Confédération des Chanoines Réguliers

de Saint Augustin

 

Lettre aux Confrères

 

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 Aux Membres de la Confédération

des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin,

aux Chanoinesses Régulières et à nos Amis,

 

 

 

«L’Abbé est père, à la façon du Christ au milieu de ses disciples...  C’est sans doute l’aspect le plus audacieux de la règle et de la vie monastique en général d’avoir fait de l’Abbé comme le sacrement du Christ dans son rôle d’éducateur de la vie filiale de ses disciples. L’Abbé n’a pas pour but de colmater les brèches affectives de notre enfance.» (Père Bernard Ducruet, Abbé émérite de l’Abbaye de Saint-Benoît sur Loire. L’autorité en communauté. Pneumathèque.) Ce qui est vrai pour la vie monastique, l’est aussi dans la perspective de la vie canoniale, pour l’Abbé dans le soutien de ses Frères, qu’il est appelé à réconforter et à stimuler.

 

Les Statuts de la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin confient à l’Abbé Primat la mission de promouvoir la vie canoniale. «En conséquence sa charge l’oblige à développer l’esprit canonial chez tous les membres de la Confédération, et, en dehors de l’Ordre, de promouvoir la vie commune du clergé, ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé avec d’autres personnes.»

 

Aujourd’hui, en la fête du saint Curé d’Ars, je désire vous rejoindre par le biais d’une Lettre aux Confrères à la faveur d’un quadruple anniversaire qui nous concerne: Cette année est marquée pour la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, par plusieurs célébrations. À cette occasion, je vous envoie ce message comme un signe de fraternité et comme une exhortation. Glanant quelques éléments de ces commémorations, je veux continuer de «revisiter avec vous la maison Chanoine Régulier.» (Lettres aux Confrères  2006 et 2007)

 

 

I. 50 ans de la Confédération

 

Le pape Jean XXIII, par la Lettre Apostolique datée du 4 mai 1959, en la fête de sainte Monique instituait un lien entre diverses congrégations: la congrégation Saint-Sauveur du Latran, la congrégation d’Autriche, la congrégation du Grand-Saint-Bernard, la congrégation de Saint-Maurice.

 

Ce foedus caritatis fut inauguré par une Messe pontificale célébrée par le nouvel Abbé Primat, Monseigneur Louis Séverin Haller, Abbé de Saint-Maurice et Évêque titulaire de Bethléhem, dans l’Archibasilique du Latran, vénérée comme Mère et Tête de toutes les Églises, dont le titre est fidèlement retenu par la Congrégation des Chanoines Réguliers de Saint-Sauveur du Latran. Le Conseil Primatial, le 6 octobre 2009, s’y retrouvera pour l’Eucharistie présidée par son Éminence le cardinal Franck Rodé, Préfet de la Congrégation pour la Vie Consacrée.

 

La Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, créée à l’aube du Concile qui, précisément, a regardé l’Église dans son mystère de communion comportait quelque chose de prophétique, elle invitait les diverses Congrégations à ne pas rester dans un isolement, mais à mieux se connaître et s’entraider, en un moment  où l’on ne peut prétendre demeurer seul et s’autosuffire.

 

Le foedus caritatis a conduit sans doute à une meilleure connaissance réciproque, mutuelle, chaleureuse entre Chanoines réguliers et leur a permis d’être mieux connus à travers rencontres, Congrès, Semaines d’études, Revues, dont Ordo Canonicus.

Témoin aussi de cet effort commun pour faire connaître l’Ordre canonial La déclaration du Conseil Primatial sur la vie canoniale du 4 mai 1969.

 

 

II. Le 950e anniversaire du 2e Synode du Latran

 

Au Propre de la Liturgie des Heures, à l’usage de notre Confédération, pour la fête de Saint Grégoire VII, nous lisons un passage des Actes du Synode: «C’est un fait connu: un certain nombre de membres du clergé, enflammés par le Saint-Esprit du feu de la charité parfaite, ont embrassé la vie commune à l’exemple de l’Église primitive; leurs biens, ils les ont distribués aux pauvres, laissés à leurs familles, ou encore offerts aux Églises du Christ; et ils ont fait profession de ne rien posséder en propre.»

 

Hildebrand, étant encore sous-diacre de l’Église de Rome, contribua grandement à la réforme de l’Ordre canonial: au cours du Synode célébré à Rome en 1059, il fit introduire une observance plus stricte. Il fut élu à la chaire de Pierre, en 1073, dans la basilique de Saint-Pierre-aux-Liens, prenant le nom de Grégoire VII. Il continua avec zèle l’œuvre de la réforme.

 

À propos de ce mouvement, je voudrais citer le Père Jean Chatillon qui nous disait dans une conférence donnée à la Semaine d’Études Canoniales à Neustift, le 8 septembre 1976: «Les historiens ont été longtemps à peu près unanimes à désigner par l’expression de ‘réforme grégorienne’, du nom de son plus éminent artisan, le pape Grégoire VII, le vaste mouvement de rénovation institutionnelle et spirituelle qui s’est effectué au sein de l’Église, durant la seconde moitié du XIe siècle et la première moitié du XIIe. Certains estiment pourtant, aujourd’hui, que cette expression ne répond que très imparfaitement à la réalité des faits, tels qu’une meilleure information nous permet maintenant de les connaître, et préfèrent à la notion de ‘réforme’, celles, plus exactes et plus significatives, de ‘crise’ ou de ‘renouveau’, la réforme proprement dite n’étant qu’un aspect particulier d’une mutation beaucoup plus profonde qui a véritablement transformé la législation, les institutions et la vie de l’Église. 

