Qui te fera voir le bonheur ?

 

Le Christ t’apprend le chemin de la vie

 

 

Quelques livres : Oswald Chambers « Le sermon sur la montagne »LLB Valence 1999

Servais Pinckaers « »La justice évangélique » Téqui 1986 ; Un chartreux « Le chemin du vrai bonheur » Paris 2002 ; Jean-Marie Lustiger « Soyez heureux » Nil 1997

 

 

Le plan de la conférence :

 

1.       La vie sans appel : « Quel est  l’homme qui désire la vie, qui aime les jours où il verra le bonheur ? » Ps 33,13

a.        L’expérience fondamentale de l’homme face à la vie   

b.        De Marx à Mars : cinq réactions sans appel véritable

c.        L’homme a besoin d’un Maître 

2.       L’appel de la Vie : « Beaucoup disent : qui nous fera voir le bonheur ? Fais lever sur nous la lumière de ta face ! » Ps 4,7

a.        Disciple avant d’être élève

b.        La méthode de Jésus pour nous faire disciple : avant l’appel

c.        L’appel lui-même de Jésus

3.       La vie sous l’appel : « Tu m’apprends le chemin de la vie ; devant ta face, débordement de joie ! A ta droite, éternité de délices ! » Ps 15,11

a.        Les paroles de vie

b.        Le plan du sermon sur la montagne :

c.        Son but : le « faire » chrétien

d.        Son centre : son Père est Notre Père

 

 

Introduction

 

“Jésus vit deux frères, Simon appelé Pierre et André son frère, qui jetaient l’épervier dans la mer. Car c’étaient des pêcheurs, et il leur dit : “ Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. ” Eux, aussitôt, laissant leurs filets, ils les suivirent. En avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques fils de Zébédée et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée, leur père, en train d’arranger leur filet ; il les appela. Eux aussitôt laissant la barque et leur père, ils les suivirent. Et Jésus parcourait toute la Galilée enseignant dans leurs synagogues proclamant  la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple.

Sa renommée gagna toute la Syrie. On lui présenta tous les malades atteints de divers maux et tourments, les démoniaques, les lunatiques, les paralytiques, et il les guérit. Des foules nombreuses se mirent à le suivre de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et de la Transjordanie. Alors Jésus, voyant les foules, gravit la montagne et quand il fut assis, ses disciples s’approchèrent de lui, et prenant la parole, il les enseignait en disant… » Mt 4,18 à 5,2

 

En disant… le sermon sur la montagne !

 

Cette année, j’aimerais que nous parlions ensemble de la vie. C’est un thème qui nous intéresse à plus d’un titre. C’est un thème prégnant parce que c’est un thème à la mode. Vie en grec se dit Bios. La biologie, les biotechnologies… il y a même des start-up qui se sont fondées là-dessus pour faire des recherches et des profits ; et puis, aussi, le thème de la vie  nous accroche en tant que la vie est existence, parfois difficile à assumer : le thème de la déprime, de la démission devant la vie est partout présent. Cela nous intéresse, ensuite, parce que c’est un thème profondément biblique. Une guide juive, qui nous guidait en Terre sainte il y a quelques années, me disait que la vie pour un juif était ce qu’il y avait de plus sacré. Et il suffit d’entendre notre Seigneur Jésus le rappeler en l’attachant à sa personne lorsqu’il dit : “je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.” ; “ Je suis la Vie ” ; et Jean en son prologue écrit : “en Lui était la vie”. Ce n’est donc pas un petit thème secondaire et accessoire que de savoir ce qu’est la vie. Et la vie dans la lumière de la révélation chrétienne.

Enfin, la vie nous intéresse parce que nous sommes des vivants. Normalement... ! Ce qui est la source de toutes nos actions, c’est la vie. Aimer, c’est l’acte de quelqu’un qui vit. Courir, marcher, penser, voir. C’est en nous ce principe que je ne vais pas essayer d’étudier au plan philosophique, mais qui fait que nous sommes un être animé. La vie !

 

Ce sera notre thème de cette année et, bien sûr, je vais prendre une perspective particulière puisque je ne suis pas dans une démarche de médecin ou de philosophe mais de croyant, ce qui ne signifie pas que ne peuvent entendre ce discours que des gens qui ont la foi. Simplement, nous renvoyons chacun à sa propre expérience puisque c’est notre vie qui doit valider la vérité des propos tenus. C’est au fond une sorte de théologie de la vie que nous allons voir. Pour ne pas donner dans l’abstrait et le trop compliqué, nous allons partir de la Parole de Dieu. Et il y a une parole singulière, que l’on a traitée souvent de diamant au milieu d’un écrin somptueux que serait l’évangile de saint Matthieu ; ce bijou, c’est le Sermon sur la montagne. Je vous ai donné le plan de ce passage de Matthieu.

 

Nous allons tout au long de cette année, à partir du Sermon sur la montagne, essayer de ressaisir, dans la lumière de la foi, ce qu’est vivre pleinement. On emploie d’habitude un autre mot : bonheur. On emploie aussi aujourd’hui un autre terme pour dire vivre pleinement, celui de ‘développement personnel’. C’est tout à fait identique. Mais ce que c’est que la vie liée au désir, à la force, à la douceur, si la vie est rabougrie ou si elle est distendue à l’infini, c’est ce que notre Seigneur va nous apprendre tout au long de cette année, en l’écoutant nous redire les paroles prononcées en Galilée sur le mont des Béatitudes, au bord du lac.

 

Avant de commencer cette première  conférence je vous signale que j’ai mis en tête quelques ouvrages, pris dans une bibliographie colossale que je n’ai d’ailleurs pas lue tout entière ! Je vous ai signalé de manière privilégiée quatre ouvrages qui sont encore édités.

Oswald Chambers, Je le citerai assez fréquemment car son ouvrage est d’une pertinence absolue. Son ouvrage s’appelle “ Le sermon sur la montagne ”.

Du père Servais Pinckaers, il est dominicain moraliste,  “ La justice évangélique ”,

Par un chartreux, qui ne donne pas  son nom, “  Le chemin du vrai bonheur ”. Ce n’est pas uniquement le sermon sur la montagne mais le principe, la fin, le but de notre vie morale, qui est le bonheur, qui y est traité.

Et un ouvrage d’accès très facile qui ne porte que sur les Béatitudes du Cardinal Jean-Marie Lustiger, “ Soyez Heureux. ”

 

Au cours de cette première conférence, j’aimerais vous donner une introduction mais non pas exégétique, où je vous aurais dit comment le sermon sur la montagne nous a été donné par Matthieu et puis par saint Luc, comment il est le fruit de la prédication de Jésus. Je n’ai aucune prétention en la matière. Nous essayons de comprendre la Parole, sans faire de l’exégèse à la façon moderne ; nous allons prendre le texte tel qu’il est  dans sa forme achevée, celle que nous lisons dans nos bibles.

 

Le sermon sur la montagne n’ouvre pas l’évangile de Mathieu. Il est précédé de l’évangile de l’enfance et du début du ministère de Jésus. Et c’est le début du ministère de Jésus qui fournit l’introduction sans laquelle le sermon sur la montagne serait comme un joyau qui se détache de son anneau et qui roule par terre. On risquerait de le fouler aux pieds sans en voir toute la valeur.

En d’autres termes, le Seigneur Jésus introduit lui-même son sermon sur la montagne qui porte sur la vie et la vie du disciple. Il fait précéder son Sermon sur la montagne de deux éléments déterminants. Le premier, c’est l’appel, la vocation, et le second, ce sont des guérisons multiples.

