticité de son action et
de son être, ou au contraire un signe quelconque, bien léger,
mauvais même, suivant ce qu’il fait et ce qu’il nous entraîne à faire.
Ce signe “royal” allait jouer un grand rôle : les rois David,
Ezéchias et Josias vont dominer les autres rois. Ils forment un trio
impressionnant. Ils maintiennent le messianisme royal, coûte que coûte.
Mais les rois, à leur tour, même secoués par un messianisme
de valeur, comme David, Ezéchias et Josias, perdent de leur élan,
ainsi que leur action messianique.
Dès lors, on passa à un autre messianisme, celui des prophètes.
Ce messianisme prophétique, maintenu par les quatre grands prophètes
et les douze petits prophètes, était plus vigoureux que celui
des rois, plus combattant et plus durable. L’espérance gardait
son souffle (voir Jérémie).
Mais ce messianisme prophétique avait besoin, lui-même, d’être
plus enraciné spirituellement, de véhiculer une expérience
plus vraie et plus divine. Ce messianisme avait besoin d’être un
messianisme plus spirituel. Et pour cela, de mettre le Christ, Fils, de Dieu,
l’Oint de Dieu, au cœur de sa vie, de sa pensée et de son
action.
Les psalmistes vont collaborer à cette œuvre. Dans quelques-uns
de leurs chants, ils font passer ce messianisme spirituel et cette espérance
sans nuage. C’est ce que nous allons découvrir à travers
quelques-uns de leurs psaumes. L’école de l’attente messianique
prenait des assises très solides.
Comme psaumes chefs de file, nous allons choisir les psaumes 2 (filiation)
; 109 (sacerdoce) ; 44 (royauté).
1 - Pourquoi ce tumulte des nations, ce vain murmure des peuples ?
2 - Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent entre eux contre
le Seigneur et son messie :
3 - «faisons sauter nos chaînes, rejetons ces entraves ! »
4 - Celui qui règne dans les cieux s'en amuse, le Seigneur les tourne
en dérision ;
5 - puis il leur parle avec fureur, et sa colère les épouvante
:
6 - «moi, j'ai sacré mon roi sur Sion, ma sainte montagne.»
7 - Je proclame le décret du Seigneur ! Il m'a dit : «Tu es mon
fils ; moi, aujourd'hui, je t'ai engendré.
8 - Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la
terre tout entière.
9 - Tu les détruiras de ton sceptre de fer, tu les briseras comme un
vase de potier.»
10 - Maintenant, rois, comprenez, reprenez-vous, juges de la terre.
11 - Servez le Seigneur avec crainte, rendez-lui votre hommage en tremblant.
12 - Qu'il s'irrite et vous êtes perdus : soudain sa colère éclatera.
Heureux qui trouve en lui son refuge !
Nom de baptême : le Fils de Dieu, le Messie, a les mains pleines. Il
ne craint rien.
Il domine le monde. Il impose silence
1/ Toile de fond. C’est un psaume que chacun a proclamé souvent,
très souvent. Peut-être sans le relier assez à la grande
espérance qui bat dans notre cœur !
Ici, le psalmiste fait l’expérience d’une branle-bas mondial
(v.1) mais la sérénité de Dieu domine tout ce vacarme,
ainsi que celle de son Fils. L’expérience plonge ses racines dans
ce Dieu inébranlable qui a mis dans son Fils tout en mains, pour résister à tous
les assauts. On ne peut rien contre lui.
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Israël, après la naissance
de la royauté, c’est-à-dire vers l’an mille, se voit
dominé. « Brisons les entraves », c’est le cri des
opposants, des anti-Dieu.
Les réactions de Dieu ne se font pas attendre. Il sourit devant les
tumultes. Et surtout il donne tout pouvoir à son Fils (v. 6). « Je
l’ai sacré roi » (v. 6), « c’est mon Fils » (v.
7), « je lui donne tout en héritage » (v. 8), « je
lui donne un sceptre de fer » (v. 9). « Tu les briseras comme on
brise un vase de potier » (v. 9). « Gare à vous »,
juges ! (v. 10).
En lisant ce psaume, nous avons l’impression de puissance, surtout dans
le Fils, le Messie. C’est cet aspect que nous chantons dans ce psaume
: « Heureux qui servez Dieu ». « Il trouve en lui son refuge » (v.
12).
*Sur le clavier christique. Il nous faut réentendre ces mots pleins d’actualité : « Tu es mon Fils. Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré (donné la vie) (ma vie) ». Le Seigneur Dieu en effet met bien en relief les liens qu’il a avec le Christ, son Messie. Cette filiation, mise en relief par les mots : « Moi, mon Fils, aujourd’hui je t’ai engendré », soulignent très fortement ces liens de communion et d’intimité entre eux et par suite, entre eux et nous. Nous ne réfléchissons jamais assez sur ces liens qui éclairent sans cesse cette parole du Christ : « Que craignez-vous, hommes de peu de foi ? » (Mt 8,26).
