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Confédération
des Chanoines Réguliers de
Saint Augustin Lettre aux Confrères |
Aux Membres de la Confédération des
Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, aux
Chanoinesses Régulières et à nos Amis, |
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« L’Abbé est
père, à la façon du Christ au milieu de ses disciples... C’est sans doute l’aspect le plus audacieux
de la règle et de la vie monastique en général d’avoir fait de l’Abbé comme
le sacrement du Christ dans son rôle d’éducateur de la vie filiale de ses disciples.
L’Abbé n’a pas pour but de colmater les brèches affectives de notre enfance. » (Père
Bernard Ducruet, Abbé émérite de l’Abbaye de Saint-Benoît sur Loire.
L’autorité en communauté. Pneumathèque.) Ce qui est vrai pour la vie monastique,
l’est aussi dans la perspective de la vie canoniale, pour l’Abbé dans le
soutien de ses Frères, qu’il est appelé à réconforter et à stimuler. Les Statuts
de la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin confient à l’Abbé
Primat la mission de promouvoir la vie canoniale. « En
conséquence sa charge l’oblige à développer l’esprit canonial chez tous les
membres de la Confédération, et, en dehors de l’Ordre, de promouvoir la vie
commune du clergé, ce charisme que nous avons reçu peut et doit être partagé
avec d’autres personnes. » Aujourd’hui,
en la fête du saint Curé d’Ars, je désire vous rejoindre par le biais d’une Lettre aux
Confrères
à la faveur d’un quadruple anniversaire qui nous concerne : Cette année
est marquée pour la Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin,
par plusieurs célébrations. À cette occasion, je vous envoie ce message comme
un signe de fraternité et comme une exhortation. Glanant quelques éléments de
ces commémorations, je veux continuer de « revisiter
avec vous la maison Chanoine Régulier. » (Lettres
aux Confrères 2006 et 2007) I. 50 ans de la Confédération Le pape Jean
XXIII, par la Lettre Apostolique datée du 4 mai 1959, en la fête de sainte
Monique instituait un lien entre diverses congrégations : la
congrégation Saint-Sauveur du Latran, la congrégation d’Autriche, la
congrégation du Grand-Saint-Bernard, la congrégation de Saint-Maurice. Ce foedus
caritatis
fut inauguré par une Messe pontificale célébrée par le nouvel Abbé Primat,
Monseigneur Louis Séverin Haller, Abbé de Saint-Maurice et Évêque titulaire
de Bethléhem, dans l’Archibasilique du Latran, vénérée comme Mère et Tête de
toutes les Églises, dont le titre est fidèlement retenu par la Congrégation
des Chanoines Réguliers de Saint-Sauveur du Latran. Le Conseil Primatial, le
6 octobre 2009, s’y retrouvera pour l’Eucharistie présidée par son Éminence
le cardinal Franck Rodé, Préfet de la Congrégation pour la Vie Consacrée. La
Confédération des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, créée à l’aube du
Concile qui, précisément, a regardé l’Église dans son mystère de communion
comportait quelque chose de prophétique, elle invitait les diverses
Congrégations à ne pas rester dans un isolement, mais à mieux se connaître et
s’entraider, en un moment où l’on ne
peut prétendre demeurer seul et s’autosuffire. Le foedus
caritatis
a conduit sans doute à une meilleure connaissance réciproque, mutuelle,
chaleureuse entre Chanoines réguliers et leur a permis d’être mieux connus à
travers rencontres, Congrès, Semaines d’études, Revues, dont Ordo Canonicus. Témoin aussi
de cet effort commun pour faire connaître l’Ordre canonial La
déclaration du Conseil Primatial sur la vie canoniale du 4 mai
1969. II. Le 950e anniversaire du 2e Synode du
Latran Au Propre de
la Liturgie des Heures, à l’usage de notre Confédération, pour la fête de
Saint Grégoire VII, nous lisons un passage des Actes du Synode : « C’est un
fait connu : un certain nombre de membres du
clergé, enflammés par le Saint-Esprit du feu de la charité parfaite, ont
embrassé la vie commune à l’exemple de l’Église primitive ; leurs
biens, ils les ont distribués aux pauvres, laissés à leurs familles, ou
encore offerts aux Églises du Christ ; et ils
ont fait profession de ne rien posséder en propre. » Hildebrand,
étant encore sous-diacre de l’Église de Rome, contribua grandement à la
réforme de l’Ordre canonial : au cours du Synode célébré à Rome en 1059, il fit
introduire une observance plus stricte. Il fut élu à la chaire de Pierre, en
1073, dans la basilique de Saint-Pierre-aux-Liens, prenant le nom de Grégoire
VII. Il continua avec zèle l’œuvre de la réforme. À propos de