 

Il y eut un mouvement de renouveau, qui ne tardera pas à s’amplifier sous l’influence des réformateurs et des prédicateurs grégoriens, mais avant même que ceux-ci n’interviennent, on voit surgir, au sein de l’ordre canonial, des initiatives et des tentatives qui annoncent déjà des temps nouveaux, marqués par une volonté de retour aux traditions et aux aspirations  de la primitive Église, des Apôtres et de l’Évangile.» (id. p.13)

Ils se réclament d’une vita apostolica, ad instar primitivae Ecclesiae, secundum communionem.

 

Tous ces ferments de renouveau seront confirmés par le Synode de Latran II. Et en évoquant t aujourd’hui cet évènement nous demandons pour notre Ordre la ferveur de cette Église primitive,  des premiers chrétiens autour des Apôtres, l’authenticité de la vita apostolica.

 

Je reviens à une conférence du Père Jean Châtillon. Elle exprime avec beaucoup de nuance ce qui s’est passé, en cette période, pour les chanoines réguliers. «D’où  leur venait cette volonté de retour à la primitive Église qui les habitaient et qui était le ressort de leur action… L’historien qui considère aujourd’hui cette seconde moitié du XIe siècle, où tout renaît, en quelque sorte, et où tout recommence, a l’impression d’assister au sursaut d’une Église qui a pris conscience, dans ses profondeurs, de la nature de la crise qu’elle traverse, mais qui a trouvé en elle-même, comme d’instinct, le moyen de la surmonter. Il est certain, sans aucun doute, que les réformateurs grégoriens ont souvent exagéré la gravité des maux avec une sévérité excessive les institutions et les pratiques qu’ils voulaient transformer. Mais on ne peut oublier pour autant que cette Église du XIe siècle doutait alors d’elle-même et de ses structures vieillissantes. »

 

(Jean Châtillon. Le mouvement canonial au Moyen Age. Réforme de l’Église, spiritualité et culture.  Bibliotheca Victorina. Etudes réunies par Patrice Sicard.

cf Ordo canonicus, seriers altera, 1978, p. 64-103  et 104-127

et Ordo canonicus, seriers altera, 2, 1982, p.7-30)

 

 

III. Une année sacerdotale

 

Le pape Benoît XVI fait don à l’Église d’une année sacerdotale spéciale le 19 juin 2009 , en la fête du Sacré Cœur. Elle s’achèvera le 19 juin 2010 par une rencontre sacerdotale mondiale, place Saint-Pierre à Rome. «Une telle année veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau  intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui». À l’occasion du jubilé du 150e anniversaire de la mort du Curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, Benoît XVI a annoncé une année sacerdotale qui a commencé en la solennité du Sacré Cœur de Jésus

 

La participation du sacerdoce du Christ ne se limite pas au sacerdoce ministériel. Il ne faut pas réduire le sacerdoce du Christ au sacerdoce ministériel. Il ne s’agit pas d’accorder une part du gâteau , une part de pouvoir aux fidèles laïcs. Le sacerdoce ministériel se distingue sur le plan ontologique, mais n’épuise pas la richesse du sacerdoce. Toute l’Église est sacerdotale: «Avec les laïcs, les prêtres forment l’unique peuple sacerdotal.» Si, après une période de doute, de crise d’identité, nous voulons retrouver la richesse du sacerdoce, toute sa grandeur, il nous faut nous remettre dans la lumière de la source. Cette année qui vient de débuter avec la fête du Sacré-Cœur est une occasion favorable. «Le sacerdoce c’est l’amour du Cœur de Jésus». Le Pape ne répond pas par des considérations socio-religieuses, mais encourage à un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres pour que le témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui soit plus fort et plus incisif:

 

«La dimension missionnaire du prêtre naît de sa configuration sacramentelle au Christ Tête: elle porte en elle, comme conséquence une adhésion cordiale et totale à ce que la tradition ecclésiale a identifié comme l’apostolica vivendi forma. Celle-ci consiste dans la participation à une ‘vie nouvelle’ entendue de façon spirituelle, à ce nouveau style de vie qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui a été adopté par les apôtres… Certes, la grande tradition ecclésiale a, à un juste titre, séparé l’efficacité sacramentelle de la situation existentielle concrète du prêtre, et ainsi les attentes légitimes des fidèles ont été sauvegardées de façon adéquate. Mais cette juste précision doctrinale n’ôte rien à la tension nécessaire, et même indispensable, vers la perfection morale, qui doit habiter tout cœur authentiquement sacerdotal.» (Benoît XVI, à l’assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009)

L’apostolica vivendi forma et le lien entre sacerdoce et sainteté, c’est bien ce que voulut Augustin pour lui et pour ses prêtres. C’est également ce que voulurent les réformateurs du XIIe siècle. La conférence du Père Jean Chatillon lors d’une semaine d’études à Neustift montrait la vocation canoniale au service d’une Église qui porte en elle une exigence incontournable de sainteté.

 

Accueillons cette initiative du Saint-Père comme un don pour nos communautés canoniales. Comment ne pas penser à ce que Augustin voulait pour ses frères prêtres: duo professus est, professus est sanctitatem et professus clericatum?

