AIMER DIEU

 

 

1.       L'ordre de l'amour

2.       Se connaître pour aimer Dieu

3.       Aimer Dieu

 

Introduction :

 

Dans le travail, il peut y avoir de l'amour. Dans l'amour, il peut y avoir du travail, une forme de labeur. Quel est le mouvement premier, fondamental, lorsque je me rends à mon travail ?

Il y a d'autres lieux où nous sommes réunis d'abord pour nous aimer. Ainsi en Eglise aujourd’hui, je suis avec vous d'abord pour l'amour. L'amour est le moteur principal de mon activité avec vous, et de nos réunions entre nous.

 

Le mariage n'est pas d'abord le lieu d'un projet commun autre que celui de l’amour. On est réunis pour s'aimer. Posez-vous cette question : comment est-ce que j'aime aujourd'hui ? Dieu vous dit : “Commence par aimer et alors je te ferai rencontrer l'amour de ta vie.”  Nous avons d'abord à vivre une joie. La joie est le fruit de l'amour. Nous avons à nous entraîner à aimer. Ce groupe doit devenir une communauté de frères. Toutes les souffrances ne peuvent pas être guéries, mais la joie met toujours un baume sur la souffrance. Aimez-vous l'amour ? Aimez-vous aimer ? Saint Augustin : “J'aimais à aimer…” Saint Augustin va fonder une communauté de frères.

 

Est-ce que l'amour est vraiment une préoccupation pour moi ? Si vous dites : je souffre, parce que je n'aime pas ou que je ne suis pas aimé, bravo ! Ce n'est jamais terminé, jamais accompli, même dans le mariage.

 

Face à l'autre activité de l'homme qu'est le travail, le chrétien aime  d'une façon particulière (caritas, agapé), en référence constante à Jésus-Christ. Il y a des vérités extraordinaires chez les humanistes, comme Saint-Exupéry, sur l'apprivoisement, dans le Petit Prince, mais l'amour chrétien a une spécificité.

 

La question première, fondamentale, n'est pas de savoir comment aimer, mais d'aimer. Ce n'est pas la même chose. Il y a une part de savoir-faire, dans l'amour, un art d'aimer. Xavier Lacroix, parle d'un couple marié depuis des années, en arrivant à ce constat : “Nous nous aimons, mais nous sommes incapables de vivre ensemble…” Ils n'avaient pas le savoir-faire de l'amour, que l'on trouve dans tous les bons rayons Développement personnel (comme “Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus”, de John Gray : ouvrage qui n'est pas dénué de bon sens). Quelque soit l'intuition que nous ayons de l'autre, il y a un savoir-faire, un art d'aimer, qui s'apprenait autrefois dans les familles, par mode de transmission et non par enseignement. Sans cet art, je peux  me tromper complètement : je peux aimer un idéal, accumuler les bourdes, les erreurs… et arriver à une situation invivable. Mais il ne suffit pas de connaître le savoir-faire de l'amour pour aimer. Savoir aimer sans amour peut être pernicieux, le jeu de la séduction ou de la manipulation, tous les Don Juan le savent. Dans l'art d'aimer, il y a une implication culturelle considérable. Vous chercherez en vain, de ce côté-là, des trucs dans l'évangile, nous n'y trouverez jamais tous ces codes, pour savoir comment aimer votre prochain. La vocation de l'homme, de la femme, y sont inscrites, mais dans du transculturel. La parole de Dieu est au-delà.

 

Quand nous sommes face à l'autre (amour du prochain), nous réagissons par un mouvement intérieur du cœur. Ce n'est pas simplement une correspondance d'idées, que l'on peut ressentir tout en restant dans une indifférence glaciale.

 

La source de notre cœur peut être entravée par des rochers, mais peut tout à coup se trouver libérée.

 

“Aimez vos ennemis” : comment la source de l'amour peut-elle couler, face à quelqu'un qui n'induit pas chez nous un mouvement, un élan naturel ? Comment nous situons-nous par rapport à des gens qui nous ont blessé profondément ?

 

L'amour du prochain n'est pas plus simple, plus évident, que l'amour de Dieu ou l'amour de soi. Pourquoi ne pas commencer d'abord par l'amour du prochain, ou l'amour de soi ? Il faut comprendre que si nous voulons être non pas du côté du savoir-faire, mais du côté de la Source, qui peut nous conduire jusqu'à aimer nos ennemis, il y a un ordre : aimer Dieu, s'aimer soi, aimer son prochain.

 

1 - L'ordre de l'amour

 

Ce mécanisme, cet enchaînement, nous est donné par le christianisme, la seule religion centrée sur l'amour et qui veut nous entraîner, nous éduquer à l'amour. Nous sommes chrétiens, donc nous avons une certaine histoire avec le Christ. Je vous invite à reprendre votre histoire personnelle, pour y découvrir ce qu'est l'agapé, pour y voir se dessiner les lignes de force de l'amour de charité. Il y a deux exemples extraordinaires : St Augustin et Ste Thérèse de l'enfant Jésus, qui ont découvert assez tard ce qu'était l'agapé, en relisant leur propre histoire. “Cette année, ma mère chérie, le Bon Dieu m'a fait la grâce de comprendre ce que c'est que la charité”, écrivait Sainte Thérèse à sa sœur Agnès, sa mère supérieure, à 24 ans, quelques mois avant sa mort. St Augustin : “Tard je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si neuve, tard je t'ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au dehors !” (Confessions, X, 27). Soyons modestes, mais ne soyons pas désespérés. Nous avons la vie entière pour apprendre à aimer et ce que c'est que l'amour.