ce mouvement, je voudrais citer le Père Jean Chatillon qui nous disait dans
une conférence donnée à la Semaine d’Études Canoniales à Neustift, le 8
septembre 1976 : « Les historiens ont été longtemps à peu
près unanimes à désigner par l’expression de ‘réforme grégorienne’, du nom de
son plus éminent artisan, le pape Grégoire VII, le vaste mouvement de
rénovation institutionnelle et spirituelle qui s’est effectué au sein de
l’Église, durant la seconde moitié du XIe siècle et la première
moitié du XIIe. Certains estiment pourtant, aujourd’hui, que cette
expression ne répond que très imparfaitement à la réalité des faits, tels
qu’une meilleure information nous permet maintenant de les connaître, et
préfèrent à la notion de ‘réforme’, celles, plus exactes et plus
significatives, de ‘crise’ ou de ‘renouveau’, la réforme proprement dite
n’étant qu’un aspect particulier d’une mutation beaucoup plus profonde qui a
véritablement transformé la législation, les institutions et la vie de
l’Église. Il y eut un
mouvement de renouveau, qui ne tardera pas à s’amplifier sous l’influence des
réformateurs et des prédicateurs grégoriens, mais avant même que ceux-ci
n’interviennent, on voit surgir, au sein de l’ordre canonial, des initiatives
et des tentatives qui annoncent déjà des temps nouveaux, marqués par une
volonté de retour aux traditions et aux aspirations de la primitive Église, des Apôtres et de
l’Évangile. » (id. p.13) Ils se réclament d’une vita apostolica,
ad instar primitivae Ecclesiae, secundum communionem. Tous ces
ferments de renouveau seront confirmés par le Synode de Latran II. Et en
évoquant t aujourd’hui cet évènement nous demandons pour notre Ordre la
ferveur de cette Église primitive, des
premiers chrétiens autour des Apôtres, l’authenticité de la vita
apostolica. Je reviens à
une conférence du Père Jean Châtillon. Elle exprime avec beaucoup de nuance
ce qui s’est passé, en cette période, pour les chanoines réguliers. « D’où leur venait cette volonté de retour à la
primitive Église qui les habitaient et qui était le ressort de leur action…
L’historien qui considère aujourd’hui cette seconde moitié du XIe
siècle, où tout renaît, en quelque sorte, et où tout recommence, a
l’impression d’assister au sursaut d’une Église qui a pris conscience, dans
ses profondeurs, de la nature de la crise qu’elle traverse, mais qui a trouvé
en elle-même, comme d’instinct, le moyen de la surmonter. Il est certain,
sans aucun doute, que les réformateurs grégoriens ont souvent exagéré la
gravité des maux avec une sévérité excessive les institutions et les
pratiques qu’ils voulaient transformer. Mais on ne peut oublier pour autant
que cette Église du XIe siècle doutait alors d’elle-même et de ses
structures vieillissantes. » (Jean Châtillon. Le mouvement canonial au Moyen Age. Réforme
de l’Église, spiritualité et culture. Bibliotheca
Victorina. Etudes réunies par Patrice Sicard. cf Ordo canonicus, seriers altera, 1978, p. 64-103 et 104-127 et Ordo canonicus,
seriers altera, 2, 1982, p.7-30) III. Une année sacerdotale Le pape
Benoît XVI fait don à l’Église d’une année sacerdotale spéciale le 19 juin 2009 ,
en la fête du Sacré Cœur. Elle s’achèvera le 19 juin 2010 par une rencontre
sacerdotale mondiale, place Saint-Pierre à Rome. « Une telle
année veut contribuer à promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de
rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le
monde d’aujourd’hui ». À l’occasion du jubilé du 150e
anniversaire de la mort du Curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, Benoît XVI a
annoncé une année sacerdotale qui a commencé en la solennité du Sacré Cœur de
Jésus La
participation du sacerdoce du Christ ne se limite pas au sacerdoce
ministériel. Il ne faut pas réduire le sacerdoce du Christ au sacerdoce
ministériel. Il ne s’agit pas d’accorder une part du gâteau , une part de
pouvoir aux fidèles laïcs. Le sacerdoce ministériel se distingue sur le plan
ontologique, mais n’épuise pas la richesse du sacerdoce. Toute l’Église est
sacerdotale : « Avec les laïcs, les prêtres forment l’unique peuple
sacerdotal. » Si, après une période de doute, de crise d’identité, nous
voulons retrouver la richesse du sacerdoce, toute sa grandeur, il nous faut
nous remettre dans la lumière de la source. Cette année qui vient de débuter
avec la fête du Sacré-Cœur est une occasion favorable. « Le
sacerdoce c’est l’amour du Cœur de Jésus ». Le Pape ne
répond pas par des considérations socio-religieuses, mais encourage à un
engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres pour que le témoignage