* Sur le clavier ecclésial. Les forces anti-Christ contre l’Eglise
nous secouent quelquefois. Les Bêtes de l’Apocalypse qui se déchaînent.
Mais le Seigneur nous fait entendre par le psalmiste ce langage d’assurance
et de paix : « Rois de la terre, attention ! attention ! »
Psaume 109
1 - Oracle du Seigneur à mon Seigneur : «Siège à ma
droite,
et je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône ».
2 - De Sion, le Seigneur te présente le sceptre de ta force : «domine
jusqu'au cœur de l'ennemi».
3 - Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant
de sainteté :
«comme la rosée qui naît de l'aurore, je t'ai engendré ».
4 - Le Seigneur l'a juré dans un serment irrévocable :
«tu es prêtre à jamais» selon l'ordre du roi Melchisédek ».
5 - A ta droite se tient le Seigneur : il brise les rois au jour de sa colère.
6 - [Il juge les nations : les cadavres s'entassent ; il brise les chefs, loin
sur la terre.]
7 - Au torrent il s'abreuve en chemin, c'est pourquoi il redresse la tête.
Nom de baptême : « Tu es prêtre, pour toujours, et selon
l’ordre de Melchisédek »
1/ Toile de fond. Après avoir éclairé le Messie puissant, dominant les combats de la terre, le psalmiste va diriger nos yeux sur le Messie-prêtre. C’est le psaume 109. Il s’agit d’un vieux psaume où le Fils va être glorifié, certes pour sa puissance mais surtout pour son sacerdoce, c’est-à-dire pour l’offrande de lui-même, pour le sacrifice permanent de lui-même, en un mot pour l’amitié divine comme celle de Melchisédek. Non pour les liens extérieurs de la loi sacerdotale mais pour les liens de l’amour intenses et forts.
C’est le Messie victorieux qui est l’axe principal du psaume, en deux temps : Messie victorieux comme Roi (v. 1-3) et Messie victorieux comme prêtre (v. 4-7) .
2/ Relecture
* Sur le clavier de l’histoire. Pour traduire la victoire du Messie comme
roi, le psalmiste a imaginé que les ennemis du Messie lui font comme
un marchepied, c’est-à-dire présentent leur soumission
totale. Cette soumission est le point central de l’histoire du salut.
Pour traduire encore cette victoire du Messie, le psalmiste l’a imaginé « à la
droite du Seigneur ». La droite est un signe d’autorité indiscutable.
Pour traduire enfin cette victoire du Messie, on lui remet le sceptre de la
force, symbole facile à comprendre immédiatement. Ce portrait
du Messie victorieux est impressionnant. On saisit dès lors le relief
que prend le messianisme et l’espérance qui l’anime.
Le portrait du Messie-prêtre n’en est pas moins riche. D’abord,
sa sainteté a le dessus. Il en est éblouissant. Et comme la rosée
du matin au soleil levant, elle brille et elle éclate de partout (v.
3). De plus, il est déclaré « prêtre selon l’ordre
de Melchisédek ». Il n’a pas un sacerdoce transmissible
selon les lois naturelles de père à fils, mais selon les lois
de Dieu, uniques en leur genre, comme Melchisédek, transmises par Dieu
lui-même. C’est-à-dire dans toute sa richesse (v. 4). Enfin,
en chemin, jamais accablé, toujours il relève la tête (v.
7) et s’abreuve à l’eau pure du torrent. C’est le
modèle d’un sacerdoce toujours jeune, neuf et renouvelé : « Je
t’engendre ».
* Sur le clavier du Christ et de l’Evangile. « Es-tu roi ? » Cette question et la réponse, qui lui est adjacente, éclaire bien le psaume 109 (Lc 23,3-6). Jésus proclame lui-même sa royauté avec tout son contenu messianique (puissance, surtout et sainteté éblouissante, deux aspects très riches de Jésus Messie). C’est pourquoi il est glorifié par le Père : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore » (Jn 12,28). Je montrerai son poids de triomphe au peuple.
* Sur le clavier ecclésial. Après le Christ-Roi, c’est
le Christ Messie-prêtre qui va sans cesse être éclairé,
pour souligner ensemble une communion indicible (He 5 et 7) et un investissement
unique. Pour tous ceux qui sont prêtres comme Melchisédek, « le
Seigneur l’a juré, et il ne reviendra pas sur sa parole : ‘vous êtes
prêtres pour l’éternité’ ».
Cette alliance éternelle, l’Eglise la rappelle aux prêtres
surtout aux vêpres du dimanche. C’est un psaume dominical par excellence,
pour nous faire revivre cette intimité totale avec Jésus-Prêtre.