 

 

Voilà un moment favorable , une grâce de renouveau pirituel de ce que Dieu a déposé en nous par l’imposition des mains de l’évêque (cf II Tim I, 6 -8)

 

Que cette année jubilaire soit une invitation pour le peuple sacerdotal de Dieu et pour tous les prêtres , une invitation à vivre la radicalité évangélique.

 

Souvent on entend l’objection de la part de prêtres diocésains: nous ne sommes pas religieux. Nous n’avons pas fait des vœux. La différence religieux-diocésains ne consiste pas dans le fait que l’on opterait pour une réponse au rabais. Le prêtre diocésain, s’il ne s’engage pas sous la forme des vœux de religion, ne promet pas moins , lors de son ordination, de vivre les conseils évangéliques. Au jour de son ordination, le futur prêtre déclare publiquement vouloir «se consacrer à Dieu avec le Christ pour le salut du genre humain» (Rituel des ordinations).

 

Le Pape Jean XXIII, dans l’Encyclique Sacerdotii nostri primordia, publiée en 1959 à l’occasion du premier centenaire de la mort de Jean-Marie Vianney présentait sa figure ascétique sous le signe des ‘trois conseils évangéliques’, qu’il jugeait nécessaire aussi pour les prêtres: «Si pour atteindre à cette sainteté de vie, la pratique des conseils évangéliques n’est pas imposée au prêtre en vertu de son état clérical, elle s’offre néanmoins à lui, comme à tous les disciples du Seigneur, comme la voie royale de la sanctification de la sanctification chrétienne. Le Curé d’Ars sut vivre les ‘conseils évangéliques’, selon les modalités adaptées à sa condition de prêtre(cf Benoît XVI. Lettre aux prêtres: l’immensité du don. 18 juin 2009).

 

 

 

 

IV. 150 ans de la mort du Curé d’Ars

«Véritable exemple de pasteur au service du troupeau du Christ»

 

À l’occasion du 2e centenaire de la naissance de Jean-Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, Jean Paul II dans la lettre adressée à tous les prêtres de l’Église, écrivait:«Nous désirons tous remercier le Christ, le prince des pasteurs, pour ce modèle de vie et de service sacerdotal que le Saint Curé d’Ars présente à toute l’Église et, avant tout, à nous les prêtres.»

 

Selon le porte-parole du Saint-Siège, «cela peut paraître une provocation d’inviter les prêtres du monde à prendre pour modèle le curé d’un petit village français de 200 habitants, mort il y a 150 ans, souligne le P. Lombardi, mais si le prêtre vit vraiment de l’Eucharistie et de la réconciliation entre Dieu et les hommes, autrement dit de la manifestation de la miséricorde de Dieu, le temps et le lieu deviennent secondaires ». Jean Paul II nous a invités à méditer «sur notre sacerdoce devant ce pasteur hors pair qui a illustré à la fois l’accomplissement plénier du ministère sacerdotal et la sainteté du ministre». Le Père André Ravier termine son ouvrage sur le Curé d’Ars par cette phrase: «La grâce du Curé d’Ars, ce fut, donnée  par Dieu, et reçue à un degré éminent, la grâce de prêtre de Jésus Christ.» (op.cit. p. 90)

 

En une période encore récente (les années 1970-1980) il n’était pas rare d’entendre des critiques à l’encontre d’affirmations regardant le Curé d’Ars comme modèle du ministère.

Que de changements! Jean-Paul II, dans le Discours aux prêtres à Notre-Dame de Paris en 1980 évoque«le Curé d’Ars comme un modèle hors pair du ministère et de la sainteté du ministre.» Après l’attentat de 1981, Jean Paul II confie à André Frossard: «Toute la vie (du Curé d’Ars) a été un témoignage rendu à la puissance du Christ-Prêtre. J’estime que nous n’avons pas le droit de renoncer à de tels modèles sous prétexte d’adaptation ou de recyclage. Nous ne pouvons les tenir pour ‘périmés’ ou ‘inactuels’… Nous pouvons, nous devons même les imiter, en les relisant à la lumière - ou à la lueur- des temps nouveaux.» (André Frossard. N’ayez pas peur! dialogue avec Jean Paul II)

 

Chanoines Réguliers, nous sommes Monastère de clercs (Saint Augustin, sermon 355, 2); nous avons fait profession de sainteté et de cléricature, selon l’expression de notre père Augustin.

 

Évoquant le saint Curé d’Ars, je voudrais rappeler un aspect de la biographie du Curé d’Ars qui est particulièrement intéressant pour nous, Chanoines Réguliers. Un prêtre eut un rôle irremplaçable dans la formation et l’accès au sacerdoce de Jean-Marie Vianney. C’était un chanoine régulier de la Congrégation de Sainte Geneviève. Il avait été vicaire et maître des novices du Prieuré Saint-Irénée de Lyon. Au moment de la Révolution, il est curé de Choue, dans le Loiret, qu’il dut d’ailleurs fuir. En 1803, il est curé d’Écully.

 

Au milieu de toutes les difficultés que traverse Jean-Marie Vianney dans sa marche vers le sacerdoce, c’est l’avis de M. Balley qui pesa dans la balance, et ce fut pour une très grande part grâce à sa ténacité que Jean-Marie Vianney accéda au sacerdoce.