Je vous montrerai plus loin comment par sa puissance de thaumaturge, il manifeste qu’il est un maître. Un mot et une action m’ont parus déterminants c’est le mot appel. Toute cette conférence va porter sur le lien entre une vie et un appel, entre vivre et être appelé.

 

La vie est triste quand elle est sans appel… la mort est sans appel ! Dans le Droit, on dit que l’on peut faire appel, c’est à dire que l’on a encore une chance !

Qu’est ce que c’est que ce lien entre la vie et l’appel ? Peut-on vivre sans appel ? Qu’est ce qu’une vie qui n’est pas vécue comme une vocation ? C’est l’idée fondamentale de notre conférence. Dans notre langue française, nous retrouvons cette expression de quelqu’un qui renaît à la vie et qui pose de grands actes, il dit  “ je me sens appelé à … ” On ne sait pas par qui ; la personne se sent appelée à changer de travail, à se marier…. Les personnes incroyantes disent : « je me sens appelé à… ». Ils sentent bien que  dans ce qu’ils veulent faire, les actes de vie qu’ils vont poser, il y a un appel. Si nous étions rigoureux, nous devrions leur poser la question « qui t’appelle ? »¸ « tu es appelé par qui ? » Abraham, et avant lui Adam lui-même, et tous les prophètes et les rois et les disciples ne sont-ils pas des êtres qui vivent parce qu’ils sont appelés ? Si Adam n’avait pas péché, est-ce que la notion d’appel aurait surgi ? On ne le sait pas. Cependant, on sait qu’après le péché, Dieu arrive et va ressusciter Adam, il va le sortir de la boue de son péché. « Adam, où es-tu ? » Toujours un appel. De même pour Abraham : Va, viens ! Il y a une manière de vivre ou de survivre, c’est à dire de ‘sous-vivre’, en vivant une vie sans appel ou sans appel authentique, sans un appel véritable c’est-à-dire un appel par un autre que soi et un plus grand que soi. L’homme fort peut bien essayer de s’appeler lui-même : il ne croit pas longtemps à ce subterfuge dérisoire, aussi volontariste soit-il. Sans appel dans notre vie, tôt ou tard, cela va finir par un déchirement. Ou un désenchantement. Cette vie qui est la source de notre joie, bondissante en une eau vive, peut être aussi porteuse de poison. Au point que la vie, qui est un don, va nous paraître un poids. Sans appel authentique. Le psautier est rempli de ces cris d’hommes et de femmes vivants. Quel est l’homme qui désire la vie, des jours où l’on voit le bonheur ? On aurait envie de répondre : « tout homme désire le bonheur ! ». D’autant plus qu’Augustin l’a souvent écrit : “tout homme désire être heureux.” Reprenons ma question en ses fondements.

 

 

            1. La vie sans appel :

 

Est ce si sûr que tout homme désire la vie ? Quand on entend les cris de Job ou les cris du poète « Maudit soit le jour où ma mère m’a infligé la vie ».  Combien d’entre nous dans des phases de dépression ou de révolte, voyons la vie comme un poison, comme un poids ? Et là, il n’y a plus d’appel, il faut bien vivre. Certains n’en voient plus la nécessité. “ Quel est l’homme qui désire la vie, qui aime les jours où l’on voit le bonheur ? ” Le psaume 33 pose cette question fondamentale dans le verset 13.

 

a. L’expérience humaine face à la vie : l’homme va faire une expérience capitale, parce qu’il est toujours un peu philosophe pourvu qu’il soit vivant et qu’il réfléchisse un peu. C’est ce que j’appelle l’expérience humaine  fondamentale en face de la vie. Et je n’ai pas hésité là à vous citer Pascal. Je l’aime parce qu’il me paraît être l’homme le plus contemporain qui soit. Deux siècles avant tout le monde, il a dit ce que l’on vit aujourd’hui. Dans une de ses pensées, il écrit : “ Tout l’univers muet et l’homme sans lumière abandonné à lui-même comme égaré dans un coin de l’univers, sans savoir qui l’y a mis et ce qu’il y est venu faire, ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance ; j’entre en effroi comme un homme que l’on aurait porté comme endormi sur une île déserte et effroyable et qui s’éveillerait sans connaître où il est et sans moyens d’en sortir. » Nous avons tous fait cette expérience  de nous réveiller dans un endroit inconnu parce que l’on était arrivé la veille d’un long voyage ; et on se réveille et l’on se dit : « mais où suis je ? Je suis complètement perdu ». C’est une expérience humaine, elle est universelle et pas seulement chrétienne. Tout être humain qui n’est pas aspiré complètement par les activités, par le travail, quand il se retrouve face à lui-même, se sent comme pris d’un vertige. Comme un homme sur une  île déserte. Nous allons voir que cette île n’est pas déserte.

 

Il faut vivre. Comment trouver le sens de l’existence, comment orienter, assumer cette existence alors que nous nous réveillons dans ce monde comme jeunes ou comme adultes ? Que faire de cette vie ? Comment et pourquoi la saisir ? Pour quel but ? Certains veulent s’en débarrasser et d’autres veulent la conserver à tout prix. Nous sommes dans un monde paradoxal par rapport à la vie, nous y trouvons les deux extrêmes, un désarroi profond comme un dégoût et une crispation jusqu’à la folie. « Notre existence ne va plus de soi » écrivait Clotilde Bada dans la revue Etudes.

 

Ces conférences sont faites pour se comporter un peu mieux dans l’existence. Et c’est à chacun d’entre nous de se poser la question : « N’y a-t-il pas eu des moments dans l’existence où, ce dont Pascal parle, je l’ai vécu, moi-même, ce sentiment de désarroi profond ? Comment peut-on réagir? Et il n’y a pas seulement les chrétiens qui, au nom de leur foi, se sont demandés comment réagir par rapport à la vie dont ils vivent…

 

b. Quelques réactions sans appel : de Marx à Mars.

 

Je vous dresse de façon rapide quelques manières de réagir autres que chrétiennes ; ces réactions pour refuser ou assumer la vie ont toutes un point commun. C’est qu’elles refusent d’être une vocation. J’en analyse cinq.

De Marx à Mars ? Marx, tout le monde connaît. « Mars », c’est un ouvrage écrit par un Zurichois, Fritz Zorn, une sorte d’autobiographie. C’est un siècle que je couvre ainsi, ce siècle qui se finit, j’espère en tous les sens du terme.

Voyons ces quelques tentatives pour assumer sa vie. Elles sont extrêmes et non exhaustives, j’en conviens volontiers.

 

Avec Marx (1818-1883), nous avons le prototype des grandes idéologies du XX° siècle qui, bien sûr, ne se réduisent pas à l’idéologie marxiste. Il y en a d’autres : fascisme, nationalisme… C’est le moi, en temps qu’il est ma vie, le moi idéologique. C’est une manière de vivre et parfois avec beaucoup d’enthousiasme. On tient son existence de l’appartenance à une masse, ou à une classe, et à une masse agissante, on se sent porté par un projet. Je me sens exister et le moi existe en tant que je suis dissous dans un grand Moi collectif, inspiré par des idées ou même des idéaux. Le mot “ idéaux ” a un sens enthousiasmant et positif. Mais nous allons essayer de comprendre que notre vie n’est pas réponse à des idéaux. Poursuite d’idéaux ? Non. Que se passe-t-il dans cette existence que j’appellerais ‘existence par dissolution’ ? Avec mon moi idéologique, la réalité n’est en fait jamais assumée. Le présent est toujours fuit, seuls les lendemains chantent et nous attirent. Même si ce sont des idéaux chrétiens. Je vous ai peut être trop vite cité Marx, mais prenez des idéaux chrétiens.  Quand on vous lance des mots qui n’ont pas assez de valeur concrète, dites vous que l’on vous entraîne sur des lignes d’horizon qui s’enfuient quand vous vous approchez d’elles.