Nous y revivons pleinement notre sacerdoce. Nous le faisons encore pour Noël,
pour la Fête-Dieu, pour le Sacré-Coeur etc. C’est à cet
aspect que l’Eglise veut nous faire communier. Par ce psaume, notre sacerdoce
retrouve sa jeunesse et sa force (=prêtre selon Melchisédek).
Psaume 44
2 - D'heureuses paroles jaillissent de mon cœur quand je dis mes poèmes
pour le roi
d'une langue aussi vive que la plume du scribe !
3 - Tu es beau, comme aucun des enfants de l'homme, la grâce est répandue
sur tes lèvres :
oui, Dieu te bénit pour toujours.
4 - Guerrier valeureux, porte l'épée de noblesse et d'honneur
!
5 - Ton honneur, c'est de courir au combat pour la justice, la clémence
et la vérité.
6 - Ta main jettera la stupeur, les flèches qui déchirent ;
sous tes coups, les peuples s'abattront, les ennemis du roi, frappés
en plein cœur.
7 - Ton trône est divin, un trône éternel ; ton sceptre
royal est sceptre de droiture :
8 - tu aimes la justice, tu réprouves le mal.
Oui, Dieu, ton Dieu, t'a consacré d'une onction de joie, comme aucun
de tes semblables ;
9 - la myrrhe et l'aloès parfument ton vêtement. Des palais d'ivoire,
la musique t'enchante.
10 - Parmi tes bien-aimées sont des filles de roi ; à ta droite,
la préférée, sous les ors d'Ophir.
11 - Ecoute, ma fille, regarde et tends l'oreille ; oublie ton peuple et la
maison de ton père :
12 - le roi sera séduit par ta beauté. Il est ton Seigneur :
prosterne-toi devant lui.
13 - Alors, fille de Tyr, les plus riches du peuple, chargés de présents,
quêteront ton sourire.
14 - Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d'étoffes
d'or ;
15 - on la conduit, toute parée, vers le roi. Des jeunes filles, ses
compagnes, lui font cortège ;
16 - on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais
du roi.
17 - à la place de tes pères se lèveront tes fils ; sur
toute la terre tu feras d'eux des princes.
18 - Je ferai vivre ton nom pour les âges des âges : que les peuples
te rendent grâce, toujours, à jamais !
Nom de baptême : Contemplation de Dieu comme Epoux,
et de la Reine, comme future Eglise. Quel couple merveilleux !
Après le messianisme royal puissant, après le messianisme sacerdotal,
intime, voici le psaume 44 qui va nous entraîner dans le messianisme
ecclésial. Le Roi et la Reine qui sont là, devant nous, représentent
ce messianisme ecclésial, c’est-à-dire le Messie, époux
d’un peuple, celui d’Israël. Dieu en effet est souvent présenté comme
un époux se livrant tout entier par amour à son peuple (Is 54,5
; Os 2,18 ; Os 1-3). C’est la première étape du messianisme.
Dieu et son messie en Israël.
Ensuite, c’est Jésus-Christ lui-même qui devient Messie à son
tour, époux d’Israël. Jean-Baptiste le souligne très
fort (Jn 3,24) et en d’assez nombreuses occasions.
Enfin, c’est l’Eglise elle-même qui devient épouse
du Christ, comme le proclame l’Ancien Testament par la Reine (Ps 44),
comme le proclame si fort saint Paul : « maris, aimez avec tendresse
vos épouses, comme le Christ aime tendrement son Eglise » (Ep
5,25-33).
A cette troisième étape du messianisme peut s’ajouter une
quatrième étape. C’est le messianisme personnel. Chacun
devient véritable « Demeure de Dieu ».
Cette grande école messianique, avec ses quatre étapes bien visibles,
met un terme à ce grand courant d’attente. L’espérance
y trouve bien sa place. Elle l’anime et lui donne de l’élan,
un élan invisible mais bien ressenti dans tout l’être, l’être
personnel et l’être collectif.
CONCLUSION
Notre marche en avant est terminée. Sur cette longue route, nous avons
fait des rencontres de toutes sortes, fort instructives et fort enrichissantes.
Nous voilà maintenant avec un héritage confortable dans les mains,
et dans le cœur. Cet héritage, nous ne pouvons pas le laisser sans
le faire fructifier. Tous les jours, nous allons en relire une partie. Pour
quel profit ? Pour la satisfaction d’une règle ou pour maintenir
notre cœur au chaud ? Pour accomplir un devoir, pour lequel nous avons
pris engagement, un jour, ou pour écouter vraiment le dialogue que le
Seigneur engage avec nous ? Dieu nous parle : c’est le point essentiel,
et quand Dieu nous parle, c’est sérieux. Notre bréviaire,
livre de lectures, va-t-il désormais retrouver un air de jeunesse, qui
soit pour chacun un bon air à respirer ? C’est-à-dire un
air de vérité, si bienfaisant à notre cœur pris au
lacet des mensonges, un air de liberté, si nécessaire aujourd’hui
où nous nous laissons emprisonner par le monde ambiant, un air de fraternité
si utile pour sortir enfin de notre “moi,moi,moi”, et rencontrer
l’autre.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus est déclarée “Docteur
de l’Eglise”. Ce titre, elle l’a conquis surtout dans les
psaumes. Certes, à son époque elle n’avait pas d’outils
bien faits pour la former, mais elle avait les psaumes, lus et relus, ils ont
marqué son âme. Elle a été une des élèves
les plus assidus de la grande école psalmique. Nous savons que pas une
des lignes de son œuvre n’a subi, directement ou indirectement,
l’influence du psautier, si bien que l’on pourra dire, je crois, “L’Histoire
d’une âme”, c’est un peu l’histoire du psautier.