 

Il nous faut relire nos expériences spirituelles marquantes, les occasions où il nous a été donné de goûter l'amour de Dieu pour nous et en sens inverse notre amour pour lui. Relire notre histoire : comment, enfant, nous avions une relation très sereine avec nous-même, puis les expériences plus délicates de l'adolescence, où s'introduit un décalage…

 

Aimer, c'est être constamment dans l'état où la Source intérieure coule, même si je ne sais pas bien aimer, si je fais des super gaffes. Je devrais, grâce à cette Source, être disponible pour aimer.

 

Aimer Dieu : St Thomas d'Aquin dit que celui qui est le plus facile à aimer, c'est Dieu, “l'être le plus aimable, par son être même”. Aimer Dieu en premier, aujourd'hui n'est pas une absolue évidence. Comment savoir s'il y a de l'amour ? S'il y a la joie et la paix, les fruits de l'amour, il y a de l'amour. Sinon, il n'y en a pas ; je crois aimer, mais je n'aime pas. L'amour peut faire naître la requête du don de soi, du sacrifice. Si c'est le fruit de l'amour, automatiquement, le sacrifice entraîne la joie. Ce qui est fait sans joie relève d'un cadre moral (qui n'est pas inutile). Mais la Source doit tout irriguer. Le Christ ne vient pas abolir la loi, mais l'accomplir. Ce cadre n'est utile que parce que la vocation de l'homme, c'est l'amour.

 

Il n'y a que deux commandements de l'amour (aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même, Dt 6), qui n'en forment d'ailleurs qu'un, mais il y a trois objets de l'amour. Un amour, deux commandements, trois objets.

 

Aimons Dieu. Comment ?… De tout son cœur, de toute sa force, de toute son âme, de tout son esprit. Il y a des variantes, qui se résument toutes à seule : “Aime Dieu de tout toi-même” : avec tout ton cœur, toute ta force, toute ton intelligence, toute ta volonté.

Pourquoi le Seigneur n'a-t-il pas été plus explicite quant à l'amour de soi ? Au point que l'amour de soi a pu être perçu comme de l'égoïsme ou de l'égocentrisme ? On n'est pas à l'aise pour en parler. Il y a des formes d'amour de soi perverses, qu'il faut dénoncer.

 

St Luc, 15 : le fils prodigue. Le fils cadet n'est pas contre l'amour du Père, puisqu'il l'appelle Père, ce que ne fait pas le fils aîné. Mais il veut trouver son bonheur, s'aimer lui-même, en dehors du Père, à côté, par lui-même. Il n'est pas contre son père, il est à côté.

 

Dieu s'intercale entre le MOI et le JE (lieu de la décision). Dans cet itinéraire intérieur où l'homme vient à lui-même, pour se connaître  et s'aimer, il trouve Dieu.

 

La difficulté est de voir Dieu comme un prochain, i.e distinct de moi. Bien sûr, il est le Tout autre, mais aussi plus intime à moi-même qu'à moi-même.

 

Nous avons à briser l'imaginaire, entre le Dieu réel qui habite au fond de notre cœur et tous nos mécanismes de fabrication d'illusions. Il y a toute une démarche de purification à faire. Sinon, l'amour de Dieu s'oppose à l'amour de soi. Notre problème a été dénoncé par la psychanalyse moderne, par Freud, comme ce Dieu qui est une fabrication plus ou moins consciente de l'homme.

 

Que chacun relise sa propre histoire : au lieu d'aimer Dieu, nous nous tournons vers une image, une production de notre imaginaire. Nous avons toujours à regarder Dieu lui-même et pas l'image que nous nous faisons de Dieu. C'est une ascèse. Nous avons la même difficulté vis-à-vis de prochain. Nous connaissons mieux Dieu, qui est fond de notre cœur, que notre prochain.

 

Il nous faut réfléchir à l'épaisseur d'image que nous intercalons entre Dieu et nous, entre l'autre et nous.

 

C'est l'homme qui est à l'image de Dieu. C'est le fondement anthropologique de notre amour. Pour que l'homme puisse s'aimer lui-même, alors il a besoin de connaître et d'aimer Dieu, dont il est l'image. C'est en contemplant la splendeur de Dieu que l'homme peut arriver à s'aimer lui-même.

 

“Il faut que je m'occupe de moi une soirée par semaine…” C'est à chacun de le découvrir. Nous avons une intelligence, une autonomie, une liberté. Suivre la volonté de Dieu, ce n'est pas être une marionnette. Nous ne ferons jamais l'économie d'une réflexion personnelle pour savoir comment nous incarner. Au nom de quoi poser ces discernements ? À partir de notre sensibilité immédiate, de réactions à fleur de peau ? Non. En recreusant l'Évangile, qui est une semence, une source de paix. Le juge ultime, c'est notre conscience. Ce qui doit nous mener, ce n'est pas le regard des autres, mais le goût de la liberté.