 

Après son ordination à Grenoble, à l’âge de 29 ans, il revint comme vicaire à Écully, près de son protecteur, l’abbé Balley. L’un et l’autre avaient un très grande soif de sainteté.Le Curé d’Ars dira un jour que «la lecture de la vie des saints ne lui avait pas donné une aussi haute idée de la sainteté que la vie de M. Balley.»

 

Dans ce pauvre presbytère, tout le luxe est réservé au spirituel. Et là, rien ne manque, depuis l’oraison matinale devant le tabernacle, les entretiens spirituels, le bréviaire en commun aux heures régulières, jusqu’aux récollections, aux retraites, aux pélerinages à Fourvière.

 

Comme on l’a remarqué fort justement, «la sainteté du Curé d’Ars a sa source dans la sainteté du curé d’Ecully… À la manière des prêtres des premiers siècles, le curé d’Ars imitera son père spirituel. Il a fait à Ars ce qu’il a vu faire à Ecully.» (M. Mallet o.p. Le vrai journal d’un curé de campagne dans la tradition sacerdotale . Le Puy. 1959, p. 169 -170).

 

La pastorale des Génovéfains et la pastorale du Curé d’Ars

 

Ce que Jean-Marie Vianney a vécu à Ecully, je le laisserai exprimer par le Père Ravier: «En fait, la vie pastorale à laquelle M. Balley initia l’abbé Vianney fut celle dont les Génovéfains avaient fait leur idéal: une certaine générosité à vivre, dans un même élan d’amour, la vie contemplative et la vie active. Contemplatifs parce que chargés d’âmes; actifs, débordants d’une charité infatigable au service des âmes parce que contemplatifs. Au point que le curé et le vicaire d’Écully s’efforcèrent d’établir entre eux un peu de la vie communautaire des génovéfains: ils récitèrent ensemble les heures canoniales.»

 

Je voudrais relever encore un point qui doit tout spécialement nous toucher et nous réjouir, car il nous met en présence du trésor même de toute l’Église, mais aussi au cœur de la tradition canoniale. L’on trouve chez le curé d’Ars un souci hérité de la tradition génovéfaine: la décence du culte, et surtout la place de l’Eucharistie dans la vie sacerdotale.

 

À l’exemple de l’abbé Balley, le Curé d’Ars se souviendra plus tard que les cérémonies ne sont jamais trop belles et les ornements jamais trop riches quand il s’agit d’honorer le Seigneur. Ainsi il devait multiplier les efforts pour rendre l’Église attrayante à son peuple, en faire le vrai «foyer» du village, améliorer «le ménage du Bon Dieu». Il nous montre tout le soin que l’on doit apporter dans la célébration de la liturgie, dans la préparation, et jusque dans l’exactitude, la ponctualité. «Il n’aime pas faire attendre le Bon Dieu», la messe ne souffre aucun retard. Le Seigneur est là, tout prêt à se donner: c’est lui, le plus pressé, le reste doit attendre.

Mais c’est surtout à une adoration en esprit et en vérité que Jean-Marie Vianney fut formé à l’école de M. Balley. Sans doute est-ce aussi auprès de son maître qu’il faut cherher la source de sa fidélité à la prière au milieu du peuple de Dieu. Il passera de longues heures en adoration devant le tabernacle. En lui, tout révélait l’intensité de sa foi en la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, qui fut le centre de sa vie. «Les témoins sont unanimes sur ce point. Les paroles et les gestes du Curé indiquent que sa pensée était constamment tournée vers la présence de Notre Seigneur, dans le tabernacle» (Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, sa pensée, son cœur. Bernard Nodet).

 

«À sa messe, ou auprès du tabernacle, le Curé d’Ars se sentait au cœur du monde, en train d’œuvrer avec Jésus-Christ à la rédemption universelle.» (P. Ravier, o.p. cit. p. 32)

 

L’Eucharistie était bien au centre de sa vie spirituelle et de sa pastorale. Il disait «toutes les bonnes œuvres réunies n’équivalaient pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes et la sainte messe est l’œuvre de Dieu.» C’est là qu’est rendu présent le sacrifice du calvaire pour la rédemption du monde. Évidemment, le prêtre doit unir le don quotidien de lui-même à l’offrande de la messe «qu’un prêtre fait donc bien de s’offrir à Dieu tous les matins.» «La sainte communion et le saint sacrifice de la messe sont les deux actes les plus efficaces pour obtenir le changement des cœurs! Ainsi la messe était-elle pour Jean-Marie Vianney la grande joie et le réconfort de sa vie de prêtre  (Jean-Paul II, lettre à l’occasion du Jeudi-Saint 1986)

 

Pour conclure., accueillons le souhait de Benoît XVI: «Puisse cette nouvelle année jubilaire constituer une occasion propice pour approfondir la valeur et l’importance de la mission sacerdotale et pour demander au Seigneur de faire à son Église le don de nombreux et saints prêtres.»

 

 

Accueillant Benoît XVI à Lourdes en 2008, le cardinal André Vingt-Trois reconnaissait:«Nous souffrons de notre difficulté à accompagner les vocations sacerdotales et religieuses mais nous ne baissons pas les bras.»