ANNEXE 1 : LES NOMS DE BAPTÊME DES PSAUMES
Ce sont comme des indicatifs très brefs mais qui nous mettent de suite en état de prière.
Ps 1 Choisir entre deux routes.
Ps 2 C’est moi, le Sauveur de tous, ne craignez rien. Je souris en face
de l’humanité.
Ps 3 « Je suis attaqué de partout, mais la main de Dieu est là ».
Ps 4 Qui me fera voir le vrai bonheur ?
Ps 5 Le mal fait mal à Dieu.
Ps 6 C’est trop, je n’en peux plus.
Ps 7 Dieu est le seul vrai juge. Je veux chanter sa justice.
Ps 8 La gloire de Dieu c’est l’homme vivant.
Ps 9 Elles se croient éternelles les civilisations mais elles sont toutes
mortelles un jour ou l’autre.
Ps 10 Dieu garde son calme en face du remue-ménage de l’humanité.
Ps 11 Finie la droiture ! Au secours !
Ps 12 Jusques-à quand m’oublier, Seigneur ?
Ps 13 Les athées s’acharnent contre Dieu, mais sa présence
est d’une certitude totale.
Ps 14 Que faut-il faire pour avoir la vie éternelle ? Aimer est la clef
qui ouvre tout le reste.
Ps 15 Dieu seul me suffit. Est-ce vrai ?
Ps 16 Garde-moi comme la prunelle de mon œil !
Ps 17 Seigneur ma citadelle, mon rocher, mon refuge. Tu mérites d’être
appelé ainsi car c’est vrai.
Ps 18 Première transfiguration ! A travers les cieux, Dieu montre son
visage : « Je suis la lumière, car je suis la vérité ».
Ps 19 La victoire nous est pleinement assurée, comme au roi fidèle.
Ps 20 Devant un vrai triomphe de notre Dieu.
Ps 21 Un doute sur Dieu. Pourquoi ? Hommes de peu de foi !
Ps 22 Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer.
Ps 23 Ouvrez les portes toutes grandes, il veut entrer, le Seigneur.
Ps 24 Je regarde vers le Haut, « vers toi, j’élève
mon âme ».
Ps 25 Lave-moi, Seigneur, de toutes mes fautes.
Ps 26 « Ma lumière et mon salut, mon rempart - C’est toi
Seigneur ».
Ps 27 « Ne ferme pas tes oreilles », Seigneur.
Ps 28 « C’est le Seigneur », l’orage, miroir de la
puissance divine.
Ps 29 Tu m’as délivré ! Tu m’as libéré !
Merci Seigneur.
Ps 30 « En tes mains, je remets mon esprit ».
Ps 31 J’ai confessé ma faute : je suis rempli de joie.
Ps 32 « Oui, sans moi, vous ne pouvez rien faire ».
Ps 33 « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ».
Ps 34 L’indifférence ne donne jamais la main à la justice.
Ps 35 En Dieu, toujours Vie, Lumière et Paix.
Ps 36 Les véritables ‘bienheureux’, où sont-ils ?
Cherche-les dans ceux qui vivent les Béatitudes !
Ps 37 Vite ! Au secours ! Dépêche-toi Seigneur ! Je n’en
peux plus !
Ps 38 Taisez-vous ! Mais il est dur de se taire au milieu des épreuves
qui vous brûlent.
Ps 39 « Je mets mon espoir dans le Seigneur ». S’abandonner,
c’est une voie très sûre.
Ps 40 « Ce que vous aurez fait à l’un de ces petits, c’est à moi
que vous l’aurez fait ». N’oubliez pas !
Ps 41 La soif de Dieu, à la manière d’un cerf altéré et
qui cherche.
Ps 42 La source est là toute proche pour étancher sa soif : c’est
le Temple.
Ps 43 Grande supplication de tout le peuple : nous sommes à plat, nous
mordons la poussière.
Ps 44 Contemplation de Dieu, comme époux, et de la Reine, comme future
Eglise.
Quel couple merveilleux !
Ps 45 Le Seigneur est notre citadelle. Cette citadelle est avec nous.
Ps 46 Tous les peuples, battez des mains pour notre Dieu, il règne sur
toutes les nations. « Sonnez pour votre Dieu, sonnez ».