 

L'amour de soi ne doit pas nous choquer. Évangile de l'onction de Béthanie (Jn 12) : parfum brisé par Marie-Madeleine pour parfumer les pieds du Christ. Judas : “il aurait mieux valu donner cet argent aux pauvres !” L'amour de Dieu n'est pas aux dépens de l'amour des autres. Qui de nous n'a pas été choqué par le geste de Marie-Madeleine ?… Avons-nous le sens de Dieu, le sens du Christ, jusqu'à la folie ? Ce sens de Dieu qui nous permet de ne pas être choqué par le geste de Marie-Madeleine ? Elle avait acquis un sens de Dieu exact et juste. Ai-je été choqué par tel ou tel geste d'amour pour Dieu ?…

 

Saint Thomas d'Aquin énumère les raisons théoriques que nous avons d'aimer Dieu. Soyez surpris que Dieu nous demande de l'aimer, et non pas de le respecter ou de l'adorer. L'Évangile doit nous surprendre, nous étonner : c’est une Bonne nouvelle.

 

La plupart d'entre nous avons une histoire chrétienne solide. Avons-nous conscience d'être appelés à aimer Dieu ? À vivre une union affective avec Dieu, selon l'expression de St Thomas d'Aquin ? Ce Dieu qui n'est pas le produit de mon imagination, mais que je dois découvrir à l'intérieur de moi, est-ce que je l'aime ?

 

“Dieu est amoureux de notre amour”

(Saint François de Sales)

 

Là, nous avons peut-être la source de toutes nos blessures d'amour. L'alliance entre Dieu et moi est fondatrice de l'alliance entre moi et moi, entre moi et les autres.

 

Toutes mes peurs ont comme source la peur de Dieu.

 

Réciproquement, tout amour a comme source mon amour de Dieu.

 

La plupart de nos blocages viennent de ce que la Source ne coule plus en nous.

 

Pour connaître Dieu, il faut l'aimer.

 

Le “mécanisme” entre l’amour de soi et l’maour de Dieu est le suivant :

 

·          Aimer Dieu.

·          Mais pour aimer Dieu, il faut se connaître soi-même.

·          En aimant Dieu,  nous le connaissons car il faut aimer Dieu pour Le connaître vraiment.

·          Le connaître pour s'aimer soi qui est à son image.

 

“Se connaître pour s'aimer”, ce titre d'un livre est plus qu’ambigü car il boucle l’homme sur lui-même et ne fait de Dieu qu’une “annexe” plus ou moins secondaire de l’homme.

 

Dieu, je ne peux pas le connaître, tant que je ne l'ai pas aimé.

 

Il nous est demandé de nous connaître pour aimer Dieu. En aimant Dieu, on apprend à le connaître. En le connaissant, j'appends à m'aimer moi-même.  Saint Siméon : “Je vois la beauté de ta grâce… Je suis saisi par son indicible beauté… Je suis conduit hors de moi en pensant à moi-même, je suis rempli de révérence et de joie en pensant à moi-même, comme à toi-même”.

 

C'est le jeu de l'amour et de la connaissance. Ce qui nous fait défaut, c'est de savoir s'aimer soi-même, pas de s'aimer soi-même. Il faudrait mettre en place des écoles de l'amour. (Jean Vanier).

 

Est-ce que Dieu a quelque rapport avec nos amours humaines ?… Le problème de l'amour de l'autre apparaît comme le plus émergent, le plus facilement accessible. Nous aurons à cœur de distinguer l'amour du prochain, universel, que je dois à tous, y compris à mes ennemis, de l'amour d'amitié et de l'amour de conjugalité.

 

L'amour du prochain suppose l'amour de soi. Au-delà de l'art d'aimer, du savoir-faire de l'amour, il y a quelque chose de plus fondamental : l'amour du prochain est un débordement de l'amour de soi, de l'amour de charité. Jésus ne dit pas : "Les gens sont mauvais", mais “Change ton cœur”. Commencer par se dire : Qui suis-je ?.. Comment puis-je m'aimer et me respecter ?

 

Le mariage est strictement fondé sur une égalité, réelle, foncière. Les questions financières et de sexualité sont les deux sources principales des problèmes de couples.

 

M'aimant moi-même, je vais avoir réellement besoin de l'autre. Je vais ressentir que quelque chose me manque pour m'épanouir totalement. L'amour du prochain n'apparaît pas opposé à l'amour de soi, ni à l'amour de Dieu. Il y a des oppositions stériles (“Arrête de t'occuper des autres, occupe-toi un peu de toi…”). Le bonheur de l'autre ne se construit pas aux dépens de soi. Rom 5, 5 : “L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné”.

C'est parce que Dieu s'aime lui-même qu'il crée le monde et les autres. Il faut commencer par créer l'autre. (Cf. enseignement à St Jacques : il nous faut aimer comme Dieu, or l'amour de Dieu est créateur, révélateur, rédempteur). L'amour du prochain  va jusqu'au don de soi, c'est le jusqu'au bout de l'amour, pas le début ! (Jn : “Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout”.)

 

Comment s'aimer soi-même ? Cela suppose que je me découvre tout entier, que je m'aime moi-même, et non pas une image de moi dans laquelle je me noie (mythe de Narcisse). C'est la réalité que je suis, que je dois aimer. Avec le péché originel, la transparence originelle est perdue. L'homme va se cacher à lui-même. “Adam, où es-tu ?…”, dit Dieu. En dehors de lui. La définition que la Bible donne de l'homme, c'est d'être à l'image de Dieu. S'aimer soi-même, c'est s'aimer comme à l'image de Dieu, que je découvre de manière singulière dans le Christ. L'homme est à l'image de Dieu, non pas une reproduction figée, mais une capacité à Dieu, une ouverture, une faim de Dieu. Quand l'homme cherche à rentrer en lui-même, dans sa réalité, il va rencontrer cette présence aimante du Christ en lui, il va s'aimer et aimer son prochain.