 

En cette année sacerdotale demandons très spécialement au Seigneur de faire à son Église et à notre Ordre le don de nombreuses vocations. Que nous n’ayons pas à offrir aux jeunes que nous rencontrons que nos doutes, nos découragements et nos pessimismes devant des situations difficiles de crise. Il y va de notre foi et de notre confiance en Celui qui nous a appelés et qui est toujours présent à son Église. Dans sa fidélité de toujours à toujours, il ne cesse de dire «Venez et voyez.». Saint Augustin disait: «Tu ne te sens pas attiré, prie pour être appelé.» La prière humble ouvrira ton cœur et te donnera lumière et courage.

 

En cette année du sacerdoce, ton Église qui se reconnaît tout entière sacerdotale, se tourne vers Toi, l’Unique Prêtre, en te rendant grâce L’action de grâce est bienfaisante. Saint Bernard l’a exprimé ainsi dans son commentaire sur le Cantique des cantiques (Sermon XIII):  «Toutes les eaux ne cessent de retourner à l’eau-mère par un réseau secret de canaux souterrains, pour reparaître ensuite sous nos yeux et répondre à nos besoins, dociles à la loi d’une inlassable circulation. Pourquoi les eaux des rivières spirituelles ne reviendraient-elles pas de même, sans erreur et sans interruption, à leur source première, afin d’irriguer continuellement les champs de nos âmes? Les fleuves de la grâce remontent au lieu où ils ont jailli, afin d’en jaillir à nouveau Il faut que le courant divin soit renvoyé à son point de départ, pour mieux tremper le sol et le fertiliser. Mais comment l’obtenir, me direz-vous? L’apôtre l’enseigne: ‘en remerciant Dieu de toutes choses’ (I Th 5, 18).»

 

Caritate serviente felix

 

  Maurice BITZ, Abbé Primat

 

En la fête du Saint Curé d’Ars, le 4 août 2009

 

 

 


 

« Caetus felix, dulce convivium,
Lapsis ubi datur solatium,
Desperatis offertur spatium respirandi »

 

 

 

Adam de Saint-Victor
Œ uvre poétique La Dédicace
(Jerusalem et Sion filiae)

Aux Membres de la Confédération
des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin,
aux Chanoinesses Régulières et à nos Amis,

Lorsqu’il m’a été demandé si j’acceptais la charge d’Abbé Primat, au sein de la Confédération des chanoines réguliers de Saint-Augustin, ma réponse était lourde de l’intime et fort désir de tout mettre en œuvre pour en réaliser la mission, telle que demandée par nos Statuts.
« L’Abbé Primat est le promoteur de la vie canoniale. En conséquence sa charge l’oblige à développer l’esprit canonial chez tous les membres de la Confédération, et, en dehors de l’Ordre, de promouvoir la vie commune du clergé. Ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé avec d’autres personnes. »
Le champ dans lequel d’autres avant moi ont travaillé afin de promouvoir le foedus caritatis est riche de la beauté de notre vie canoniale. Je suis disposé à y œuvrer à mon tour, attentif à développer ce qui pourrait donner, en notre temps, un coup d’aile, un nouvel élan.
Notre Ordre n’est pas condamné à rester dans les musées, mais il est appelé à se rajeunir, à se renouveler, à l’intérieur même du grand renouveau de l’Église.
Les contacts avec d’autres pays, d’autres races, d’autres cultures, conduisent à mieux découvrir la richesse du charisme fondateur... Ils montrent dans des contextes très différents des bourgeons prêts à éclore.
Au service de notre belle vocation canoniale, nous avons peut-être à multiplier des initiatives, à favoriser les échanges entre nos diverses Congrégations, dans des rencontres fraternelles et à être attentif à des petites fleurs dans le désert, parfois en dehors de nos structures. « Ne voyez-vous pas, dit le Seigneur, que je fais toutes choses nouvelles ! »

Après le Congrès de 2004, la rencontre des jeunes Frères, à Champagne, dans un climat convivial a également montré un chemin. Ne serait-il pas bon de provoquer des rencontres de nos jeunes Frères dans les années qui suivent leurs engagements ? Bien sûr, ils sont déjà souvent surchargés, mais les fragilités d’aujourd’hui demandent vigilance. Souvent ils travaillent et vivent dans des conditions difficiles. Ils ont besoin d’être soutenus, d’être écoutés.
L’attention aux jeunes est souhaitée de toujours. Saint Benoît dans sa Règle demande que les jeunes soient aimés. Au chapitre 4 de sa Règle, il pose la question des instruments pour bien agir : « Vénérer les anciens. Aimer les jeunes ».
II y a sans doute, une exigence particulière en notre temps. Nos jeunes ont besoin de paroles d’exhortation et d’encouragement. Ils ont besoin d’être fortifiés. Le cardinal Carlo-Maria Martini, tout au long de son ministère épiscopal à Milan, a porté une attention particulière aux jeunes prêtres dans leurs premières années de ministère. « Le premier contact avec les tâches pastorales n’est pas toujours facile et il mérite d’être soutenu avec soin ». Afin de stimuler leurs énergies spirituelles et apostoliques, il les accompagnait et leur prêchait des retraites (cf. Prêtres quelques années après. Ed. Cerf 1992).

Que pouvons-nous proposer dans nos congrégations ?