La vie tumultueuse et éparpillée se trouve concentrée là par les idéologies. Concentrées, jusqu’à faire des sacrifices pour des idéaux. Il y a de la noblesse à cela et l’homme a besoin  d’idéaux. Mais tôt ou tard les lendemains déchantent. Ou plus exactement le présent déchante tellement que les lendemains meurent avec la conscience aiguë du présent assumé.

Je le dis d’autant plus volontiers que souvent, à tort, on présente le christianisme comme un ensemble d’idéaux, d’idéaux chrétiens, parce qu’on les a baptisés avec soin, et, tout chrétien que nous puissions être, suivre des projets c’est motivant car, quelque part au fond de l’homme, nous trouvons ce besoin de scruter l’horizon tout en regardant le présent.

 

Mais je prends une autre manière d’assumer l’existence ou de la voir avec un autre nom qui est suffisamment connu pour que l’on ne puisse pas l’ignorer : Freud. Nous y découvrons ce que j’appellerai le moi psychologique. Il y a cela aussi en nous. Dans le cas de Marx, ce sont des idées qui nous appellent. Dans ce second cas, c’est moi-même qui m’appelle. Freud n’a pas découvert l’inconscient tel qu’on le connaît depuis belle lurette. On sait depuis toujours qu’une partie de notre vie échappe à notre propre regard. Il suffit de lire Saint Paul pour cela, Saint Augustin et tant d’autres. Mais ce qui lui est particulier, c’est la manière dont il va revoir l’inconscient dans sa deuxième trilogie, le ça inconscient ; il le décrit comme un paquet de pulsions indéterminées. En cela il a raison au moins pour une part et il retraduit à sa manière ce que Pascal nous disait, c’est à dire que la vie est là un peu comme jeu de forces qui vont dans tous les sens et qui, laissées à l’état brut, nous emporte à l’éparpillement de la dispersion ; quelque chose d’incontrôlé. Bon. Il y a une sorte de réservoir de richesses en nous. C’est exact. Une masse éruptive de pulsions…ou de forces ; et Freud a le mérite de souligner que le ‘ça’ en l’occurrence, ne s’oriente pas très facilement ni totalement, contrairement à ce que pouvait penser Descartes, même en procédant par quelques idées claires et distinctes ! On sent que ce moi psychologique, qui me renvoie à moi-même quand je peux dire “je”, c’est la conscience que j’ai de moi-même, j’ai une vie à assumer, moi comme vous. Ce moi psychologique est pris en sandwich ; il est le diplomate entre le “ ça ” gouverné par le principe du plaisir, le “ sur moi ” avec ses interdits dus à l’éducation, et cela en face du monde extérieur ; et il essaie de réagir. Il y a quelque chose de juste, c’est ce que Freud a remarqué de ce principe de réalité : l’être humain réagit face à des évènements du monde, ce monde qui n’est pas lui, certes, mais si on creuse jusqu’au bout, on va s’apercevoir que ce moi ne peut pas être appelé. Et vous pourrez lire “ l’avenir d’une illusion ”. Il ne peut être appelé ni par un autre ni par le Tout Autre. Il est toujours renvoyé à lui-même, à ses profondeurs ou à une éducation à travers le ‘surmoi’ ; mais il ne sort pas de ce moi psychologique. Ce qui d’ailleurs pour l’anthropologie chrétienne est au moins partiellement exact. Seul l’esprit et le climat de liberté peuvent faire émerger la personne dans l’altérité, et le faire réagir. Pas le « psychique » livré à lui-même.

 

Deux manières, Marx et  Freud ont été proposées et à partir du moment où on peut relire sa propre histoire, (en ne  s’y enfermant pas car nous ne sommes pas que le fruit de notre passé, même si nous portons notre passé), il est clair qu’il y a cette dimension en nous. Je ne porte pas un jugement moral sur ces attitudes mais j’énonce qu’elles sont largement incomplètes pour assumer une vie parfaitement orientée. Et encore, ceux-là sont acteurs de leur existence qui suivent ces manières de voir. Mais j’oserais aller un peu plus loin. A la fin du XX° siècle, je crois qu’il surgit d’autres manières d’assumer sa vie, qui sont encore plus pauvres jusqu’à l’inexistence absolue. Ce que j’appelle être non plus acteur de sa propre vie mais spectateur de sa vie. Je les énumère rapidement, il faut que cela évoque quelque chose pour chacun d’entre nous.

 

Il y a d’abord, à travers la TV-réalité, le moi médiatique. L’histoire est ancienne. Pour une part l’être humain ne cherche pas tellement à être connu que reconnu. La reconnaissance des autres. La renommée voilà. Je suis célèbre. J’existe parce que les autres me reconnaissent. Mon existence n’a de poids qu’exactement proportionné au poids de la reconnaissance des autres. Plus je suis connu, plus j’existe. Je lisais récemment un article dans la revue Etudes des jésuites. Il prenait comme exemple la TV réalité. “ Star-Academy ” etc…Vous pouvez devenir une vedette et une vedette uniquement parce que les médias parlent de vous et non pas parce que vous êtes porteur de quelque chose de génial ou d’inédit. Avant il y avait les stars. Les stars sont renommées, on le comprend : elles chantent bien .., elles sont au-dessus des autres au plan du sport par exemple. Dans notre cas, il ne s’agit même plus de cela. A l’espoir de parvenir à être un être de génie, il est substitué l’espoir de devenir célèbre. L’auteur de l’article cite le cas de cette vieille dame américaine qui voulait seulement passer à la télévision, à tel jeu. Ce n’est plus « Questions pour un champion » parce qu’il fallait être un champion pour y aller, maintenant c’est d’autres jeux ou d’autres télé-réalités. Pour le « loft », la plupart d’entre, vous vous avez dépassé l’âge ! Mais il y a de plus en plus de candidats. Pour le dernier loft, il y avait - mais il faut me contredire, car je suis moins fort qu’en manière théologique-, il y avait 15 ou 20 000 candidats. Y en a t il parmi vous ? ! ? Bien. Et puis, il y a des émissions plus aventureuses où on vous oblige à manger des vers de terre et autres, Oh … C’est épouvantable. Mais finalement, il ne faut rien d’exceptionnel et vous devenez un grand type parce que vous êtes devant les caméras. Vous existez comme cela. Le moi mécanique. Il y a de ça un peu en nous. Pour exister, nous avons besoin que, quelque part, d’autres personnes nous reconnaissent, et puissent au moins nous appeler par notre nom. Mais nous allons voir qu’il y a une caricature et que cela n’est pas fondamental pour notre vie.

 

Et puis, il y a le moi onirique. Quand on tient notre existence de celles des autres. Non pas du regard qu’ils ont sur moi, car c’est encore moi qui existe à la télé. Ca vaut ce que cela vaut, le jour où les médias ne s’occupent plus de moi, je tombe comme une baudruche dégonflée. Mais au niveau du moi onirique, c’est encore pire, j’existe par procuration. On existe dans les stars dont on rêve de vivre la vie. Parfois jusqu’à la folie. Et si les stars nous déplaisent, on les invente car on a assez d’imagination. Et vous savez qu’aujourd’hui l’imagination peut être remplacée par le virtuel et nous n’avons même plus d’effort à faire. Dans ce cas, on n’existe jamais en réalité : ou bien on existe toujours dans telle personne à laquelle on voue une adoration extrême et, en fait c’est de l‘idolâtrie, ou bien on ne quitte plus le monde intérieur du virtuel ; avec exactement le même principe appliqué sur des personnes existantes ou sur des personnes inexistantes, fruit de notre imagination. Vous voyez que l’existence se délite, il n’y a plus du tout d’appel.