 

Cette lumière nous a été donnée pour vivre différemment ce que d'autres peuvent vivre aussi. La foi est un don, c'est aussi un appel, une vocation. Notre foi n'est pas faite pour nous. Nous avons connaissance de ce qui est la source de l'amour, cela nous apporte, à nous croyants, un certain réconfort. Cela nous complique la vie, pour la faciliter aux autres.

 

Notre vocation de baptisé (sacredoce universel, qui diffère du sacerdoce ministériel) nous est donnée par l'évangile des Noces de Cana (Jn 2), qui nous permet de comprendre qui est Notre-Dame de l'écoute. Marie nous éduque à écouter les besoins des hommes et les paroles du Christ. “Faites tout ce qu'il vous dira”. Eux, les serviteurs, savaient d'où venaient ces jarres rituelles d'eau, remplies à ras bord. “Aucun rapport ! C'est terminé, les ablutions, ce qui nous manque, c'est du vin !…”  Puisez ! Limite de la faute professionnelle… Certains ne savaient pas, les serviteurs savaient. Nous ne sommes pas les uniques bénéficiaires des dons de Dieu. Tant mieux si les autres boivent aussi du vin des Noces, sans savoir d'où il vient… Nous sommes les serviteurs. Nous savons, nous, d'où vient la Source de l'amour, de Celui qui nous habite.

 

Il y a un ordre qui va s'imposer dans le mouvement continu de notre existence. Le célibataire, en aimant Dieu, précède la découverte de l'altérité. Adam est d'abord célibataire. Cela a une valeur symbolique énorme. Cet ordre théorique (aimer Dieu, s'aimer soi, aimer son prochain) pourra être différent de l'ordre pratique. St Vincent de Paul le rappelait : arrêter de lire son bréviaire, pour secourir son prochain.

 

D'où va partir cet amour pour Dieu ?

 

 

2 - Se connaître pour aimer Dieu

 

Tout homme porte en lui un désir ultime, le désir de son cœur, le désir du bonheur. Le point de départ, c'est ce désir universel de bonheur qui nous taraude. Ce bonheur (développement plein et entier de chacun d'entre nous, réalisation) dont parle Jésus dans le sermon sur la montagne : “Bienheureux êtes-vous…”

 

En revenant à notre cœur, en écoutant notre désir de bonheur, nous tombons exactement dans l'appel de Dieu. Luc 15, le fils prodigue : il commence à ressentir la privation. Il essaie de pallier à ce manque. Il va se faire embaucher par les habitants de la contrée. Jusqu'à se sentir non respecté dans sa dignité. “Je suis pire qu'un cochon… Je suis en dessous d'une bête ! J'en ai assez de vivre ainsi”.Rentrant alors en lui-même…” Il va chercher à l'intérieur de lui ce qu'il veut vraiment. Autre chose est d'avoir un désir profond qui nous habite et qui nous meut et autre chose est de revenir à son cœur pour le reconnaître comme tel et pouvoir dire : Je veux. Si mon bonheur, c'est de me réaliser, je ne le saurai que lorsque je pourrai dire qui je suis.

 

Dieu ne permettra jamais à un homme de se satisfaire de moins que son humanité. “Je suis ici à mourir de faim… Je veux partir, retrouver mon père et lui dire : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils”. Il a conscience de deux choses : de cet amour enveloppant du Père : “C'était bien, avec le Père…”  Il renoue avec ce souvenir mystérieux de l'amour du Père. Quelque part est ancré en nous, par la grâce, ce sentiment qu'il y a un amour du Père pour nous. La volonté a ressaisi son désir profond. Augustin : “Comment fais-je donc pour te chercher, Seigneur ?… En vérité, quand je te cherche mon Dieu, c'est la vie heureuse”. Il y a coïncidence entre mon désir connu, relu et le désir de Dieu. “La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant” (St Irénée). Quand on a compris que ce désir le plus profond de notre cœur, relu, reconnu, coïncide avec le désir de Dieu… Le point de départ de l'amour pour Dieu, c'est la quête personnelle du bonheur, qui ne peut se faire sans un mouvement d'intériorité. Il nous faut relire l'Évangile pour voir comment Dieu nous renvoie constamment à la connaissance de nous-même.

 

La connaissance de soi.

 

Il faut distinguer connaissance de foi et connaissance de soi. La connaissance de foi, sur le monde (la création…), sur Dieu (créateur, tout-puissant…) et sur nous-même nous dira peut-être l'amour de Dieu pour nous.

 

Seule la connaissance de soi engendre l'amour pour Dieu. Cf. les deux larrons sur la croix, Luc 23 : ils souffrent de manière identique, sont prêts tous les deux à reconnaître la souveraineté toute puissante du Christ. Le mauvais larron le reconnaît : mais quel amour de lui-même, quel amour du Christ ?… Aucun. Le bon larron se connaît : “Pour nous, c'est juste.” La connaissance de foi alliée à la connaissance de soi conduit à l'amour de Dieu. Seul le bon larron appelle le Christ Jésus. Comme le fils aîné et le fils cadet. Pas un instant, le fils cadet n'ignore ce qu'il est : un fils. Pas un instant, le fils aîné ne se reconnaît comme fils, n'appelle Dieu Père. Il se méprise, se considère comme serviteur et bien sûr, il juge le Père.

 

“Que veux-tu ? Que cherchez-vous ?…”

 

 Jésus pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses, dans l'évangile.