Je pense que les plus anciens doivent être vigilants et donner, non point artificiellement, le beau témoignage de la constance et d’une vivante espérance.
A l’intérieur de la confédération nous avons peut-être à nous épauler, à nous entraider dans des propositions qui construisent. Vos propositions sont bienvenues et seront étudiées au prochain conseil primatial. J’ai déjà cité les mots que m’adressait, au terme de l’Audience générale, le 9 novembre dernier, le Saint-Père : « Vous savez, me dit-il, je suis de tradition augustinienne. Il est important aujourd’hui que cette tradition soit vivante. Elle est tout à fait actuelle ». N’y aurait-il pas une piste pour nos recherches ?

Le 19 novembre 2005, en l’Abbaye prémontrée d’Averbode (Belgique), aux funérailles du Père Abbé, il y avait de nombreux Supérieurs religieux. Le défunt avait travaillé intensément à la rencontre des communautés de religieux et de religieuses en pays flamand et à une meilleure connaissance mutuelle, ainsi qu’auprès de nos confrères germanophones de la Confédération. Alors que l’on évoquait le travail du défunt, les Abbés francophones de Frigolet et de Leffe ainsi que l’Administrateur de Mondaye m’ont interpellé autour d’une proposition : réunir nos jeunes Frères pour des sessions sur saint Augustin et sur la vie canoniale.
Depuis plus de 40 ans, dans nos Congrès et nos semaines d’études, nous avons voulu être attentifs aux appels de notre temps, comment être présents en tant que chanoines réguliers, dans cette Église qui se renouvelle ? Comment vivre aujourd’hui notre vocation ? L’obsession du comment fait souvent perdre de vue l’essentiel de notre appel.
Nous avons cherché à tracer, souvent à tâtons, la figure du chanoine, à le définir : Qu’est-ce qu’un chanoine régulier ? Toutes ces recherches nous ont aidés et nous ont, sans doute apporté beaucoup de richesses. Nous nous retrouvons encore souvent devant la difficulté à situer la vie canoniale. Dans la rencontre des jeunes qui a suivi le dernier Congrès, la question est revenue et manifestait chez un confrère prêtre un certain désarroi par rapport à l’identité canoniale.
É preuves et difficultés ne manquent pas aujourd’hui dans nos communautés (vieillissement, pénurie). En vous adressant aujourd’hui cette Lettre aux Confrères, il m’est possible de m’entretenir avec vous et de travailler à favoriser l’élan canonial. Je voudrais m’entretenir avec chacun de vous, vous invitant à entrer toujours plus dans une fidélité profonde à notre vocation canoniale. Celle-ci est insérée d’une manière toute particulière dans la vie même de l’Église.

Vie canoniale, que dis-tu de toi-même?

Dans cet arbre aux branches multiples que constitue la vie religieuse dans l’Église et qui en fait sa richesse, comment te situes-tu ? Nous y retrouvons souvent une tension entre deux grands courants : ou un retrait du monde, une vie d’ascèse ou une vie commune avec des tâches pastorales. A certaines heures, l’oscillation entre les deux est forte, et, comme on l’a souligné, le monastique risque d’investir le canonial pour l’amener à l’intérieur de ses lignes et lui faire perdre ce qui la constitue en propre (Jean Châtillon, p. 160).
Quel est donc le label canonial ? Il est éclairant de constater, si nous regardons les grandes réformes de la vie canoniale aux XIème et XIIème siècles, et, si remontant au-delà de la réforme grégorienne qui a vu la naissance des grandes congrégations canoniales, nous regardons le statut de l’Ordre canonial aux VIIIème et IXème siècles, nous trouvons la référence constante à l’idéal de la vita apostolica. Ce qui semble, dans les diverses réformes, le plus caractéristique, c’est une volonté de retrouver la veine de la vie canoniale par un retour à la vita apostolica à l’exemple de la première communauté chrétienne, de la première Église de Jérusalem.
Les deux sermons d’Augustin par lesquels il présente le projet de vie commune de ses clercs faisait référence à la première communauté de Jérusalem.
Dans mes réflexions, j’ai été personnellement très marqué et guidé par les conférences du Père Jean Châtillon aux Semaines d’études à Neustift et au Congrès d’Onate en 1977. Ces conférences ont été publiées dans divers numéros d’Ordo Canonicus, puis rassemblées, sous la direction du Père Patrice Sicard, C.R. de Saint-Victor dans un très bel ouvrage dans la collection Bibliotheca Victorina III, sous le titre, Le mouvement canonial au Moyen Âge, chez Brepols, 1991.
Le Père Jean Châtillon a relevé : « L’Ordre canonial n’était sans doute pas le seul à se réclamer ainsi de la vita apostolica ». C’était cependant la réactualisation de ce thème qui allait donner à la spiritualité canoniale un nouvel élan.
Le chanoine est vraiment vir ecclesiasticus. Notre charisme nous appelle et nous façonne à sentire cum Ecclesia. Tout au long de son histoire, la vie canoniale s’est déployée au rythme de la vie de l’Église. Pour saint Augustin, à partir de son ordination sacerdotale, le modèle est la primitive Église de Jérusalem. L’Église est cet espace offert où nous pouvons respirer librement, pleinement (cf. Adam de Saint-Victor, exergue).
Pour moi, vivre c’est l’Église

Dieu ne se découvre et n’est accessible pour nous que dans le Christ. Nous atteignons le Père dans le Christ et dans son humanité. Saint Thomas d’Aquin prolonge une citation de saint Augustin : « Quiconque veut atteindre le terme, la vie éternelle, doit s’attacher étroitement au Christ par la foi vive ; il doit être trouvé en lui » ; il doit « demeurer en lui ». Celui qui ne s’écarte pas de ce chemin oriente infailliblement sa vie vers le Père.
Pareillement, le Christ n’est accessible pour nous que dans l’Église. L’existence chrétienne a son authenticité dans l’existence ecclésiale. Saint Augustin n’hésite pas à dire que la mesure exacte de notre amour pour l’Esprit, et par là-même pour Dieu, est donnée en somme par la mesure de notre amour pour l’Église (cf. Hans Urs von Balthasar, Le visage de l’Eglise, Saint Augustin, Ed. du Cerf, 1958).