évangélique dans le monde d’aujourd’hui soit plus fort et plus incisif : « La
dimension missionnaire du prêtre naît de sa configuration sacramentelle au
Christ Tête : elle porte en elle, comme conséquence
une adhésion cordiale et totale à ce que la tradition ecclésiale a identifié
comme l’apostolica vivendi forma. Celle-ci
consiste dans la participation à une ‘vie nouvelle’ entendue de façon
spirituelle, à ce nouveau style de vie qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et
qui a été adopté par les apôtres… Certes, la grande tradition ecclésiale a, à
un juste titre, séparé l’efficacité sacramentelle de la situation
existentielle concrète du prêtre, et ainsi les attentes légitimes des fidèles
ont été sauvegardées de façon adéquate. Mais cette juste précision doctrinale
n’ôte rien à la tension nécessaire, et même indispensable, vers la perfection
morale, qui doit habiter tout cœur authentiquement sacerdotal. » (Benoît XVI,
à l’assemblée plénière de la Congrégation pour le clergé, 16 mars 2009) L’apostolica
vivendi forma et le lien entre sacerdoce et sainteté, c’est bien ce que
voulut Augustin pour lui et pour ses prêtres. C’est également ce que
voulurent les réformateurs du XIIe siècle. La conférence du Père
Jean Chatillon lors d’une semaine d’études à Neustift montrait la vocation
canoniale au service d’une Église qui porte en elle une exigence
incontournable de sainteté. Accueillons
cette initiative du Saint-Père comme un don pour nos communautés canoniales. Comment
ne pas penser à ce que Augustin voulait pour ses frères prêtres : duo
professus est, professus est sanctitatem et professus clericatum ? Voilà un moment
favorable
, une grâce de renouveau pirituel de ce que Dieu a déposé en nous par
l’imposition des mains de l’évêque (cf II Tim I, 6 -8) Que cette
année jubilaire soit une invitation pour le peuple sacerdotal de Dieu et pour
tous les prêtres , une invitation à vivre la radicalité évangélique. Souvent on
entend l’objection de la part de prêtres diocésains : nous ne
sommes pas religieux. Nous n’avons pas fait des vœux. La différence
religieux-diocésains ne consiste pas dans le fait que l’on opterait pour une
réponse au rabais. Le prêtre diocésain, s’il ne s’engage pas sous la forme
des vœux de religion, ne promet pas moins , lors de son ordination, de vivre
les conseils évangéliques. Au jour de son ordination, le futur prêtre déclare
publiquement vouloir « se consacrer à Dieu avec le Christ pour
le salut du genre humain » (Rituel
des ordinations). Le Pape Jean
XXIII, dans l’Encyclique Sacerdotii nostri primordia, publiée en
1959 à l’occasion du premier centenaire de la mort de Jean-Marie Vianney
présentait sa figure ascétique sous le signe des ‘trois conseils
évangéliques’, qu’il jugeait nécessaire aussi pour les prêtres : « Si pour
atteindre à cette sainteté de vie, la pratique des conseils évangéliques
n’est pas imposée au prêtre en vertu de son état clérical, elle s’offre
néanmoins à lui, comme à tous les disciples du Seigneur, comme la voie royale
de la sanctification de la sanctification chrétienne. Le Curé d’Ars sut vivre
les ‘conseils évangéliques’, selon les modalités adaptées à sa condition de
prêtre .» (cf Benoît XVI. Lettre aux prêtres :
l’immensité du don. 18 juin 2009). IV. 150 ans de la mort du Curé d’Ars «Véritable exemple de pasteur au service
du troupeau du Christ » À l’occasion
du 2e centenaire de la naissance de Jean-Marie Vianney, le saint
Curé d’Ars, Jean Paul II dans la lettre adressée à tous les prêtres de
l’Église, écrivait :« Nous désirons tous remercier le Christ,
le prince des pasteurs, pour ce modèle de vie et de service sacerdotal que le
Saint Curé d’Ars présente à toute l’Église et, avant tout, à nous les
prêtres. » Selon le
porte-parole du Saint-Siège, « cela peut paraître
une provocation d’inviter les prêtres du monde à prendre pour modèle le curé
d’un petit village français de 200 habitants, mort il y a 150 ans, souligne le
P. Lombardi,
mais si le prêtre vit vraiment de l’Eucharistie et de la réconciliation entre
Dieu et les hommes, autrement dit de la manifestation de la miséricorde de
Dieu, le temps et le lieu deviennent secondaires ». Jean Paul
II nous a invités à méditer « sur notre
sacerdoce devant ce pasteur hors pair qui a illustré à la fois
l’accomplissement plénier du ministère sacerdotal et la sainteté du ministre ». Le Père
André Ravier termine son ouvrage sur le Curé d’Ars par cette phrase : « La grâce du
Curé d’Ars, ce fut, donnée par Dieu,
et reçue à un degré éminent, la grâce de prêtre de Jésus Christ. » (op.cit.