 

Ai-je une connaissance  de moi qui peut me permettre de reconnaître quel est mon désir profond ? (C'est évident ? Ce n'est pas si sûr…) Jusqu'à dire : je veux ?

 

On a à ressaisir quelque chose que l'on trouve chez les mystiques, ceux qui ont une expérience concrète de l'amour de soi, de Dieu, du prochain.

 

Éviter l'imaginaire : quand on se connaît, on s'aime et on n'a pas à colporter autour de soi l'image que l'on voudrait donner… Cheminer pendant 15 jours vers St Jacques se fait avec suffisamment de dénuement pour que l'on ne puisse pas constamment porter un masque. C'est là qu'apparaissent de façon flagrante les contradictions entre ce que je crois vouloir et ce que je fais. (Cf. comportement dans un groupe). La contradiction est une grande clé de connaissance de soi. La contradiction entre ce que je veux et ce que je fais ne vient-elle pas d'une forme d'inconscience, de méconnaissance de soi ? Elle peut venir d'un manque de volonté. Ma volonté peut être bloquée. Je peux avoir le désir de m'ouvrir aux autres et en être incapable. Il faut mettre le doigt sur cette forme d'inconscience qui est un manque de connaissance de soi. La plus mauvaise des raisons, c'est quand on me dit : “Je ne savais pas, je n'en vais pas conscience…”  Où est alors notre dignité, notre autonomie ? Très souvent, il y a une méconnaissance de soi qui est à l'origine d'une interruption ou d'un handicap de relations. Il y a bien des situations professionnelles où nous sommes obligés de porter un masque - dans certaines limites ! Est-ce vraiment nécessaire de revêtir un masque dans toutes les soirées parisiennes ? Il y a des occasions de vie où je peux être moi-même, où je peux avoir l'opportunité de me connaître moi-même.

 

Ne faisons pas l'impasse sur la connaissance de soi. La connaissance de foi, cette lumière, va pouvoir nous éclairer. Ce n'est pas toujours agréable. Quand on revient à l'interieur de soi, pour se connaître soi-même, il faut avoir un projet. Si on part à l'aventure… Une limite intérieure peut nous écarter de notre but, à condition que l'on en ait un, ou nous amener, au contraire, à vouloir dépasser cette limite.

 

La peur, l'angoisse viennent de l'imagination. Effet d'amplification. Cf. dans le Livre de l'Exode, la peur des géants qui va conduire les hébreux à repartir, pour 38 ans ½, dans le désert, alors qu'ils étaient aux portes de la Terre promise, après 1 an ½ d'errance… On peut imaginer des situations très concrètes : tout proche d'un engagement, être saisi par l'angoisse. C'est important, cette connaissance de soi, dans un discernement. Il faut se demander, très en profondeur : Que veux-tu ? Que cherches-tu ? Quels sont les moyens que tu vas prendre pour réaliser ce que tu veux ?

 

Comment se connaître soi, sans se perdre en soi, se noyer ?…

 

Quand c'est un choix libre que l'on doit poser, il y a toujours autant de raisons en faveur de ce choix que de raisons contre. Au niveau des sentiments, de l'affectif, la peur et les angoisses feront toujours un brouillard par rapport à ce que cherche notre cœur par amour.

 

Dans la lectio divina, se demander : qu'est-ce que le texte m'apprend sur moi ?

 

Mc 2, 1-12 (évangile de la guérison d'un paralysé à Capharnaüm) : la maison désigne souvent le cœur, mon cœur. Jésus est là, dans la maison. Beaucoup de choses affluent en moi : “Tant de monde s'y rassemblait qu'il n'y avait plus de place, même devant la porte”. La solution : ouvrir en force (les amis du paralytique le font passer par le toit). Il y a deux catégories de personnes : ceux qui veulent garder leur cœur intact et ceux qui veulent aimer. Jean Vanier : Il faut choisir, vous voulez être marié ou avoir raison ?… Il y a des gens qui pensent que les blessures psychologiques sont les plus importantes du monde, plus que le péché.

 

"Penser en soi-même…" : la connaissance de soi peut tourner à l'introversion. Mais au lieu de se connaître soi, on juge les autres !…

 

Lève-toi : aime-toi ! Prends ton brancard et rentre chez toi : porte le fardeau de ceux qui t'ont porté. L'amour fraternel, c'est de se porter les fardeaux les uns des autres. Le repli sur soi, la fuite des autres correspondent rarement à un appel de Dieu ! La conversion (métanoïa), c'est de revenir à son cœur, au lieu de se replier sur soi, pour se retrouver soi-même et retrouver notre hôte intérieur. Ce chemin d'intériorité est le point de départ de tout amour de charité.

 

L'Évangile est un moyen, un appui pour nous connaître (différent d'un objet de complaisance, du narcissisme, où nous nous noyons dans l'image que nous avons de nous-même). Le miroir est nécessaire pour se connaître. Nous pouvons voir nos mains, nos pieds, mais pas notre visage, c'est la seule partie que nous ne pouvons voir que dans un miroir. C'est en regardant les yeux de l'autre que l'on essaie de puiser l'âme de l'autre. Les yeux sont les fenêtres de l'âme.