Au cœur de notre vocation canoniale, nous accueillons l’exhortation de saint Augustin : « Vous voyez bien, mes frères, ce que vous devez aimer le plus, ce que nous devons tenir fortement. Glorifié par sa résurrection, le Seigneur recommande l’Eglise. En envoyant du ciel l’Esprit Saint, il recommande l’Église » ( Sermon 265, 5 -12).
C’est à travers notre histoire, nos diverses traditions, que nous pourrions trouver des traces de cette dimension : nos communautés comme des cellules fondamentales dans le tissu de l’Église dans lesquelles se vit son mystère, tel qu’il s’est manifesté dans l’Église primitive de Jérusalem.
Ainsi au XIIème siècle, réunis sous la Règle de saint Augustin, les Victorins se donnent à Dieu dans la pauvreté et la vie commune fraternelle à l’instar de la primitive Église, dans le désir de vivre et de manifester le mystère de l’Église au milieu du peuple chrétien. La spiritualité des Victorins est tournée vers le mystère qu’est l’Église du Christ. « Pour les Victorins, il n’y a de vie spirituelle que dans l’Église et par l’Église » (cf. Jean Châtillon. op. cit.)
Aujourd’hui dans l’Église souvent critiquée, malmenée, les Chanoines n’ont-ils pas à nous inviter à aimer l’Église, nous exhortant à la comprendre et à la servir de tout notre cœur ? Vir ecclesiasticus !

Quelle Église ?

La scolastique tardive a joué souvent avec des notions, des concepts, coupés de la Parole de Dieu. Depuis la Réforme on a élaboré, en Occident, des traités sur l’Église, dont le regard a été essentiellement apologétique, dans lequel l’idée d’une Église institution, société parfaite, est essentiellement défendue.
Depuis la fin du XIXème siècle et surtout au Concile Vatican II, il y eut un effort pour retourner au cœur de l’Église, dans sa dimension du mystère. « L’Église est dans son essence la plus profonde, un mystère de foi » (Jean-Paul II, Audience générale 9 octobre 1991).
Je propose un axe de réflexion : la vie canoniale au cœur de l’Église. Nous ne remontons pas à un fondateur bien précis, bien identifié. Ne nous en attristons pas. Cela signifie que notre spiritualité représente quelque chose de très fondamental dans la vie de l’Église. Certes Augustin est regardé comme le Père de l’Ordre canonial et il nous conduit bien sur cette voie. « Que se renouvelle dans l’Église l’esprit qui a animé saint Augustin ».
(Oraison du Missel romain, au 28 août).
Le cardinal Duval, archevêque d’Alger, a écrit une lettre à l’occasion du 1600ème anniversaire de la conversion d’Augustin qui, dit-il, « illustre de manière surprenante ce que l’Église doit vivre si elle veut réaliser véritablement l’œuvre conciliaire ».
Nous sommes bénéficiaires d’un héritage immense et nous vivons la grâce d’un temps favorable pour un renouvellement, dans la mise en oeuvre du Concile Vatican II. « L’obéissance à l’enseignement du Concile Vatican II est obéissance à l’Église », dans la docilité à ce que l’Esprit Saint dit à l’Église. L’Esprit Saint a ouvert en notre temps des horizons nouveaux. En des heures parfois agitées après le Concile, Paul VI nous invitait : « Nous devons remercier le Seigneur d’être nés dans ces malheureuses et pourtant heureuses années au cours desquelles l’Église se transfigure devant nos yeux. Nous ne devons pas être des aveugles, mais des croyants. »

Je pense qu’il nous faut aujourd’hui prendre ce même chemin pour présenter la vie canoniale, son idéal, enrichi de toute l’ecclésiologie de Vatican II, dont nous n’avons pas fini d’en déployer la richesse. Le Concile Vatican II fut un évènement prophétique qui demeure imprimé dans la mémoire et dans la conscience de toute l’Église, ce fut une oeuvre de l’Esprit Saint. « L’Église rend grâce à Dieu pour le don du Concile Vatican II, le plus grand évènement ecclésial du XXème siècle » (Benoît XVI, 8 décembre 2005).

Remonter à la source de l’Église

Ô source où es-tu ?