On peut même aller plus loin encore avec le moi anorexique. Je vous conseille, le jour où vous n’êtes surtout pas en déprime, pas un jour où vous broyez du noir, de lire ce livre ‘Mars’ de Fritz Zorn, que j’ai eu grand tort de ne pas lire tout de suite lorsqu’on me l’a prêté.  Je ne pensais pas qu’un être humain puisse aller à un tel stade d’inexistence, être tellement spectateur de sa vie, que sa vie n’est plus sa vie. Et son récit autobiographique lui-même manifeste par le ton sec, froid, clinique, par lequel il enregistre les données de sa vie et les retraduit, qu’il est devant sa vie comme moi devant la télévision. Dédoublement total. En homme spectateur de sa vie, il fait front en face du vide. « Je suis jeune riche et cultivé. Et je suis seul, malheureux et seul ; je descends d’une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich que l’on appelle aussi la rive dorée. J’ai eu une éducation bourgeoise et j’ai été sage durant toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée c’est pourquoi j’ai vraisemblablement une autre hérédité car je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j’ai aussi le cancer ; ce qui va de soi si l’on en juge par ce que je viens de dire. Cela dit, la question du cancer se présente d’une double manière : d’une part, c’est une maladie du corps dont il est bien probable que je mourrai prochainement, mais peut être aussi puis-je la vaincre et survivre. (En fait, il mourra quelques mois après avoir écrit son ouvrage) D’autre part, c’est aussi une maladie de l’âme dont je ne puis dire qu’une chose : c’est une chance qu’elle se soit déclarée. Je veux dire par là qu’avec ce que j’ai reçu de ma famille au cours de ma peu réjouissante existence, la chose la plus intelligente que j’ai jamais faite, c’est d’attraper le cancer.”(p 33)

Et dans un autre passage : « Pour porter un jugement sur mon cas on n’a pas besoin d’un professeur ; il y faut simplement le courage d’appeler un chat un chat. Je suis malheureux parce que je ne fonctionne pas et que je n’ai jamais fonctionné. En tant que jeune, je n’ai pas été jeune, en tant qu’adulte je n’ai pas été adulte, en tant qu’homme je n’ai pas été un homme ; à tout point de vue je n’ai pas fonctionné. (Il donne auparavant la définition de la vie par le fonctionnement. Il pourrait bien sûr voir cela autrement) En plus de cela, pour que ce non fonctionnement soit visible du monde entier, voilà que ce corps de manière symbolique et conséquente, ne fonctionne plus non plus, il est malade, il est empoisonné, il est imprégné par la mort. Ce non-fonctionnement, cette mort, la mort des sentiments, la mort du corps, la mort de la vie, voilà mon malheur. Ce n’est pas compliqué, au contraire c’est logique, c’est clair, c’est simple, c’est comme ça. »(p 267)

C’est un cas  extrême  mais je suis persuadé aujourd’hui qu’il n’est pas unique. Dans cet article que je vous citais des Etudes, qui s’appelle “ les preuves de l’existence de soi ”, l’auteur affirme qu’aujourd’hui on a besoin non plus des preuves de l’existence de Dieu mais des preuves de l’existence de soi ! Elle prend des exemples, d’autres exemples. Elle donne cette formule qui me paraît être très forte :

“ Un sentiment d’inexistence qui vide le sujet de tout rapport avec lui-même. Et la dépression s’installe sur le socle de cette absence de présence du sujet à lui-même, il n’y a aucun rapport entre moi et ma vie. ”

J’ouvre une parenthèse : Quand je mets telle ou telle manière de vivre en lumière, ce n’est jamais un jugement moral. Je le dis car j’ai lu ce que peut représenter l’endoctrinement d’une jeunesse communiste ; je sais que l’on n’est pas toujours libre mais il nous faut ces analyses car nous savons que, même dans la dépression, on peut réagir autrement. On le voit à travers un phénomène que l’on appelle aujourd’hui la résilience en psychologie et qui, précisément, se fonde sur l’appel.

 

En conclusion de ces analyses rapides, écoutons un poète : « Un jour, dit Jean Debruyne, j’ai décidé que les autres ne pouvaient pas vivre en mon nom. Et que même Dieu ou l’Eglise ne pouvait pas sourdre ma vie à ma place. Du même coup, j’ai accepté le long tunnel de la solitude et j’ai réveillé le poète que je portais en moi. ”  J’aurai pu aussi vous lire le mot que j’ai déjà cité de Maïte Girtanner, que vous connaissez, qui avait été torturée pendant la guerre et qui était dans un état de souffrance permanent. Au sortir de la guerre en 1945, elle s’est dit : « je ne veux pas faire de ma vie une tragédie. » Prodigieuse réaction devant un avenir complètement bouleversé par son état physique. Comment cette réaction est elle possible ?

 

Ces cinq directions que j’ai ébauchées pour vous et que nous portons tous un peu, ce sentiment d’inexistence, d’être loin de nous-mêmes, de dédoublement, est ce que nul d’entre nous ne l’a éprouvé ?

 

c. L’homme a besoin d’un maître.

 

Il manque à toutes ces formes d’existence l’appel d’un autre. Et en particulier du Tout Autre. Parce que l’homme a besoin d’un maître. J’en suis très persuadé. Et je vous ai mis ce passage remarquable qui est tiré d’un ouvrage  de Jean Vanier dont je vous conseille la lecture, « Toute personne est une histoire sacrée », Page 163 : « La vie continue ainsi à couler. Si la vie n’est pas assez forte ou violente, si elle n’a pas été appelée par l’amour, alors elle se protège derrière la dépression, la folie ou les rêves. La vie ne peut plus avancer, elle ne coule plus dans la sensibilité. » Une vie qui ne coule plus … ou s’écoule à coté de moi. Comme de l’eau perdue dans un trop plein. Si la vie n’a pas été appelée par l’amour. Voilà, la formule est magnifique et je crois que c’est une clé. La clé que Jésus va donner à ses apôtres. Pour vivre et vivre comme chrétien il faut être appelé. L’homme a besoin d’un être qui l’appelle, il n’est pas simple pour l’homme de vivre, il faut lui apprendre la vie.

 

Alors quelle direction ? Quelle étoile suivre dans ce dédale ? Par quel prophète être appelé ? Quel maître suivre ? Si notre désir est non seulement éclaté dans tous les sens, mais s’il est rabougri, atténué, asphyxié et que nous sommes en état d’anorexie spirituelle intérieure, comment réveiller la vie en nous ? Par quel choc, par quel appel ? « Je ne veux pas faire de ma vie une tragédie ». Comment retrouver pour beaucoup d’entre nous ou de nos contemporains, le goût du bonheur et le bonheur qui ne soit pas pour le « plus tard » et qui soit perçu comme sujet de l’espérance, mais un bonheur déjà aujourd’hui. Et, pour cela, la prochaine conférence, je l’ai intitulée la joie plutôt que le bonheur pour ne pas vous laisser croire que nous avons sans cesse à renvoyer à plus tard le goût de la vie et le goût du bonheur. Comment être acteur véritablement de son existence, se reprendre en main, développer sa vie personnelle ? Je sais qu’il y a beaucoup de séminaires de développement personnel aujourd’hui dont certains sont d’ailleurs excellents. Il ne s’agit plus simplement de travailler sur notre passé pour des libérations, d’enlever des nœuds, de défaire des liens, mais aussi de se déployer une fois que l’on est détaché car si nos muscles sont rabougris, on ne marchera pas mieux tout libre que l’on soit. Il faut encore une rééducation, une convalescence, peut-être un développement personnel ; et même si nous allons bien, il y a toujours quelque chose de nouveau à déployer en nous ; et même si le corps se racornit, se raccourcit, l’esprit, lui, continue de grandir. Voilà. Qui nous fera passer de spectateur d’une tragédie à acteur d’une plénitude de vie ? L’appel de la vie à Jésus Christ.