 

Comment s'appuyer sur la parole de Dieu pour nous connaître ? Deux exemples dans les textes de la messe de ce dimanche : “Le Christ n'a pas été oui et non, il n'a été que oui”. (St Paul). Est-ce que ma vie n'est pas oui et non ? Avec ces hésitations qui finissent par nous tuer, comme notre prochain ?… Sommes-nous capables de dire simplement oui ? de dire non ?… Le paralytique est descendu devant le Christ par ceux qui l'ont porté sur son brancard. Nous avons parfois des blessures, des handicaps, qui nous empêchent d'aller de nous-même vers le médecin. D'autres blessures, au contraire, nous y font courir. Nous avons donc besoin de faire confiance au autres (pour se laisser porter sur un toit en pente, agrippé à son brancard : risqué !…) “Jésus, voyant leur foi…” Le paralytique a au moins foi en ceux qui le portent. Le paralytique avait une confiance dans les autres extraordinaire. Il y a des fois dans la vie où l'on ne peut pas guérir, si l'on ne fait pas confiance aux autres.

 

Jésus distingue en lui deux niveaux de handicap : la blessure (psychologique, dûe à l'éducation, au milieu ambiant, à notre histoire…) et le niveau plus profond, le niveau spirituel du péché. Il ne s'agit pas de culpabiliser les gens. Tout ne relève pas du péché. Mais il y a ce niveau plus profond, qui nous perturbe plus, celui des blessures spirituelles, de nos péchés, où notre liberté est engagée. Nous pouvons aussi vivre des paralysies intérieures. Que peut bien penser le paralytique quand il entend Jésus lui dire : “Tes péchés te sont pardonnés ?”  Déception : je n'étais pas venu pour ça !… (Comme dans la confession : j'aurais voulu perdre mon handicap.) 

 

Portés par la confiance que nous avons dans les autres, allons vers le Christ.

 

Bibliographie :

·         Les confessions de St Augustin

·         Manuscrits autobiographiques de Ste Thérèse de l'enfant Jésus

·         Biju-Duval : “Le psychique et le spirituel”

·         Anselm Grün : ce moine bénédictin a le mérite de regarder l’homme dans sa dimension psychologique comme dans sa dimension la plus profonde.

 

Dans la prière, il y a toujours un acte de foi, il y a aussi toute l’épaisseur de notre psychologie. Sans parler des problèmes corporels. Cf. L’évangile du paralytique à Capharnaüm : la multitude (de pensées, distractions…) se presse de façon tellement serrée que Jésus est inatteignable. Le moyen, c’est de prendre appui sur la réalité que nous sommes pour aller vers le Seigneur. Ne croyons pas que cette foule est toujours un obstacle. Elle peut être un moyen d’aller jusqu’à Jésus. Comme dans notre groupe, les autres peuvent être des obstacles à ce que je suis venu chercher. Cette foule qui peut être un obstacle peut aussi me porter vers le Christ.

 

Ce que nous vivons dans les célébrations et dans les temps de partage demande à descendre en nous, à mûrir, et devrait contribuer à changer un peu notre cœur et notre vie. Lire un peu peut nous y aider. La réflexion des Pères de l'Église sur la charité est d'une lecture un peu difficile aujourd'hui, elle suppose la connaissance de la culture de l'époque. Cf. le chapitre de la Somme théologique de St Thomas d'Aquin sur la charité, ou la phrase : “Aimer son prochain, ou s'aimer soi-même, pour l'amour de Dieu.” Augustin, docteur de la charité, va recentrer toute l'éthique, la morale, sur la charité. C'est pourquoi on le représente souvent avec un livre à la main et dans l’autre, un cœur brûlant. St Augustin passe de son Moi à son Je. Il vit une conversion, il se met face à la lumière. Ce n'est pas parce que l’on est face à la lumière que, pour autant, on se met à marcher vers la lumière. Entre le Moi et le Je, Augustin inscrit Dieu. Les confessions sont le dialogue d'Augustin avec lui-même et avec Dieu. Le dialogue de soi à soi, s'il n'intègre pas Dieu, est un repli sur soi, comme un feuille qui se replie sur elle-même, jusqu'à la cassure, il ne permet pas la distance. Parfois, dans les Confessions, on ne sait plus si Augustin se parle à lui-même ou à Dieu. Il ne faut pas  chercher à faire cette distinction, c'est le même mouvement. L'évangile est transculturel, donc n'est pas concret. Il y a toujours un effort d'incarnation à faire. À nous de faire l'effort, à partir des principes que donne Jésus. Cf. le commentaire de la 1ère épître de St Jean par St Augustin (existe sous forme d'extraits, en édition de poche). Sainte Thérèse : c’est le même mouvement, où l’amour de  Dieu et l’amour de soi sont étroitement imbriqués, Thérèse relit sa vie avec Dieu et devant Dieu. Mouvement intérieur dans lequel je vais me découvrir en profondeur comme image blessée de Dieu. Je me mets à aimer Dieu, et l’aimant, à m’aimer aussi.