« Les Pères du Concile ont exprimé la conviction qu’on ne peut ranger la réalité de l’Eglise uniquement dans les catégories de société, quand même cette société se nommerait le Peuple de Dieu » (Karol Woijtyla. Le signe de contradiction).
Dans la présentation du Concile, certains esprits ont bien trop schématisé les perspectives décrites par le Concile et les ont terriblement réduites. Comme si l’on était passé d’une vision verticale (l’Église c’est le Pape, les évêques, les prêtres), à une vision horizontale (L’Église, ‘peuple de Dieu’). Il est vrai, le Concile nous a conduit à un dépassement par rapport à une vision de l’Église qui s’arrêterait au point de vue de la structure, de la hiérarchie. Mais en le faisant, le Concile nous demande d’aller beaucoup plus loin, de regarder beaucoup plus haut. Il nous conduit à contempler l’Église non pas naissant de la base, mais jaillissant du côté du Christ à la croix, naissant de la Trinité Sainte.
Pour parler de cette réalité, pour expliquer le contenu essentiel renfermé dans l’idée de Peuple de Dieu, il faut tendre vers la dimension du mystère, vers la dimension de la Trinité. C’est également la raison pour laquelle la Constitution Lumen Gentium commence par la description de l’Économie divine trinitaire (Karol Wojtyla, Le Signe de contradiction).
Nous voilà mis dans la lumière du mystère des mystères, le mystère de la vie intime de Dieu, révélé, non aux sages et aux savants, mais aux petits. Nous devons nous approcher de ce mystère dans la petitesse et l’humilité. Ce que Dieu est, dans le mystère de sa vie personnelle, nous échappe. Seul Dieu peut nous introduire dans ce secret.
Au baptême, nous avons été plongés dans le mystère de la Trinité, appelés à vivre de cette semence de vie nouvelle, dans une relation personnelle avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Le Pape Jean Paul II nous a donné dans son encyclique Vita consecrata des passages éclairants de ce point de vue. Il a voulu nous conduire aux sources christologiques et trinitaires de la vie consacrée. Cette forme de «suite du Christ qu’est la vie consacrée permet d’exprimer d’une manière particulièrement vive le caractère trinitaire de la vie chrétienne, en quelque sorte accomplissement eschatologique vers lequel tend toute l’Église».
« Par la configuration au mystère du Christ, la vie consacrée réalise à un titre spécial la ‘Confessio Trinitatis’qui caractérise toute la vie chrétienne, reconnaissant avec admiration la sublime beauté de Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, et témoignant avec joie de sa condescendance aimante pour tout être humain. » (Vita consecrata, n.16)
« La vie consacrée est l’une des traces perceptibles laissées par la Trinité dans l’histoire , pour que les hommes puissent connaître la fascination et la nostalgie de la beauté divine. »


Établis sous la Règle de saint Augustin

Il y a quelques années, Sœur Marie-Ancilla, moniale dominicaine de Lourdes nous a donné une conférence : ‘Communion trinitaire et vie commune’. Elle nous avait dit : « La Règle de saint Augustin propose une vie de chaque instant avec les Trois ». « Dans la Règle, Augustin incarne en quelque sorte le Mystère qui est à la source de la vie chrétienne, dans le quotidien de la vie commune. A travers le plus humble de ce qui fait la vie des Frères, c’est la vie trinitaire qui est à l’œuvre ».
Nous sommes dès maintenant tout entiers ordonnés vers ce mystère, le cœur de toute notre vie. La grâce nous lie au Père, au Fils et à l’Esprit Saint.

La communauté religieuse, signe de la communauté ecclésiale

L’Église également ne se comprend que dans la lumière du mystère de la Trinité. Elle est comme l’épanchement de la vie trinitaire. Le Concile a marqué les liens qui l’unissent à chacune des Personnes de la Trinité Sainte, afin de nous montrer son désir de pénétrer par le dedans, pour découvrir la vie secrète et divine qui l’anime dans toutes ses articulations. C’est le mystère même de la Trinité Sainte qui s’épanouit en elle. Tout le mystère de l’Église se déploie dans les liens vivants avec le Dieu Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit-Saint. « L’amour immense et éternel, qui va du Père au Fils et du Fils au Père, par une extension ineffable embrasse l’Église elle-même. » (Dom Gréa. L’Église et sa divine Constitution. Casterman, 1964, p. 83)

L’Église est issue de la fécondité trinitaire. « Elle vit et existe dans la Trinité » (Jean-Paul II, 9 octobre 1991).
Si la grâce, don d’en haut, nous met dans une relation personnelle avec chacune des personnes divines, elle est aussi source de notre communion interpersonnelle, d’une fraternité universelle. La grâce sanctifiante qui nous vient du Christ est selon l’expression de saint Thomas une grâce de fraternité. « L’Église, c’est le peuple de ceux qui sont un, comme les divines personnes sont un » (C. Journet, Eglise du Verbe Incarné, II, p. 597). « A l’endroit précis où les Trois Personnes divines touchent la Terre, l’Eglise se formera » (id. p. 454).

Communion trinitaire et vie commune

« Experts en communion, les religieux sont appelés à être, dans la communauté ecclésiale et dans le monde, témoins et artisans de ce projet de communion qui se trouve au sommet de l’histoire de l’homme selon Dieu »
(cf. Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, La Vie fraternelle en Communauté, 1994, n° 10).

Une telle perspective mérite d’être reprise par des disciples d’Augustin. Elle est tellement au cœur de ce qu’il nous propose.

Dans une prochaine Lettre, m’attachant à une réflexion sur notre idéal de vie commune au cœur de la communauté chrétienne, avec le Concile comme boussole fiable de l’Église du IIIème millénaire (cf. Jean-Paul II, Novi millenio ineunte 57-58), je compte poursuivre la visite de la Maison Chanoine Régulier.

Avec mon amitié fraternelle.


Caritate serviente felix
†Maurice BITZ, Abbé Primat
En la fête de la Conversion de saint Augustin,
le 24 avril 2006