 

 

            2. L’appel de la vie :

 

Je vous ai mis :

 

« Beaucoup disent qui nous fera voir le bonheur ?

Seigneur fait lever sur nous la lumière de ta face.

Seigneur tu as mis en mon cœur plus de joie

qu’aux jours où leur froment et leur vin nouveau débordent. » Ps 4, 7-8

 

“ En Toi est la source de vie, par ta lumière, nous voyons la lumière. ” Ps 35, 10

 

Nous avons cette chance, à travers la Parole de Dieu, de savoir que le Seigneur Jésus nous a appelé. J’y reviendrai tout à l’heure. Et que, parce que nous avons été appelés, nous pouvons mettre en pratique les paroles du sermon sur la montagne. Oui, le Seigneur a besoin de nous appeler.

 

a. Disciple avant d’être élève :

 

Il faut être disciple avant d’être élève. Nous sommes disciple par un appel à suivre quelqu’un, nous sommes élèves par l’écoute de ses enseignements. Être disciple avant d’être élève. Être disciple pour mettre en pratique les enseignements du maître. Chambers, dont je vous ai indiqué l’ouvrage, dit : « l’enseignement de notre Seigneur ne s’applique qu’à ceux qui sont ses disciples. » Ce n’est pas inutile d’être d’abord disciples. Etre disciple du Seigneur consiste à se dévouer non à des idéaux abstraits mais à la personne de notre Seigneur. On dit souvent que les saints ont de grands idéaux.  Mais en fait, la plupart du temps, et je prendrai volontiers comme exemple Mère Térésa, ils ne voient  pas très loin lorsqu’ils se lancent ! Et s’ils avaient vu trop loin, ils auraient été découragés d’emblée. Oui, ils voient loin au sens où ils voient l’éternité. Cependant l’éternité, je vous le rappelle, est déjà impliquée dans le présent. Mère Teresa a ramassé quelqu’un au fond d’un poubelle ; elle n’a pas dit : « il faut essayer de s’occuper de tous le pauvres ». Sous cet aspect, on s’aperçoit que les saints ne fonctionnent pas sous l’angle des idéaux, qui peuvent à un certains moments de notre existence nous tirer en avant. Et je pense, en particulier, au temps de notre jeunesse. Précisément pendant le temps de la jeunesse, et après nous sommes appelés à découvrir ce qu’est l’altérité, c’est à dire l’autre. La rencontre personnelle. Ce sera le temps de l’amour.

 

Tous peuvent entendre les enseignements de Jésus du sermon sur la montagne, même les admirer, Mais à plus ou moins long terme si nous les écoutons sans être disciples, ce serait nous rendre malades, rester handicapés dans notre propre chemin, atteints du cancer du découragement, du désespoir : « je n’y arriverai jamais ». Cela n’est point de l’humilité. Je le rappelle en passant. Le découragement est une forme d’orgueil, bien sûr, très subtil, mais une forme d’orgueil. Se sentir petit, c’est une chose ; se décourager en est une autre. Veillons à reconnaître en Jésus le Maître et le sauveur. Avant de le considérer comme un enseignant ou un professeur. Le “ contraire est courant aujourd’hui ” dit Chambers en 1907. De temps en temps, cela met un peu de baume au cœur de se dire que nous avons les mêmes problèmes à chaque siècle ! « Mais c’est une tendance dangereuse. Aussi longtemps que nous ne le connaissons pas comme Sauveur, son enseignement n’aura aucune signification pour nous et ne nous apparaîtra que comme un idéal désespérément hors de notre portée. » Chambers p 5

 

Or Jésus ne veut pas nos désespérer par le découragement. “ Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait ”. C’est dans le sermon sur la montagne. Les bras nous en tombent si c’est un idéal. Si on sait ce que c’est que Dieu et que la perfection est Dieu. C’est une ligne d’horizon qui recule sans cesse. C’est comme dans la science, plus on en sait moins on a l’impression d’en savoir. Plus on sait de choses dans la science plus on s’aperçoit qu’il y en a à savoir. Soyez parfaits comme votre Père est parfait, c’est inenvisageable. C’est une fuite perpétuelle. Jésus ne veut pas nous épuiser par le découragement ; au contraire, il veut vider sa propre vie en nous. Il ne veut pas des gens qui soient mous, détendus comme un arc, il veut des doux et ce n’est pas la même chose, on le verra. Il veut des gens qui aient une vie concentrée en elle, comme le faisceau du laser, performante, perforante. Il meurt pour donner la vie.

 

Oui, être disciple avant d’être élève, l’enseignement de Jésus ne se réduit pas à un code de bonne conduite. Si on lit le sermon sur la montagne mais sans avoir conscience d’un appel, alors on se trouve devant un code. On le respecte ou pas, on trie ou pas, mais dans tous les cas on sera du coté de la loi. Or la loi ne nous donne pas la vie. Saint Paul nous le dit. Même si elle est sainte, même si elle vient de Dieu. Le décalogue, la loi, est bon en lui-même, La loi manifeste le péché, elle manifeste les déviations. Mais ce n’est pas en te disant : “ Il ne faut pas courir trop vite ”, que l’on te donne la force de courir ! C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre un appel ; et les appels de Jésus, on peut penser à l’appel à la vie, appel à l’être, sont toujours des sources. N’allons pas croire que l’appel de Jésus serait comme celui que je pourrais vous lancer. Non. L’appel de Jésus provoque le jaillissement d’une source en nous.

 

Ne nous contentons pas de notre personnalité avec notre histoire issue de notre conditionnement, héréditaire, génétique, éducatif. Ne nous contentons pas trop facilement de ce patrimoine qui nous satisfait ou qui nous pèse. Parfois, dans ce contentement se cache une fausse modestie, qui masque nos étroitesses, nos petitesses, nos mesquineries. Et nous n’allons pas jusqu’au déploiement total. « Après tout, le bon Dieu n’en demande pas tant... » Mais le Seigneur en demande beaucoup, il dilate à l’infini en commençant par un appel. Si nous sommes disciples, quelque chose jaillit. Rappelez-vous la résurrection. Rappelez-vous les trois résurrections que Jésus opère. Le fils unique de la veuve, la fille de Jaïre, Lazare : « Lazare, sors ! » Quel appel ! Et quand Jésus parle à travers un prophète, peut être un prochain qui nous croise et qui nous appelle, c’est la même vie qui jaillit en nous. Réciproquement, ne nous considérons pas trop vite, comme des disciples parfaits. Et, comme le dit Chambers avec humour et précision, il n’y a qu’une manière pour savoir si Jésus a changé ses dispositions intérieures, c’est le test des situations.