p. 90) En une
période encore récente (les années 1970-1980) il n’était pas rare d’entendre
des critiques à l’encontre d’affirmations regardant le Curé d’Ars comme
modèle du ministère. Que de
changements ! Jean-Paul II, dans le Discours aux prêtres à Notre-Dame de
Paris en 1980 évoque« le Curé d’Ars comme un modèle hors pair
du ministère et de la sainteté du ministre. » Après
l’attentat de 1981, Jean Paul II confie à André Frossard : « Toute la
vie
(du Curé d’Ars) a été un témoignage rendu à la puissance du Christ-Prêtre.
J’estime que nous n’avons pas le droit de renoncer à de tels modèles sous
prétexte d’adaptation ou de recyclage. Nous ne pouvons les tenir pour
‘périmés’ ou ‘inactuels’… Nous pouvons, nous devons même les imiter, en les
relisant à la lumière - ou à la lueur- des temps nouveaux. » (André
Frossard. N’ayez pas peur ! dialogue avec Jean Paul II) Chanoines
Réguliers, nous sommes Monastère de clercs (Saint Augustin, sermon 355, 2) ; nous avons
fait profession de sainteté et de cléricature, selon l’expression de notre
père Augustin. Évoquant le
saint Curé d’Ars, je voudrais rappeler un aspect de la biographie du Curé
d’Ars qui est particulièrement intéressant pour nous, Chanoines Réguliers. Un
prêtre eut un rôle irremplaçable dans la formation et l’accès au sacerdoce de
Jean-Marie Vianney. C’était un chanoine régulier de la Congrégation de Sainte
Geneviève. Il avait été vicaire et maître des novices du Prieuré Saint-Irénée
de Lyon. Au moment de la Révolution, il est curé de Choue, dans le Loiret,
qu’il dut d’ailleurs fuir. En 1803, il est curé d’Écully. Au milieu de
toutes les difficultés que traverse Jean-Marie Vianney dans sa marche vers le
sacerdoce, c’est l’avis de M. Balley qui pesa dans la balance, et ce fut pour
une très grande part grâce à sa ténacité que Jean-Marie Vianney accéda au
sacerdoce. Après son
ordination à Grenoble, à l’âge de 29 ans, il revint comme vicaire à Écully,
près de son protecteur, l’abbé Balley. L’un et l’autre avaient un très grande
soif de sainteté.Le Curé d’Ars dira un jour que « la lecture
de la vie des saints ne lui avait pas donné une aussi haute idée de la
sainteté que la vie de M. Balley. » Dans ce
pauvre presbytère, tout le luxe est réservé au spirituel. Et là, rien ne
manque, depuis l’oraison matinale devant le tabernacle, les entretiens
spirituels, le bréviaire en commun aux heures régulières, jusqu’aux
récollections, aux retraites, aux pélerinages à Fourvière. Comme on l’a
remarqué fort justement, « la sainteté du Curé d’Ars a sa source
dans la sainteté du curé d’Ecully… À la manière des prêtres des premiers
siècles, le curé d’Ars imitera son père spirituel. Il a fait à Ars ce qu’il a
vu faire à Ecully. » (M. Mallet o.p. Le vrai journal d’un
curé de campagne dans la tradition sacerdotale . Le Puy. 1959, p. 169 -170). La pastorale
des Génovéfains et la pastorale du Curé d’Ars Ce que
Jean-Marie Vianney a vécu à Ecully, je le laisserai exprimer par le Père
Ravier : « En fait, la vie pastorale à laquelle M.