Ps 47 Jérusalem, hier, aujourd’hui et demain, tu es la cité de
Dieu. Tu es le « Pôle du monde, l’inébranlable.
Ps 48 Un choix : les richesses ou Dieu ? Personne ne peut payer pour allonger
sa vie.
Ps 49 Reconnais-le : tout m’appartient, même le salut qui vous
est donné, et non acquis par vos propres forces.
Ps 50 Pitié pour moi ! Oui mon péché, je le connais.
Ps 51 Deux grandes routes, au choix : celle du perverti, celle de “l’émondé”,
et du “bien orienté”.
Ps 52 Ce Dieu, tu crois qu’il existe ?
Ps 53 Mon âme ne fait qu’un avec toi. J’ai pleine confiance
en toi.
Ps 54 Ami ! Seigneur tu l’es pour moi et tu le restes. Mais à côté,
il y a de nombreux traîtres
Ps 55 Avec Dieu et son Christ, de qui aurais-je crainte ?
Ps 56 Sécurité ! Sécurité ! Dieu est mon refuge
au milieu des dangers de toutes sortes.
Ps 57 Un jour, il y aura bien une justice. Dieu, le juste juge, ne s’en
laissera pas compter.
Ps 58 Je suis entouré de tentateurs, la guerre est dure, mais Dieu est
mon rempart.
Ps 59 Lève-la main, Seigneur, redonne-moi du cœur, au milieu de
ceux qui s’acharnent contre moi.
Ps 60 Les exilés sont nombreux de nos jours. Ils rejoignent ceux d’autrefois.
Cette prière, actuelle et passée, nous empêche d’oublier
les ‘exclus’ de ce monde.
Ps 61 Ne l’oublions pas : en Dieu, puissance et bonté se donnent
la main.
Ps 62 Je te cherche, mon Dieu, j’ai vraiment soif de toi.
Ps 63 Ta parole, Seigneur, est comme une flèche. Elle a toujours le
dessus sur les paroles humaines.
Ps 64 Louée sois-tu, création de Dieu ! Tu es comme une grande
couronne qui couvre toute la terre.
Ps 65 N’oublie pas le passé. Il est rempli des œuvres de
Dieu ! Louange à toi, Seigneur !
Ps 66 Comme le psalmiste, soyons des passionnés de Dieu.
Ps 67 Comme autrefois, tu es à la tête de ton peuple, Seigneur.
Tu nous entraînes avec vigueur dans ta marche humaine.
Ps 68 Au secours, Seigneur ! Je m’enfonce.
Ps 69 Vite ! Vite ! Ne tarde pas, Seigneur !
Ps 70 Psaume d’un vieillard, ses forces déclinent, la solitude
l’enveloppe.
Heureusement, Dieu a un faible pour les petits !
Ps 71 Le Messie-Roi est à la tête des nations. C’est un
règne de justice qu’il accomplit. Les petits remplissent son champ
de vision. Ils savent le reconnaître. L’action de grâces
est dans leur cœur.
Ps 72 Un homme éprouvé est tout proche de trébucher dans
sa foi, car il envie la réussite des méchants. Mais il se reprend.
Et le voilà, au-dessus de la tentation.
Ps 73 Pourquoi tant de ruines, Seigneur ? Pourquoi ? Pourquoi ton silence ?
Pourquoi ?
Souviens-toi, Seigneur, souviens-toi ! Serais-tu le Dieu de l’indifférence
?
Ps 74 La justice de Dieu aura le dernier mot ! Comme c’est vrai !
Ps 75 Israël, grâce à son Dieu, domine les autres peuples
! Il les hypnotise tous. Confiance totale.
Ps 76 Le passé est lumière pour notre vie. N’oublions pas
ce passé. Nous avons là une assurance très sûre.
Ps 77 Les folies de Dieu. Il pardonne. L’homme recommence, mais Dieu
ne faiblit pas
en miséricorde. C’est là que Dieu est folie, la « folie
de l’amour ».
Ps 78 « Nous sommes la risée des voisins. Où est-il ton
Dieu ? » Seigneur, ne permets plus cela, sauve-nous.
Ps 79 Israël ? Une vigne, une vigne ravagée, clôture brisée,
raisins pillés. Appel suprême : fais-nous revenir.
Ps 80 Israël ! Que de fois j’ai voulu te rassembler. Mais tu n’as
pas voulu !
Ps 81 Juges, attention ! Vous êtes parfois des comédiens de la
justice ! Le vrai juge, c’est Dieu !
Ps 82 Nations du monde ! Acceptez la lumière divine. Dieu veut être
votre clarté.
Ps 83 Sur la route des montées, le pèlerin est plein d’élan.
Son cœur bondit vers le Dieu de la vie.
Ps 84 Justice et paix voudraient s’embrasser. Un rêve ? Non ! Une
réalité qui tient au cœur de Dieu.