 

Le Pardon par exemple, on parlera du pardon dans le sermon sur la montagne. « Oh ! Jésus a changé mon cœur, je pardonne à tout le monde. » Et on se retrouve en face à son ennemi encore en situation d’agressivité : « Oh ! Vous n’allez pas recommencer ! » Test des situations ! Et on s’aperçoit que le pardon a fondu comme glace au soleil. C’est le test des situations. Autre exemple positif cette fois ci. « Tiens ! Dans telle situation, il y a cinq ans, je n’aurai pas réagi comme aujourd’hui. Ah ! J’ai progressé. » Le progrès ne source pas nécessairement d’orgueil en nous. Quand cela vient de Dieu, le progrès ne produit pas d’orgueil en lui-même. Jamais. Quand c’est cette source de vie divine qui est en nous, et que nous l’avons constaté par le test des situations, alors, au contraire, la conscience d’un progrès nous raffermit. Cela nous donne envie de poursuivre. « Tiens, il y a cinq ans dans la même situation je me serais mis dans une colère épouvantable. Aujourd’hui non. Et je pourrai même aimer celui qui est en face de moi parce qu’il est pécheur, parce qu’il m’agresse, qu’il est mon ennemi. » Bien sûr, si c’est pour plonger dans l’indifférence, ce n’est pas un progrès. Avec honnêteté, chacun d’entre nous peut se demander s’il est disciple de Jésus. Y a t il  des situations ces dernières semaines dans lesquelles je me suis trouvé et qui m’ont montré que j’avais progressé, ou que j’avais encore des progrès à faire. Ce n’est pas de l’orgueil de procéder ainsi. Quand on fait de l’accompagnement spirituel, on essaie de voir avec la personne s’il y a un progrès. De lui faire relire certaines situations. On n’en tire pas de l’orgueil, mais de l’enthousiasme, ce qui veut dire ‘être mis en Dieu’, littéralement. Oui, c’est au son qu’elle rend que l’on juge une cloche, dit Saint Jean de la Croix. Reste une question : comment Jésus nous appelle t il ?

 

b. La méthode de Jésus pour nous rendre disciple. Ce qu’il y a avant l’appel.

 

Il nous appelle pour que nous soyons disciple avant d’être élève. Comment nous appelle-t-il ? Vous pourrez relire les quatre premiers chapitres de Matthieu. Je vais vous faire faire une économie de temps. Vous laissez les deux premiers chapitres sur l’évangile de l’enfance, et vous lisez uniquement le début du ministère de Jésus. Vous verrez comment Jésus prépare son appel, comment il appelle, comment il appelle les disciples, comment il continue de nous appeler ; je ne vous invite pas là à faire une théologie des signes. C’est à dire des moyens concrets que prend Jésus. Ce serait trop long. Mais voyez d’abord premièrement comment, avant l’appel du Tout Autre, l’appel de Jésus qui va faire jaillir en nous la vie nouvelle, il y a le Baptiste, le cousin de Jésus qui prêche au désert. Vous savez ce que nous prêche le désert ? On a beau le savoir, on est toujours déconcerté. Cet été pendant 15 jours dans le sud algérien sur les pas du père Charles de Foucauld, alors que en France vous mourriez de chaud, au sens littéral du terme, nous, nous, étions transis de froid sous la pluie. Il y en a parmi nous, qui peuvent en témoigner. C’est tellement gros que vous n’allez pas me croire. Quinze jours de pluie, tant mieux pour les touaregs qui nous ont écrit pour nous dire que depuis que nous étions partis, il n’est pas tombé une goutte de pluie. Et la pluie a commencé avec nous. C’est tout à fait prodigieux. On doit avoir la baraka, je pense. Nous étions contents mais nous n’avions pas prévu un pèlerinage en Bretagne ! On n’était pas super équipé contre la pluie pour ne rien vous cacher.

 

Que prêche le désert ? La réalité ! La réalité que je n’invente pas, la réalité qui survient, qui nous bouscule, l’impact, le choc, du réel, le vrai réel et non pas le réel qui dit que tout le monde est beau, tout le monde il est gentil ! Ce réel en contreplaqué à moitié issu de la fabrique de mon imagination, et à moitié de ce qui advient. Vous savez cette manie que l’on a d’interpréter toujours le réel. Que l’on soit optimiste ou pessimiste, on l’interprète chacun à notre manière. Là, le réel survient comme une balle dans la poitrine, comme un coup de trique sur la tête. Et l’on est obligé de se plier à cette réalité. De marcher dans la boue. Avec des vêtements de pluie. Ou sans ! Et de dormir à la belle pluie au lieu de dormir à la belle étoile. Et de ne pas voir le lever de soleil sur l’Assekrem. J’en étais malade ! C’est un tort puisque, plus que les autres, je devais m’abandonner à la réalité. Vous savez que les prêtres sont appelés à être plus saints que vous, eh bien sur ce coup, je n’avais pas de temps d’avance sur les autres ! Le désert prêche le réel. On n'entendra jamais l’appel de Jésus si l’on est enfermé, dans une bulle égocentrée, et c’est pour cela que le réel  va se charger lui-même de nous ouvrir. Le moi se réveille dans l’impact avec le réel. Oui, le moi ne trouve pas encore son sens, il ne trouve pas encore son orientation un peu comme le matin quand on se réveille et que l’on n’est pas clair. Qu’est ce qui nous réveille le matin ? Le réveille-matin. C’est le choc du réel. Il y  en a qui mettent de la musique pour que le choc ne soit pas trop violent…Un peu moins rude… Il y a quelque chose qui nous réveille. Nous avions un professeur de philosophie, à la fac de Poitiers qui nous disait toujours : « Je ne comprend pas comment l’homme peut se réveiller. S’il se réveille lui-même, c’est qu’il est réveillé pour se réveiller ! Ah ! Il ne se réveille pas ? Bon, voilà, il n’est pas réveillé. Et pourtant on dit bien ‘je me réveille’ ! » Quelque chose m’a réveillé et je me suis réveillé.

 

Voilà ! Le moi éveillé que j’oppose au moi dormant (c’est « l’appel au moi dormant » dont il faudrait faire un conte aujourd’hui !!). C’est le Baptiste, vous reprendrez son message. Et il est donné au désert, à travers beaucoup de réalisme, à tous les niveaux. Quand la réalité nous est donnée avec force, c’est des moments qui pour moi, dans la relecture que je fais de ma vie -petite confidence-, sont les plus paisibles et les moins porteurs de regrets. Quand c’est le réel qui jaillit, et qui vient nous frapper, je n’en suis jamais l’auteur. Pour celui-là je n’ai rien inventé, je n’ai rien préfabriqué. Je ne l’ai pas arrangé à ma guise. Quand je le relis, je me dis : « c’est comme cela ». Ce n’est pas du fatalisme. Le fatalisme, ce serait de ne pas aller plus loin, de ne pas réagir au réel et donc de manquer à l’appel du Christ.

 

Et en effet, après la présence du Baptiste, le Maître commence à émerger comme Maître.

 

Et ce d’abord, en manifestant devant la foule en deux temps, qu’il était un Maître fiable. En effet pour qu’un Maître nous paraisse une personne fiable, il nous faut savoir deux choses : savoir qui il est et s’il va nous laisser libre. Sans cela, on ne peut le choisir comme Maître.

Savoir qui il est, c’est le baptême de Jésus. Là, le Père révèle aux hommes l’identité de celui-là qui est Jésus, le fils de Joseph le charpentier, fils de Marie. “ Celui-ci est mon fils bien aimé ”. Il faut aussi, à travers Lui, envisager l’ensemble de ses successeurs qui seront porteur du charisme  pour appeler.