Balley initia l’abbé Vianney fut celle dont les Génovéfains avaient fait leur
idéal : une certaine générosité à vivre, dans
un même élan d’amour, la vie contemplative et la vie active. Contemplatifs
parce que chargés d’âmes ; actifs,
débordants d’une charité infatigable au service des âmes parce que
contemplatifs. Au point que le curé et le vicaire d’Écully s’efforcèrent
d’établir entre eux un peu de la vie communautaire des génovéfains : ils
récitèrent ensemble les heures canoniales. » Je voudrais
relever encore un point qui doit tout spécialement nous toucher et nous
réjouir, car il nous met en présence du trésor même de toute l’Église, mais
aussi au cœur de la tradition canoniale. L’on trouve chez le curé d’Ars un
souci hérité de la tradition génovéfaine : la décence du culte, et surtout la
place de l’Eucharistie dans la vie sacerdotale. À l’exemple
de l’abbé Balley, le Curé d’Ars se souviendra plus tard que les cérémonies ne
sont jamais trop belles et les ornements jamais trop riches quand il s’agit
d’honorer le Seigneur. Ainsi il devait multiplier les efforts pour rendre
l’Église attrayante à son peuple, en faire le vrai « foyer » du village,
améliorer « le ménage
du Bon Dieu ». Il nous montre tout le soin que l’on doit
apporter dans la célébration de la liturgie, dans la préparation, et jusque
dans l’exactitude, la ponctualité. « Il n’aime
pas faire attendre le Bon Dieu », la messe
ne souffre aucun retard. Le Seigneur est là, tout prêt à se donner : c’est lui,
le plus pressé, le reste doit attendre. Mais c’est
surtout à une adoration en esprit et en vérité que Jean-Marie Vianney fut
formé à l’école de M. Balley. Sans doute est-ce aussi auprès de son maître
qu’il faut cherher la source de sa fidélité à la prière au milieu du peuple
de Dieu. Il passera de longues heures en adoration devant le tabernacle. En
lui, tout révélait l’intensité de sa foi en la présence réelle du Christ dans
l’eucharistie, qui fut le centre de sa vie. « Les témoins
sont unanimes sur ce point. Les paroles et les gestes du Curé indiquent que
sa pensée était constamment tournée vers la présence de Notre Seigneur, dans
le tabernacle » (Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, sa
pensée, son cœur. Bernard Nodet). « À sa messe,
ou auprès du tabernacle, le Curé d’Ars se sentait au cœur du monde, en train
d’œuvrer avec Jésus-Christ à la rédemption universelle. » (P. Ravier,
o.p. cit. p. 32) L’Eucharistie
était bien au centre de sa vie spirituelle et de sa pastorale. Il disait « toutes les
bonnes œuvres réunies n’équivalaient pas au sacrifice de la messe, parce
qu’elles sont les œuvres des hommes et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. » C’est là
qu’est rendu présent le sacrifice du calvaire pour la rédemption du monde.