 

Connaissance de soi : l’homme est un continent pour lui-même. Vous vous perdez plus facilement en vous-même que vous ne vous perdriez dans le Sahara. Il y a des manières de s’explorer. On peut essayer de faire des cartes du psychisme. Ex : la carte freudienne. Traduit-elle tout l’espace intérieur ? Sûrement pas. Car elle nie la liberté. On distingue rarement la strate psychologique de la strate spirituelle. Cf. Biju-Duval : bon ouvrage, un peu difficile, mais abordable.  Le chrétien n’a pas besoin, pour se connaître, de s’égarer dans toutes les strates de son psychisme. Si on n’est pas St Thomas d’Aquin, ou Saint Augustin, ou psychiatre…

 

La connaissance de soi, on la trouve dans l’Évangile. Luc 7, 36 : Jésus vient manger chez le pharisien Simon. Marie de Magdala, toute en pleurs, arrose les pieds de Jésus de parfum et les essuie de ses cheveux. Le pharisien a un œil aiguisé… Quelle est la pédagogie de Jésus ? “Elle…, toi… Ses nombreux péchés lui ont été remis, parce qu’elle a montré beaucoup d’amour”. Elle est intéressante, la psychologie qu’applique Jésus à Simon, le pharisien : c’est la pédagogie de la connaissance de soi. Jésus lui dit : Tu ne te connais pas toi-même. Ne passe pas à côté de ton salut. Le comportement de Simon, c’est le comportement humain par excellence : Simon réfléchit beaucoup, il juge les autres... Mais il ne se connaît absolument pas dans son incohérence. Du coup, il ne connaît pas son prochain, ni Jésus. Sinon, on découvre l’autre comme son alter ego : un autre soi.  On porte souvent un regard sur les autres très superficiel, même quand on se croit très intelligent, c’est une pratique très fréquente. Jésus commence par la parabole, pour provoquer un choc intérieur, qui oblige Simon à réfléchir et à en tirer les conclusions. La parabole ouvre les yeux des aveugles. Sinon, il aurait compris la leçon, mais n’aurait pas changé son cœur.

 

 Cela peut se produire dans nos vies, par certains évènements brutaux qui surviennent, qui peuvent produire des drames. Ou des absences de drame. Parce qu’il n’y a rien qui commence. Cela se traduit par une absence de relation, entre deux personnes, entre nous, dans un groupe.

 

Que va faire Jésus ? Il renvoie le pharisien, grâce à un miroir, à ses actes.

 

La connaissance de soi passe par deux choses :

 

·          Je ne peux me connaître qu’à partir de mes actes. Ce qui est connaissable, c’est ce qui est en  acte, et pas seulement en puissance. On ne doit pas confesser des tendances (je suis égoïste…), mais des actes. (J’ai posé des actes d’égoïsme). L’examen de conscience est une manière de se connaître soi. C’est ainsi que procède Jésus : “Tu n’as pas fait cela…”. C’est à travers ses actes que se voit la contradiction de l’être humain. Simon accueille Jésus sans faire les gestes de l’accueil. “Tu crois être accueillant, mais en réalité, ce n’est pas vrai.”

 

·          Nous avons besoin d’un miroir  : cette femme, pour Simon. “Tu ne l’as pas fait, elle, l’a fait.”  Tout ce que la vie des autres peut nous renvoyer comme défaillances. Les miroirs ne sont pas seulement les sottises d’autrui, comme le dit La Fontaine, mais aussi les grandeurs d’autrui.

 

La connaissance de soi, de ce à quoi nous sommes appelés, peut aussi passer par la lecture de la vie des saints, qui peut éveiller en nous des sentiments extrêmes, pour comprendre ce que nous sommes.

 

Nous sommes faits pour Dieu. Notre bonheur est en Dieu, qui nous a libérés. Celui qui se culpabilise n’a pas conscience de ce à quoi il est vraiment appelé. Il n’a pas assez le sens de Dieu, il n’a pas encore goûté en lui l’ivresse des profondeurs.

 

Si nous sommes portés par les autres, Dieu nous dégagera toujours un toit pour aller le rejoindre.

 

La connaissance de soi à laquelle nous éduque Jésus, c’est ce mouvement intérieur de descente où nous découvrons ce que nous sommes, et la plénitude de notre être. On a un objectif précis. Etty Hillesum, cette jeune juive hollandaise qui a choisi délibérément d’aller travailler dans un camp de transit de déportés, pendant la guerre, pour finir par mourir elle-même en déportation, a fait ce chemin intérieur, elle écrit : “Il y a en moi un puits très profond, et dans ce puits, il y a Dieu.”  Tant qu’on ne s’est pas connu comme ça, on n’a qu’une connaissance théorique de Dieu. Ivresse ou vertige que l’on peut éprouver. Cf. la samaritaine, Jésus qui attend cette femme au bord du puits, où l’eau coule…

 

On se connaît aussi en contradiction avec cette image de Dieu, comme image blessée de Dieu, et l’on se met à aimer Dieu. “Dieu seul peut remplir l’infini de ce cœur qui n’est fait que pour aimer.”  (Curé d’Ars).

 

 

 

3- Aimer Dieu :

 

 

Comment peut se vivre concrètement cet amour pour Dieu ? Comment peut-on aimer ce Dieu découvert à travers la connaissance de soi qui nous met en face de cet infini ?

 

Le lieu de l’amour, c’est le désert.

Le chant de l’amour,c’est le Cantique des cantiques.

Le cri de l’amour, c’est le Notre Père.

 

Le lieu de l’amour : le désert est le lieu pour aimer Dieu. Livre d’Osée : “Je l’emmènerai au désert, je parlerai à son cœur et je la séduira.”  C’est le lieu de la connaissance de soi. La nuit étoilée nous renvoie à l’infini surmultiplié de notre propre cœur. Dans le désert, il y a les cailloux, le sable et rien d’autre. On est renvoyé à la connaissance de soi, à son propre cœur. Et là, on apprend à connaître et à aimer Dieu. C’est au désert que l’on vit concrètement l’amour pour Dieu. Cette expérience fondamentale va se placer dans un choix : “Choisis la vie, ou choisis la mort” (Dt). Un choix décisif qui doit se vivre au désert et se traduire par un mariage avec le Seigneur. Le désert, c’est la terre des fiançailles. Relire le Livre du Deutéronome, de l’Exode… Relire comment Dieu met en place tous ces miroirs pour renvoyer l’homme à son inconsistance.