Mais, deuxième temps, il faut qu’il soit fiable au sens où il ne va pas m’asservir. Est-il ‘clair’ ? Et c’est pourquoi Jésus est poussé par l’Esprit au désert. Là, il est soumis à trois tentations. Vous relirez ces trois tentations, ce que nous faisons au début du carême, pour l’entrée au désert du carême, et vous comprendrez que Jésus résiste à trois tentations qui sont valables pour le Maître et pour l’élève mais qui sont  terrifiantes quand le maître n’y résiste pas car elles consistent à asservir tôt ou tard les disciples. La convoitise de la chair, l’argent par exemple, convoitise des yeux et l’orgueil de la vie. Si vous tombez sur un Maître qui n’est pas humble, tôt ou tard vous ne serez plus son disciple mais son esclave.

 

Enfin, le nouveau maître, en même temps qu’il appelle, montre non seulement qu’il est un Maître fiable mais aussi un Maître véritable. Il a pouvoir, il montre son efficacité à donner la vie. Un professeur n’a pas besoin de pouvoir. Un maître a besoin d’autorité, car ses paroles doivent nous donner vie. “ Seigneur tu as les paroles de la vie ”. Pierre dit cela à Jésus après la multiplication des pains. C’est dans Saint Jean au chapitre 6. Quand tout le monde part, quand le discours de Jésus a déconcerté tous les autres disciples, les foules, la masse, Jésus se tourne vers eux : « Vous aussi, vous allez me quitter ? » «  Seigneur tu as les paroles de la vie éternelle ».

Je ne sais pas si vous avez eu la chance, la grâce dans votre existence d’entendre cet appel. Demandez-là.

 

c. L’appel lui-même. Viens et suis-moi !

 

Quand Jésus appelle, il dit “ viens et suis moi ”. « Suis-moi », d’abord. Nous ne le verrons pas tellement, mais le sermon sur la montagne, le premier à l’avoir vécu avant tous les autres, c’est Jésus lui-même. Avec le père Daniel qui est professeur d’écriture Sainte, nous parlions encore, il y a peu, des Béatitudes comme étant le portrait de Jésus lui-même. Pauvre en esprit, doux, artisan de paix, C’est Jésus tout cela.  Je sais que Jésus dans son humanité a vécu le sermon sur la montagne et j’emboîte son pas avec le même Esprit Saint qui reposait sur lui et qui m’a inondé. En ce sens là, on peut dire : c’est la suite de Jésus. “ Le sujet caché du sermon sur la montagne c’est Jésus ” dit le cardinal Ratzinger. Mais au-delà, j’aimerais que nous voyions cet appel à la suite du Christ comme ce qui donne le sens profond à notre ‘moi’. Ma vie, c’est le Christ,  “ pour moi vivre, c’est le Christ ” dira Paul. On en n’est pas encore là ! Avons-nous réalisé qu’en tant que disciple, notre vie n’est pas encore bien concentrée, qu’elle est pour une grande partie encore à évangéliser, que pour une part elle est attirée par l’appel du Christ mais, pour une autre part, elle est aspirée dans tous les sens. Il y a en nous encore, par le même mouvement de vie qui nous permet de suivre Jésus, des tendances à partir ailleurs. Nous ne sommes pas tout entier lumière.

Si vous acceptez de vous confesser, c’est que vous acceptez de faire reculer la limite des  ténèbres en vous. Mais pour aller plus loin, j’ai le sentiment que cet appel à être disciple crée une appartenance. Lorsque Jésus dit « suis moi », il sous entend : « désormais tu m’appartiens ». J’appartiens à l’Eglise qui est le corps du Christ, j’appartiens au Christ. Jean Vanier, dans une conférence qu’il avait donné à Lyon il y a deux ou trois ans, avait dit à propos d’un handicapé mental qu’il avait trouvé dans la rue, et qui n’appartenait à personne, “ nous avons tous besoin d’appartenir à quelqu’un ”. On comprend le discernement à poser pour choisir son maître. Mais, dans tous les cas, nous n’appartenons pas à un professeur. Un  professeur nous enseigne, il fait déborder un peu de sa connaissance sur nous avec plus ou moins de pédagogie. On essaie d’assimiler ce que l’on peut et on passe des examens. Ici, c’est d’autre chose dont il s’agit.

 

Notre vie démarre et se renouvelle sous le choc vigoureux de l’appel. Viens ! Suis le Christ ! Peut-être, manque-t-il à notre temps, peut être même à notre Eglise, des prophètes qui, à la suite de Jésus, appellent. Et, peut être, si notre vie se perd, se gaspille c’est que nous n’avons pas été appelés ou que nous n’avons pas voulu  entendre l’appel parce que nous évitons la réalité. Je pense à Elisée qui est derrière ses bœufs, comme les apôtres étaient derrière leurs filets de pêche, ils travaillaient. Ils étaient en contact avec la réalité du travail et là Jésus traverse leur vie : “ viens et suis moi ”. Nous ne remplacerons pas Jésus. Nous n’appartiendrons pas à Jean Paul II, ni à tel évêque ni à tel saint. Mais Jésus existe en lui, en eux. Mère Teresa fait une belle prière : « Mon Jésus aide moi à faire sentir ta présence partout où je passe ». Je la cite puisqu’elle vient d’être béatifiée.

 

Je voudrais introduire le sermon sur la montagne maintenant mais réfléchissez à cela : Ai-je été appelé ? Suis-je  appelant ? Et, dans notre existence, avons-nous donné la vie ? Pas seulement parce que nous avons été papa ou maman en accomplissant ce qu’il fallait sur un lit et qu’un enfant est né. Certes, d’une manière ou d’une autre, nous avons peut-être donné la vie comme cela mais la fécondité ne s’arrête pas à la fécondité charnelle auquel cas celui qui a douze enfants serait douze fois fécond, et terminé ! Mais je crois qu’on donne la vie en réveillant le moi d’un autre et l’on donne la vie par un appel : « Viens ! Aide moi à faire telle chose. Il y a une trajectoire de lumière et d’amour, nous la parcourrons ensemble. Toi aussi, je te connais par ton nom et je t’appelle. »

 

 

            3. La vie sous l’appel : approche globale du Sermon sur la montagne.

 

« Seigneur tu m’apprends le chemin de la vie ;

devant ta face débordement de joie !

A ta droite éternité de délice ». Ps 15, 11

 

Les paroles que nous allons lire cette année ont dû être particulièrement marquantes. Parce que Matthieu lui-même l’affirme : « Quand Jésus eu terminé son discours les foules étaient frappée de son enseignement. Car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes ». Il y a quelque chose comme un poids dans ces mots, c’est un Maître fiable qui est efficace. Il fait pénétrer ses paroles dans les coeurs.

 

Le cardinal Martini disait qu’il faudrait connaître par cœur le sermon sur la montagne. Nous nous réfugions derrière   le fait que nous ne sommes plus une civilisation orale, que nous avons des écrits et que notre mémoire est très faible. Peut être faudrait-il apprendre par cœur le sermon sur la montagne et retenir ses paroles d’éternité…

 

Ne nous décourageons pas si, après les avoir lues,  un certain nombre de fois, nous avons l’impression qu’elles ne restent pas, ces paroles de vie. Comme ce sont les paroles du Christ, elles ont une autorité, elles ont une force telle qu’elles peuvent se graver plus profondément que notre mémoire. Cela est gravé dans notre cœur et cela resurgit parfois.