Évidemment, le prêtre doit unir le don quotidien de lui-même à l’offrande de
la messe « qu’un
prêtre fait donc bien de s’offrir à Dieu tous les matins. » «La
sainte communion et le saint sacrifice de la messe sont les deux actes les
plus efficaces pour obtenir le changement des cœurs ! Ainsi la
messe était-elle pour Jean-Marie Vianney la grande joie et le réconfort de sa
vie de prêtre (Jean-Paul II, lettre à l’occasion du Jeudi-Saint 1986) Pour
conclure., accueillons le souhait de Benoît XVI : « Puisse
cette nouvelle année jubilaire constituer une occasion propice pour
approfondir la valeur et l’importance de la mission sacerdotale et pour
demander au Seigneur de faire à son Église le don de nombreux et saints
prêtres. » Accueillant
Benoît XVI à Lourdes en 2008, le cardinal André Vingt-Trois reconnaissait :« Nous
souffrons de notre difficulté à accompagner les vocations sacerdotales et
religieuses mais nous ne baissons pas les bras. » En cette
année sacerdotale demandons très spécialement au Seigneur de faire à son
Église et à notre Ordre le don de nombreuses vocations. Que nous n’ayons pas
à offrir aux jeunes que nous rencontrons que nos doutes, nos découragements
et nos pessimismes devant des situations difficiles de crise. Il y va de
notre foi et de notre confiance en Celui qui nous a appelés et qui est
toujours présent à son Église. Dans sa fidélité de toujours à toujours, il ne
cesse de dire « Venez et voyez. ». Saint
Augustin disait : « Tu ne te sens pas attiré, prie pour
être appelé. » La prière humble ouvrira ton cœur et te donnera lumière et
courage. En cette année du
sacerdoce, ton Église qui se reconnaît tout entière sacerdotale, se tourne
vers Toi, l’Unique Prêtre, en te rendant grâce L’action de grâce est
bienfaisante. Saint Bernard l’a exprimé ainsi dans son commentaire sur le
Cantique des cantiques (Sermon XIII) : « Toutes les eaux ne cessent de retourner
à l’eau-mère par un réseau secret de canaux souterrains, pour reparaître
ensuite sous nos yeux et répondre à nos besoins, dociles à la loi d’une inlassable
circulation. Pourquoi les eaux des rivières spirituelles ne
reviendraient-elles pas de même, sans erreur et sans interruption, à leur
source première, afin d’irriguer continuellement les champs de nos âmes ? Les fleuves de la grâce remontent au lieu
où ils ont jailli, afin d’en jaillir à nouveau Il faut que le courant divin
soit renvoyé à son point de départ, pour mieux tremper le sol et le
fertiliser. Mais comment l’obtenir, me direz-vous ? L’apôtre l’enseigne : ‘en remerciant Dieu de toutes choses’
(I Th 5, 18). » Caritate
serviente felix †
Maurice BITZ, Abbé Primat En
la fête du Saint Curé d’Ars, le 4 août 2009 |
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![]() |
« Caetus felix, dulce convivium,
Adam de Saint-Victor |
Aux Membres de la Confédération Lorsqu’il m’a été demandé si
j’acceptais la charge d’Abbé Primat, au sein de
la Confédération des chanoines réguliers de Saint-Augustin,
ma réponse était lourde de l’intime et fort désir
de tout mettre en œuvre pour en réaliser la mission, telle
que demandée par nos Statuts. Après le Congrès de 2004, la rencontre
des jeunes Frères, à Champagne, dans un climat convivial
a également montré un chemin. Ne serait-il pas bon
de provoquer des rencontres de nos jeunes Frères dans les
années qui suivent leurs engagements ? Bien sûr, ils
sont déjà souvent surchargés, mais les fragilités
d’aujourd’hui demandent vigilance. Souvent ils travaillent
et vivent dans des conditions difficiles. Ils ont besoin d’être
soutenus, d’être écoutés. Que pouvons-nous proposer dans nos congrégations ? Je pense que les plus anciens doivent être
vigilants et donner, non point artificiellement, le beau témoignage
de la constance et d’une vivante espérance. Le 19 novembre 2005, en l’Abbaye prémontrée
d’Averbode (Belgique), aux funérailles du Père
Abbé, il y avait de nombreux Supérieurs religieux.