Ps 85 Seigneur, regarde : je suis un pauvre homme. J’ai besoin de toi.
Ps 86 Toutes les sources sont en toi, Jérusalem. Tout homme y est né.
Ps 87 Saoulé de misères, submergé par les vagues des malheurs.
Voilà ce que je suis !
Le jour, je crie. La nuit, je pleure. Vas-tu, Seigneur, me laisser seul ?
Ps 88 Tu es le Dieu fidèle, éternellement.
Ps 89 La vie est brève, comme l’herbe des champs. Mille ans sont
comme un jour, notre vie est comme un soupir. Est-ce bien là notre réflexion
?
Ps 90 Je suis sûr de Dieu. Je suis enveloppé de sa tendresse.
Le psalmiste nous le dit et redit, à sa manière, 20, 30, 40,
50 fois.
Ps 91 Seigneur, que tes œuvres sont grandes ! Cèdre et palmier
nous le font dire. Tu nous combles de joie !
Ps 92 Le calme de Dieu, en face des forces terrestres déchaînées.
Ps 93 Dieu est ma citadelle. Le mal semble triompher mais Dieu est là.
Il a le dessus.
Ps 94 Venez, prosternons-nous ! Aujourd’hui, écoutons sa voix.
Ps 95 Dieu ne vieillit pas. Il est toujours jeune. Il nous émerveille,
si nous savons arrêter notre regard sur lui.
Ps 96 Dieu est lumière. Cette lumière prend toujours la main
de celui qui a la foi. Elle nous enveloppe.
Ps 97 Vive Dieu. Sauveur !
Ps 98 En Dieu, tout est saint. Pas l’ombre du mal ; impressionnante sainteté !
Ps 99 Nous sommes à toi, Seigneur ! Et c’est là, notre
vie !
Ps 100 La chasse à tout ce qui n’est pas vérité !
Ps 101 Je suis bien seul, Seigneur : « Penche ton oreille vers moi » car
toi, tu es le vrai « demeurant » auprès de moi.
Ps 102 Un mot que Dieu voudrait voir exclu de notre vocabulaire : l’oubli
des bienfaits qu’il nous fait.
Ps 103 Que tes œuvres sont belles ! C’est toi qui les a lancées
dans le monde.
Ps 104 Dieu a tenu promesse ! Il a été le Dieu fidèle
et il le reste.
Ps 105 Nostra culpa ! Nostra culpa ! Nous avons péché contre
Dieu ! C’est notre histoire !
Ps 106 Indifférents en face des souffrances des hommes ? Impossible
! Jésus a pris « sur lui » toutes nos infirmités.
Ps 107 Sécurité ! C’est le mot-clef de ce psaume. C’est
le fil d’or des réflexions du psalmiste.
Ps 108 Dieu a toujours un faible pour le pauvre. Il le met toujours à sa
droite pour le protéger !
Ps 109 Prêtres, nous le sommes, mais « selon l’ordre de Melchisédek »,
c’est-à-dire selon une descendance divine et non selon une descendance
humaine. Nous sommes, à cause de cela, remplis des dons de Dieu.
Ps 110 Louange, louange, louange ! C’est le cri du psalmiste pour chaque œuvre
de Dieu !
Ps 111 Le bonheur est toujours dans la main de celui qui se reconnaît
petit devant Dieu,
pauvre, sans relief.
Ps 112 Dieu exalte les humbles.
Ps 113 A et B La Pâque ! Dieu passe au milieu de son peuple. Il est vainqueur,
Alléluia !
Ps 114 Le Seigneur m’entend toujours car il est tendresse.
Ps 115 J’ai beaucoup souffert ! mais je suis sauvé. Merci ! Merci
!
Ps 116 La fidélité de Dieu est pour toujours.
Ps 117 Eternel est l’amour de Dieu.
Ps 118 La Loi-Parole de Dieu, une litanie d’appellations très
variées nous fait dire : son contenu est inépuisable. Il nous
faut l’aimer.
Ps 119 « Heureux les artisans de paix ». Un programme attirant
!
Ps 120 Le Seigneur est mon gardien, au départ, à l’arrivée,
maintenant et toujours.
Psaumes 121 à 131 : les Cantiques des montées (voir p.87 à 93)
Ps 132 Qu’il fait bon d’être vraiment ensemble !
Ps 133 Permanents de la prière, ne nous oubliez pas.
Ps 134 Tu es grand, Seigneur, au-dessus de tout.
Ps 135 « Eternel est son amour ».
Ps 136 « Jérusalem, ancienne et nouvelle, si je t’oublie,
que ma droite se dessèche ! »
Ps 137 Dieu seul est bon. Nous le répétons : Dieu seul est bon.
Ps 138 « Le moindre recoin en moi, tu le connais ».
Ps 139 Dieu fait toujours droit à celui qui reste petit, pauvre, effacé.