Ce sont des paroles de vie, un joyau de l’histoire religieuse universelle. Je peux vous citer Gandhi : «A mesure qu’augmentait mon contact avec les vrais chrétiens (Il a eu de la chance d’en rencontrer !), j’ai vu que le sermon sur la montagne était tout le christianisme. Pour qui veut vivre une vie chrétienne, c’est ce sermon qui m’a fait aimer Jésus ». Si nous étions capables de pardonner à notre ennemi les incroyants se convertiraient.

 

Jean-Paul II s’est servi de ce passage pour s’adresser aux jeunes à Toronto, il y a un an : « Sur une montagne proche du lac de Galilée », un petit lac en forme de lyre bordé de douces collines. Ce n’est pas le Thabor et encore moins l’Hermon ; quelques douces collines verdoyantes, c’est la Galilée. Au sommet d’une de ces collines, a été construite une église, celle des Béatitudes, là où Jésus aurait prononcé le sermon sur la montagne. Jean-Paul II : « Sur une montagne proche du lac de Galilée, les disciples de Jésus étaient à l’écoute de sa voix : douce comme le paysage même de la Galilée, pressante comme un appel à choisir entre la vie et la mort, entre la vérité et le mensonge. (Pardonner, aimer, ne vous faites pas de soucis, ce n’est pas des paroles vagues…) Le Seigneur prononça alors des paroles de vie qui seraient appelées à résonner pour toujours dans le cœur des disciples. Et aujourd’hui, jeunes de Toronto, il vous adresse les mêmes paroles. Ecoutez la voix de Jésus au plus profond de vos cœurs ! Ses paroles vous disent qui vous êtes en tant que chrétiens. Elles vous enseignent ce que vous devez faire pour demeurer en son amour ”. (28.07.2002)

 

Le plan du sermon sur la montagne, regardons-le avec les numéros des conférences suivantes et les passages correspondants de ce Sermon de Jésus qui est une partie de l’évangile selon saint Matthieu, entre le chapitre 5,3 et le chapitre 7, 27.

I.                     L’exorde : 5, 3 à 16 Les bonheurs du disciple et sa mission (conférences 2 sur la joie et conférence 3 sur les désirs et la douceur

II.                   Le corps du discours : 5, 17 à 7, 12 encadré par « la loi et les prophètes » (5, 17 et 7, 12) Jésus se situe face à l’AT en trois temps

·       Face à la loi : 5, 21 à 48 Six antithèses pour une justice supérieure (conférence 4 sur l’infini de notre vie)

·       Face aux pratiques religieuses : 6, 1 à 18 avec trois exemples qui invitent au secret (conférence 5 sur la paix du cœur)

·       Face à la providence du Père : 6, 19 à 7, 12 une série de préceptes jusqu’à la règle d’or (conférence 6 sur le sens de la vie et les choix à faire)

III.                 La conclusion : 7, 13 à 27 Invitation au discernement et à l’action (conférence 7 sur la mise en pratique)

 

Le premier passage, l’exorde, contient le chant des Béatitudes : j’en tirerai deux conférences l’une sur la joie car le mot heureux y est neuf fois répété et l’autre sur les désirs et la douceur, les deux grandes forces de l’homme.

 

Vient ensuite le corps du discours, que l’on déroule ordinairement en trois parties car Jésus va situer la vie nouvelle de son disciple par rapport à l’Ancien Testament et cela en trois temps : face à la loi, d’abord, la loi ancienne, le décalogue, “ il vous a été dit que, et moi je vous dis que ”, opposition très forte qui appelle à l’infini dans le pardon, l’infini toujours. Puis, face aux pratiques religieuses, qui ne sont pas mauvaises non plus, aumône prière, jeûne, Jésus va nous inviter au secret du cœur. La pratique intérieure qui nous fait tendre à la paix du cœur. La vie est bouillonnante, elle n’implique pas nécessairement une tension intérieure. Enfin, face à la providence du Père et de nos soucis du quotidien, comment poser des décisions, trouver le sens et faire des choix. C’est important pour vivre, Beaucoup sont noyés dans l’indécision. Incapables de voir le but, ou dans l’impossibilité de trancher, de choisir.

 

La dernière conférence nous donnera les éléments qu’il faut avoir pour tenir dans les tempêtes… Ce qui ne va pas dans le sens hélas fréquent du désengagement, mais au contraire dans le sens de la fidélité d’abord à soi-même. Il s’agit de tenir dans la durée dans le discernement et l’action.

 

Deux éléments transversaux traversent tout le discours et nous les retrouverons en chaque partie : le « faire » et le « Père »

 

c. Le but du Sermon : le « faire » chrétien 

 

Il y a le but de ce sermon : de vivre, de faire, d’agir ; loin des idéaux qui nous découragent, les paroles de vie de Jésus nous invitent à poser des actes. Chambers disait que ses paroles, ce sont des torpilles, qui frappent. On doit agir, le mot « faire » l’indique constamment. Il y a nombre d’exemples où l’on parle de faire, faire la volonté du Père…On nous dit parfois : « il faut être plutôt que faire ». Cela, c’est quand on est fatigué !  Mais une vie qui ne pose pas des actes demeure dans le rêve, dans l’illusion, dira saint Jacques. Si nous sommes chrétiens ce n’est pas pour prétendre à un savoir en plus : « j’ai un grade en plus ». A partir du moment où nous appartenons à Jésus, il convient que notre moi soit une force atomique pour transformer le monde. Cependant,  Il ne s’agit pas de faire dans l’activisme.

 

d. Son centre : son Père est notre Père 

 

Il y a aussi à côté du « faire », la présence continuelle du Père. Le fil rouge du sermon, c’est le mot Père. Le Fils va vers le Père, mais il y va à travers toute sa vie terrestre,  il prend toute la pâte humaine et il la soulève vers le Père. Et nous les chrétiens, à sa suite nous entraînons tout de que nous pouvons d’être humains vers le Père. Des sillages de lumière que nous devrions laisser dans le ciel comme des comètes. En prenant le sermon sur la montagne, vous trouverez le Notre Père au centre géographique. Ce n’est pas un hasard. Vous pouvez compter les versets dans un sens et dans l’autre. Notre Père qui est aux cieux… Nous ne serons pas de petites gens. Nous serons des gens dans un univers très petit, nous aurons un quotidien petit, mais nous aurons le cœur dilaté dans l’infini,  comme celui des saints. Marcher à la suite de Jésus c’est aller vers le Père. J’ai compté 17 fois le mot Père. Son Père est notre Père. Mon Père qui est dans les cieux et  mon Père, votre Père. Il veut nous faire vivre de telle sorte que son Père devienne nôtre. En appartenant à Jésus, j’appartiens au Père.

 

Dis-moi, étrange voyageur,

Où vas-tu ?

Vers quel pays diriges-tu tes pas ?

Dis réponds-moi.

 

Le voyageur se taisait.

 

Dis-moi, étrange voyageur,

Quel désir dans ton cœur ?

De quel pays nouveau

Veux-tu franchir les frontières ?

Dis, réponds-moi.

 

Le voyageur se taisait.

 

Dis-moi, étrange voyageur,

Décris-moi ton étrange pays

Raconte-moi ces lieux

Où tu dis que l’on n’arrive jamais.

Dis, réponds-moi.

 

Le voyageur se taisait.

 

Dis-moi, étrange voyageur,

Où porte ton regard ?

Quel pays habitent tes yeux ?

Quels espaces hantent tes paupières ?

Dis, réponds-moi.

 

Alors l’étrange voyageur

Regarda droit devant lui,

Au loin, très loin,

Et il me dit :

Viens, suis-moi !

 

Approches de Jésus C.N.E.R Centurion p.63