 

Le chant de l’amour : le Cantique des cantiques, c’est le chant, un peu cahotique, de notre amour pour Dieu. L’épouse, c’est l’âme de chacun, l’époux, c’est Dieu. (Si l’on cherche l’époux parfait, il n’y a plus qu’une solution : prendre le voile). Dans la réalité de nos amours humaines, ce n’est pas nécessairement la femme qui tarde, se fait attendre, comme dans le Cantique des cantiques… Il faut dire les choses comme elles sont ! Regarder le jeu de l’éveil et du sommeil de l’épouse, de la présence et de l’absence de l’époux.  Cela correspond très exactement à notre expérience de Dieu. Parfois, Dieu met une distance entre nous, parfois, il est très proche. Parfois, Dieu se fait très discret… et on se rend compte le soir qu’on est passé à côté d’un appel de Dieu. Le soir, l’épouse est déjà couchée, elle s’est déjà lavé les pieds, quand  l’époux vient la visiter… L’homme est toujours à mi-chemin entre l’éveil et le sommeil. Il est difficile de distinguer quand elle est vit en songe la rencontre, dans son imaginaire, et pas encore en vérité.

 

Le cri de l’amour : le Notre-Père, c’est la prière de l’amour. Jésus nous apprend à dire notre amour au Père. Je te reconnais dans mon cœur et vais rentrer dans un mouvement d’abandon au Père.

 

Pour être concret, cet amour de Dieu, comment est-ce que je le vis ?

 

·          Quel temps je me donne, quels moyens j’emploie pour une connaissance évangélique de moi-même ? 8 jours d’exercices spirituels de Saint Ignace ? 15 jours au désert ?… On a besoin d’aide.

 

·          Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour moi ? À travers quels actes concrets j’exprime mon amour pour Dieu ? Par une prière d’abandon ? (Père Charles de Foucaud) ?… v= V ?… (que ta volonté soit faite, et non la mienne). Seigneur, tu es le Seigneur de ma vie. Dans quel rapport de confiance, dans quelle prise de risque, dans des situations très concrètes de ma vie ? Face à une décision d’engagement : je ne peux pas prendre le risque, je n’ai pas confiance en elle, je n’ai pas confiance en moi… Ce risque, effectivement, il est suicidaire, si on n’a pas confiance en Dieu.

 

 

Conclusion

 

Je vous invite à travailler un peu. Vous y gagnerez à ce que Dieu soit maître de votre vie plutôt que vous-même. Même si sa pédagogie nous surprend parfois.

 

La chance de la foi, cette lumière qui réchauffe le cœur, est de découvrir la Source de l’amour. Chercher son bonheur, c’est se rapprocher de cette source.

 

Lc 24 : les disciples d’Emmaüs. le Christ enfante ses disciples, morts de tristesse, à leur vérité intime. Toujours sa pédagogie de la connaissance de soi, jusqu’à ce que leurs cœurs brûlent… Il vient s’insérer dans leur relation. Ils ont une connaissance de foi complète - ils récitent le Credo, résurrection comprise -, mais qui ne les fait pas vivre. Ils n’ont même pas conscience de cette contradiction. “Imbéciles !…” (“Esprits sans intelligence…”) : il leur montre cette contradiction. Ils n’avaient même pas conscience de la source de leur tristesse. Il faudra que Jésus aille jusqu’à la fraction du pain pour qu’ils le reconnaissent et que leur cœur brûle.

 

C’est à Dieu et à Dieu seul que nous devons toutes nos forces, tout notre esprit, tout notre cœur. Pas à un mari ou à une femme.

 

Stucturez-vous, aimez-vous, à travers cet amour de Dieu. Les deux sont étroitement imbriquées : s’aimer soi-même pour connaître Dieu, et se connaître soi pour aimer Dieu.

 

Nos désirs sont la manière que Dieu utilise pour faire émerger ses appels en nous.

 

Si on est un paresseux spirituel, on restera à la porte de notre cœur. Dans ce cas, on peut toujours, comme le paralytique, se laisser porter par l’Église et la communion des saints.

 

Un amour chrétien authentique conduit, par voie structurelle, à l’amour du prochain.

 

L’amour du prochain ne commence pas le jour de notre mariage, mais dès aujourd’hui.

 

Il y a des appels très concrets du Seigneur aujourd’hui, qui peuvent être source de bonheur et de joie, car notre maturité nous fait expérimenter qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir. C’est dans ce mouvement là qu’il faut se situer. On ne se situe pas dans l’activisme. Il ne s’agit pas d’aider, mais d’aimer.

 

Vous êtes appelés à renouveler votre manière de voir l’amour du prochain dans le don. Pas comme un moyen subtil d’oublier votre attente ! Bonheur de l’amitié, de s’attacher à tel ou tel enfant, telle personne âgée, telle personne rencontrée sur notre chemin, dans un mouvement d’amour et de don.

 

Jésus en nous demande pas d’abord d’aider ou de servir, mais d’aimer. N’inversons pas les choses. Aimer conduit à servir, bien sûr. À s’engager vis-à-vis des personnes.

 

L’amour passe par la fidélité, par le creusement de la relation. Peut-être plus dans le qualitatif que dans le quantitatif.

 

Attention à vos choix libres !