Ps 140 Ne rien dire, se taire, et accepter l’épreuve d’où qu’elle
vienne. « Il se taisait ».
Ps 141 Dans la solitude, quelqu’un est là : Dieu, mon espérance.
Ps 142 Je voudrais te rencontrer. Seigneur, arrache mon âme à l’angoisse.
Ps 143 Dieu mon rocher, Dieu ma citadelle, Dieu mon libérateur. Je veux
te chanter par un psaume. Pourquoi pas moi ?
Ps 144 Le psalmiste lance ses prières, de tous côtés et
en tout temps pour ses mercis :
si j’étais comme lui ?
Ps 145 Libération ! Libération ! C’est le cri du psalmiste
pour lui et pour les autres.
Ps 146 Dieu est le grand semeur de vie ; vive la vie !
Ps 147 Jérusalem sans cesse fait peau neuve, grâce à Dieu
Ps 148 N’oublie pas la louange de Dieu, partout et toujours !
Ps 149 Louange de Dieu, mais, cette fois, pour ses victoires, petites et grandes.
Ps 150 Encore, encore, la louange de Dieu : le Vivat final de toute la terre.
ANNEXE 2 : LES CANTIQUES DU NOUVEAU TESTAMENT,
BENEDICTUS, MAGNIFICAT ET NUNC DIMITTIS
Tous les jours, le matin à Laudes et le soir à Vêpres,
l’Eglise nous fait chanter ces Cantiques. Nous intégrons ici les
commentaires que Monseigneur J.-B. Brunon a présentés par ailleurs
dans son étude sur l’Evangile selon saint Luc.
Analyse du « Benedictus »
Le « Benedictus » de Zacharie (Lc 1, 67-80) est composé comme
tous les psaumes.
Il porte d’abord un regard sur Dieu (v. 68) comme seigneur (grandeur)
et comme sauveur (proximité). Cette proximité se traduit par
des visites, celle d’Egypte pour libérer Israël (Ex 3 et
4) ; celle de l’exil (Jr 11, 5), celle du Messie au désert pour
libérer son peuple des forces mauvaises ;
Puis il donne les raisons de cette louange (v. 68-75) : grande fidélité de
Dieu à ses promesses, « il dit et il fait ». Grande fidélité qui
se traduit par deux actes très concrets : puissance du Christ présenté comme
une ‘Corne’ de salut (v. 69, se référant à Ps
75, 5 et à Ps 18, 3), don de force. Simple image suggestive de la force
divine : alliance du Christ (v. 75), don de sainteté.
Ensuite il regarde le petit Jean-Baptiste (v. 76-77). Ce sera un précurseur,
celui qui, toujours, passe devant le Christ pour préparer sa venue.
Comme autrefois et aujourd’hui, chaque grand chef est précédé d’un
groupe précurseur. Jean-Baptiste va préparer la route : pour
cela, il annonce le pardon (v. 77-78), grand don du Christ ; Jean, témoin
de la lumière, éclaire Jésus, à la manière
d’un astre, vainqueur de la nuit (cf. Is 9, 1 ; 60, 1) ; il apporte la
paix (v. 74) qui fait toujours partie du cortège du Christ (Mi 5, 4
; Is 11, 6-9).
Analyse du « Magnificat »
Le « Magnificat » (Lc 1, 46-55) est le psaume, le cantique le plus connu de toute la Bible, Ancien et Nouveau Testament, le passage biblique le plus souvent mis en musique et certainement le plus chanté par le peuple chrétien. Aucun autre cantique ne lui “arrive à la cheville”. C’est le sommet des cent cinquante psaumes des chansonniers de Dieu.
Le thème général du « Magnificat » : une
vision panoramique va nous mettre sur orbite et, de suite, nous mettre dans
le ton. C’est essentiellement le chant de quelqu’un qui s’est
désisté pour Dieu ; qui ne se suffit pas à lui-même
; qui est pauvre et donc s’appuie totalement sur l’autre ; c’est
le chant de la pauvreté totale, de la petitesse et donc, le chant de
la gratuité totale.
Pour exprimer cette pauvreté et cette désappropriation totale,
l’hébreu a inventé trois gestes qui sont éclairants,
pour nous, au siècle du tout visuel :
le ‘dal’ : le maigre, l’efflanqué, celui qui a faim,
l’amaigri, le pauvre ;
l’‘ebyon’ : le suppliant, le mendiant, celui qui tend la
main, le pauvre ;
l’‘anaw’ : le courbé, l’abaissé, l’incliné,
le pliant devant quelqu’un, le pauvre ;
On peut dire que la pauvreté est revalorisée par l’audiovisuel.