Le défunt avait travaillé intensément à la
rencontre des communautés de religieux et de religieuses en
pays flamand et à une meilleure connaissance mutuelle, ainsi
qu’auprès de nos confrères germanophones de la
Confédération. Alors que l’on évoquait
le travail du défunt, les Abbés francophones de Frigolet
et de Leffe ainsi que l’Administrateur de Mondaye m’ont
interpellé autour d’une proposition : réunir
nos jeunes Frères pour des sessions sur saint Augustin et
sur la vie canoniale. Vie canoniale, que dis-tu de toi-même? Dans cet arbre aux branches multiples que constitue
la vie religieuse dans l’Église et qui en fait sa richesse,
comment te situes-tu ? Nous y retrouvons souvent une tension entre
deux grands courants : ou un retrait du monde, une vie d’ascèse
ou une vie commune avec des tâches pastorales. A certaines
heures, l’oscillation entre les deux est forte, et, comme on
l’a souligné, le monastique risque d’investir
le canonial pour l’amener à l’intérieur
de ses lignes et lui faire perdre ce qui la constitue en propre (Jean
Châtillon, p. 160). Dieu ne se découvre et n’est accessible
pour nous que dans le Christ. Nous atteignons le Père dans
le Christ et dans son humanité. Saint Thomas d’Aquin
prolonge une citation de saint Augustin : « Quiconque veut
atteindre le terme, la vie éternelle, doit s’attacher étroitement
au Christ par la foi vive ; il doit être trouvé en lui » ;
il doit « demeurer en lui ». Celui qui ne s’écarte
pas de ce chemin oriente infailliblement sa vie vers le Père. Au cœur de notre vocation canoniale, nous accueillons
l’exhortation de saint Augustin : « Vous voyez bien,
mes frères, ce que vous devez aimer le plus, ce que nous devons
tenir fortement. Glorifié par sa résurrection, le Seigneur
recommande l’Eglise. En envoyant du ciel l’Esprit Saint,
il recommande l’Église » ( Sermon 265, 5 -12). Quelle Église ? La scolastique tardive a joué souvent avec
des notions, des concepts, coupés de la Parole de Dieu. Depuis
la Réforme on a élaboré, en Occident, des traités
sur l’Église, dont le regard a été essentiellement
apologétique, dans lequel l’idée d’une Église
institution, société parfaite, est essentiellement
défendue. Je pense qu’il nous faut aujourd’hui prendre ce même chemin pour présenter la vie canoniale, son idéal, enrichi de toute l’ecclésiologie de Vatican II, dont nous n’avons pas fini d’en déployer la richesse. Le Concile Vatican II fut un évènement prophétique qui demeure imprimé dans la mémoire et dans la conscience de toute l’Église, ce fut une oeuvre de l’Esprit Saint. « L’Église rend grâce à Dieu pour le don du Concile Vatican II, le plus grand évènement ecclésial du XXème siècle » (Benoît XVI, 8 décembre 2005).
Ô source où es-tu ? « Les Pères du Concile ont exprimé la
conviction qu’on ne peut ranger la réalité de
l’Eglise uniquement dans les catégories de société,
quand même cette société se nommerait le Peuple
de Dieu » (Karol Woijtyla. Le signe de contradiction).
Il y a quelques années, Sœur Marie-Ancilla,
moniale dominicaine de Lourdes nous a donné une conférence
: ‘Communion trinitaire et vie commune’. Elle nous avait
dit : « La Règle de saint Augustin propose une vie de
chaque instant avec les Trois ». « Dans la Règle,
Augustin incarne en quelque sorte le Mystère qui est à la
source de la vie chrétienne, dans le quotidien de la vie commune.
A travers le plus humble de ce qui fait la vie des Frères,
c’est la vie trinitaire qui est à l’œuvre ». La communauté religieuse, signe de la communauté ecclésiale L’Église également ne se comprend que dans la lumière du mystère de la Trinité. Elle est comme l’épanchement de la vie trinitaire. Le Concile a marqué les liens qui l’unissent à chacune des Personnes de la Trinité Sainte, afin de nous montrer son désir de pénétrer par le dedans, pour découvrir la vie secrète et divine qui l’anime dans toutes ses articulations. C’est le mystère même de la Trinité Sainte qui s’épanouit en elle. Tout le mystère de l’Église se déploie dans les liens vivants avec le Dieu Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit-Saint. « L’amour immense et éternel, qui va du Père au Fils et du Fils au Père, par une extension ineffable embrasse l’Église elle-même. » (Dom Gréa. L’Église et sa divine Constitution. Casterman, 1964, p. 83) L’Église est issue de la fécondité trinitaire. « Elle
vit et existe dans la Trinité » (Jean-Paul II, 9 octobre
1991). Communion trinitaire et vie commune « Experts en communion, les religieux sont
appelés à être, dans la communauté ecclésiale
et dans le monde, témoins et artisans de ce projet de communion
qui se trouve au sommet de l’histoire de l’homme selon
Dieu » Une telle perspective mérite d’être reprise par des disciples d’Augustin. Elle est tellement au cœur de ce qu’il nous propose. Dans une prochaine Lettre, m’attachant à une réflexion sur notre idéal de vie commune au cœur de la communauté chrétienne, avec le Concile comme boussole fiable de l’Église du IIIème millénaire (cf. Jean-Paul II, Novi millenio ineunte 57-58), je compte poursuivre la visite de la Maison Chanoine Régulier.
Caritate serviente felix
†Maurice BITZ, Abbé Primat En la fête de la Conversion de saint Augustin, le 24 avril 2006 |
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