Le déploiement du « Magnificat » : c’est un chant
très bien composé et ordonné que nous pouvons regarder
de quatre façons :
Premier regard : sur Dieu. D’où un cri de joie (v. 47) s’exprimant
par une acclamation qui traduit ce que Marie a dans son cœur. Ce cri est
le miroir de son âme profonde : ‘vive Dieu !’ Dieu entrevu
sous ses aspects et ses deux titres : sa transcendance, ‘Seigneur’ et
sa proximité, ‘Sauveur’. Ces deux aspects sont sans cesse
soulignés dans l’histoire de Dieu et de son peuple et toujours
ensemble pour ne pas altérer, déformer, déséquilibrer
ce qu’est Dieu et ce qu’il fait pour nous (ainsi, par exemple,
Gn 1 indique la grandeur, et Gn 2 la proximité ; Amos insiste sur la
justice et Osée sur l’amour ; le Lévitique accentue la
transcendance rigoureuse et le Deutéronome la proximité quasi
amoureuse. L’équilibre de Marie dans son regard intérieur
sur Dieu est une merveille. C’est sa vie avec ce Dieu qu’elle chante
ici : le Dieu Seigneur et le Dieu Sauveur.
Deuxième regard : sur elle (v. 48-49). Elle va ‘au cœur’ d’elle-même. Elle y voit d’abord les merveilles de Dieu dans sa vie, elle, si délaissée, sans relief, de condition obscure, sans valeur, pauvre de cœur, humble d’une humilité parfaite si consciente de sa faiblesse. Et pourtant, elle constate la conduite de Dieu à son égard, le choix imprévu et incompréhensible de Dieu pour elle : « Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante » (1, 48). Elle n’est pas propriétaire. Elle le met sur le compte de Dieu. « Ce qu’il y a de faible dans le monde... » (1 Co 1, 27). Elle y entend enfin ce cri de tous les âges et de tous les temps. La reconnaissance par tous : « Désormais » (v. 48).
Troisième regard : sur les humbles, les petits, les pauvres, ceux qui manquent de tout, qui ont le cœur ouvert sur Dieu (v. 50-53). Un nom pour les nommer : les ‘clients’ de Dieu, ou les pauvres de Dieu. En face de cette pauvreté, en contraste, les trois suffisances qui ferment le cœur des hommes : l’orgueil (v. 50-51), la puissance (v. 52) et la richesse (v. 53). Mais Dieu renverse ces situations. Il bâtit un monde à l’envers. Toute l’Histoire est marquée par ces geste de Dieu : « Il élève les humbles ». Et cette attitude va atteindre son apogée avec la venue du Christ lui-même. C’est ce que Charles Maurras, le chef de l’Action Française (mouvement politique français d’extrême-droite d’avant guerre) appellera : « le venin révolutionnaire ».
Quatrième regard : sur tout le peuple de Dieu (v.54-55), un tout petit peuple, mais, surtout, qui a les promesses pour toujours. Donc, élargissement du regard à toute l’Eglise, nouvel Israël. Marie agrandit la portée de son regard sur tout le peuple de Dieu. Sa pauvreté est donc ouverture sur l’universel, alors que la richesse et l’esprit qui va avec sont bien souvent fermeture au monde et aux autres.
Appendice : ce texte est-il de Marie, ou est-il composé par Luc ? Il est très difficile de le savoir. Sans doute appartient-il aux deux. Luc y a mis la main pour bien ordonnancer cette belle marqueterie de textes et de citations vétérotestamentaires (Is 1 & 2 ; cantique d’Anne, 1 S 2, 1-10 ; Ps 34, le ‘Magnificat’ de l’Ancien Testament). Mais Marie était tellement pénétrée de la Parole de Dieu, elle l’avait tellement méditée que : « ça coulait de source » (P. Lagrange). Marie était pleine de son sujet ; elle était si profondément imprégnée de l’Ecriture sainte que le ‘Magnificat’ a jailli spontanément du plus profond d’elle-même.
Analyse du « Nunc Dimittis »
Syméon n’est pas un vieillard, comme l’a désigné une
certaine tradition. C’était d’abord un homme de désir
et d’attente, un mystique plein de Dieu et de sa Parole, sûr qu’il
verrait le Messie, grâce à « l’Esprit Saint qui reposait
sur lui » (2, 25c). Ses sentiments intérieurs sont bien exprimés
dans le « Nunc Dimittis », magnifique prière de quelques
versets seulement (Lc 2,29-32). Mais qui contient tout !
D’abord, il est pleinement satisfait car il voit le Messie. Ses yeux
percent les apparences. Il a vu l’essentiel : « mes yeux ont vu
ton salut » (2, 30). Grâce à l’Esprit Saint, il a
su discerner les signes donnés. Le Saint Esprit est nommé trois
fois : c’est significatif. L’Esprit Saint allume nos yeux du dedans.
Ensuite, il découvre le Messie, à travers trois traits : sauveur
pour tous les peuples ; lumière pour les nations et les pauvres ; et
gloire (le poids !) pour Israël.
C’est toujours le même regard : grandeur et transcendance du Dieu
omnipotent et inaccessible et proximité du Dieu sauveur et aimant.